Festival international du film de Toronto - Toronto en mosaïque

Toronto — Désormais, plusieurs films commencent leur carrière sur des blogues, avec engouements d'internautes qui lancent un titre sur la Toile et créent des attentes aux quatre coins de la planète. C'est le cas de la coproduction Québec-France Martyrs de Pascal Laugier, suivie, commentée, désirée, avant même la fin de son tournage. Pour ajouter à sa gloire, le film a fait cet été en France l'objet d'un grand chahut, parce qu'il avait été classé 18 ans et plus. Après des manifestations en tous genres avec hurlements à la censure (même l'Association des réalisateurs français s'en est mêlée), la Commission du cinéma dut reculer pour lui accorder la cote normative 16 ans et plus, lui permettant d'atteindre son public, essentiellement adolescent et amateur de gore.

À Toronto, le film sera projeté dans le volet «Midnight Madness», et se veut celui par qui le scandale arrive, pour sa violence extrême. Les Françaises Mylène Jampanoï et Morjane Alaoui, en victimes d'agressions violentes durant l'enfance, incarnent des tueuses vengeresses à la mémoire longue. Catherine Bégin, Robert Toupin, Patricia Tulasne et Xavier Dolan sont parmi les comédiens québécois aspergés d'hémoglobine dans cette partition pour un pot de ketchup.

Hier, on voyait le Martyrs en question dans une projection destinée à la presse et aux médias. L'acteur mexicain Gael García Bernal, grand amateur du genre, est même venu y assister. On ne les voit pas souvent dans nos salles, les acteurs. Alors, le beau Gael souriait à la ronde et on le saluait bien bas. Mais l'histoire ne dit pas s'il y est resté...

J'avoue avoir quitté mon poste assez vite. Le sanglant Martyrs, nourri de carnages, m'étant apparu comme un film d'horreur très série B, sans scénario solide pour le porter. Ce qui ne l'empêche pas de trouver son public en France, d'être le film événement que le couperet de la censure menaçait, de se voir vendu un peu partout. Ainsi va la vie! Les films Séville distribueront la rouge production au Québec. Ils ont hérité du catalogue canadien de Christal films, après sa faillite. D'ailleurs, Séville apparaît omniprésent au Festival de Toronto. Le distributeur a 30 films ici, en incluant leurs récentes acquisitions. On se demande au fait à quelle cadence d'enfer il pourra lancer tout ça sur nos écrans...

La Mémoire des anges

Au Quartier général du festival, on croise Luc Bourdon. Ça faisait longtemps qu'il travaillait à une oeuvre inclassable, consacrée à Montréal, lancée cette semaine à Toronto. Ancien directeur général du Festival du nouveau cinéma, vidéaste, artiste sur plusieurs tribunes expérimentales, il avait déjà réalisé, par exemple, l'intéressant Plan de fuite. Sa Mémoire des anges tient du poème, de l'essai, du tribut cinématographique à la métropole. Sans voix hors champ, avec un collage fluide de films et de documentaires de l'ONF sur le Montréal des années 50 et 60, il nous entraîne dans un fascinant voyage dans le temps, souvent en noir et blanc. On attrape au passage des images des Montréalistes d'Arcand ou de Golden Gloves de Gilles Groulx, de bien d'autres films cultes. Dominique Michel et Jean Drapeau, Geneviève Bujold et la reine d'Angleterre, aussi les ouvriers, les petits marchands, les belles façades, les anges de pierre, le pont Jacques-Cartier et les escaliers en tire-bouchon participent à cette symphonie en musique et en réminiscence, en nous entraînant dans leur poésie. Luc Bourdon lève son chapeau à son monteur Michel Giroux qui a plongé avec lui dans la mémoire vive des 120 films de l'ONF servis en mosaïque.

Easy Virtue

L'Australien Stephen Elliott, désormais installé en Grande-Bretagne, nous avait déjà donné l'hilarant Priscilla, Queen of the Desert. D'un as du genre, Easy Virtue, adapté de la pièce de Noel Coward, est un vrai bonbon. Cette délicieuse comédie oppose une famille aristocratique britannique à la nouvelle épouse américaine du fils adoré. Jessica Biel incarne la séduisante intruse, Kristin Scott Thomas, la belle-mère acariâtre, Colin Firth le beau-père compréhensif, etc. Tout ce beau monde grenouille au château, où chacun s'évertue à rendre la vie impossible à l'épousée. Les répliques fines avaient déjà été ficelées et testées au théâtre, mais Stephen Elliott offre à tout ça un rythme trépidant, des décors pour lords champêtres, une excellente direction et la drôlerie constante. Easy Virtue devrait connaître un vrai succès public.

Pride and Glory

Parfois, on s'installe devant un film en lui trouvant un tas de qualités: mise en scène brillante, musique inspirée, montage impeccable, excellents acteurs. Tout en se demandant quand même pourquoi une équipe mit tant de soins à faire une oeuvre en partie déjà vue. Scorsese était déjà passé avant... Grosse distribution masculine pour Pride and Glory de l'Américain Gavin O'Connor: Edward Norton, Colin Farrell, Jon Voight, Noah Emmerich. Dans ce polar qui se déroule à New York au sein d'une famille élargie, les hommes sont soit policiers, soit membres du Milieu. Ils se tirent dessus ou se donnent un coup de pouce. C'est selon. Avec une bonne idée de départ, des scènes de violence extrêmement maîtrisées, tout est au poil. Mais c'est bien long, bien sanglant. Que de meurtres et de scènes de tortures brutales habilement stylisées. On regarde sa montre...

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