Festival international du film de Toronto - Rendez-vous composite

Toronto — Le Festival international du film de Toronto (FIFT) est un rendez-vous composite. Les films de Cannes trouvent ici leur tribune outre-Atlantique. Les grandes premières américaines des productions «oscarisables» y sont orchestrées, certaines après un détour par la Mostra de Venise, qui s'insère juste avant le FIFT au calendrier des festivals, en lui relayant les beaux morceaux.

Ainsi hier, les médias et l'industrie se bousculaient (certains repoussés, faute de sièges) pour assister à l'unique projection hors public de The Wrestler de Darren Aronofsky, lauréat du convoité Lion d'or à Venise.

Or, il s'agit vraiment d'un film coup de poing qui pourrait valoir à Mickey Rourke un Oscar, même si ce prix d'interprétation lui a échappé à Venise. L'ancienne star de Barfly, d'Angel Heart, le beau gosse doré des années 80 était devenu une star déchue, défigurée, déformée par les combats de boxe — sa seconde carrière — par les drogues en tous genres et les stéroïdes, désavouée par le cinéma (mis à part une apparition dans Sin City). Or ce Wrestler lui offre un retour triomphal. Il n'est pas dit que le nouveau Mickey Rourke pourrait encore jouer n'importe quoi, mais ce rôle est tellement collé à son propre parcours que l'acteur semble vivre ses scènes, avec ses muscles démesurés, son visage bouffi, son corps de combattant, son regard enfiévré, sa rage de cogner. Quelle puissante performance!

Darren Aronofsky (Requiem for a Dream) dans une mise en scène percutante, caméra à l'épaule (qui évoque parfois le cinéma des frères Dardenne, en plus hard), offre à Rourke un rôle de lutteur sur le déclin, à la vie ratée, qui ne trouve sa gloire que sur le ring. D'incroyables combats trafiqués filmés au corps (Rourke semble faire toutes ses cascades) sont stupéfiants. En parallèle, la vie misérable du personnage, sa tentative de rapprochement avec une danseuse de club (excellente Marisa Tomei), tout dans ce Wrestler tient du séisme, dont l'onde devrait se répercuter jusqu'aux Oscars.

The Burning Plain

Le Mexicain Guillermo Arriaga est le scénariste d'Amores Perros, 21 Grams et Babel d'Iñarritu. On le retrouvait aussi à l'écriture de The Three Burials of Melquiades Estrada de Tommy Lee Jones. Mythe avant d'avoir tourné son premier long métrage, lequel nous est tombé dessus à Toronto, après passage lui aussi par Venise.

Son The Burning Plain s'offre un gros bouquet d'actrices. Charlize Theron (extraordinaire), Kim Basinger (plus convenue), la débutante Jennifer Lawrence (excellente). Des destins croisés comme Arriaga les aime, des êtres écorchés, un mystère à résoudre, une double action avec une clé: il aurait dû tourner lui-même bien avant, tant il maîtrise le jeu. Sur un scénario habile, un montage fluide, le feu comme élément central, cette histoire d'adultère, de vengeance, de remords, de passions en tous genres est d'une habilité et d'une force émotive poignantes. Entre un village mexicain frontalier et la ville de Portland, en Oregon, les récits s'enlacent pour culminer sur une tragédie en un polar psychologique qui s'alanguit parfois, mais finit sur une apothéose.

Wong Kar wai

Éternellement dissimulé sous ses lunettes noires, le raffiné, l'énigmatique Wong Kar wai était hier à Toronto.

Le grand cinéaste chinois d'In the Mood for Love et de 2046 avait lancé au dernier Festival de Cannes cet Ashes of Time (Redux), une oeuvre en mouvement, version définitive du même film tourné en 1992. Adapté d'un roman d'arts martiaux, The Eagle-Shooting Heroes, Ashes of Time avait circulé en différentes versions, revues par le cinéaste ou pas, tronçonnées à la va-comme-je-te-pousse. Par ailleurs, les négatifs étaient endommagés, les effets spéciaux plus rudimentaires qu'aujourd'hui.

Alors, il a restauré le film, l'a réduit de dix minutes, a amélioré certaines images avec la numérisation, et lance cette version définitive, appelée à faire oublier toutes les autres. «J'avais envie de tout refaire, confesse-t-il, mais je me suis retenu, pour restaurer, non pas recréer le film de 1992, qui avait été si mal diffusé internationalement.»

Avec Ashes of Time, on entre ici en terre de légende. Le film est d'une grande beauté visuelle, jouant d'ombres, de fumée, d'écrans multiples. Ces héros qui manient le sabre, aiment et meurent d'un même élan dans un espace mythique, ont quand même une certaine lourdeur que la poésie des images n'efface pas. Ce tribut à un genre martial, si important dans la culture chinoise, semble davantage un exercice de grand style pour Wong Kar wai qu'une oeuvre de plein souffle. Mais ce film, à ses yeux, a chevillé tous ses autres.

«J'ai refait la musique au début et à la fin en demandant au violoncelliste Yo-Yo Ma d'utiliser son instrument comme une main qui caresse le corps d'une femme.»

Won Kar wai expliquait également qu'en 1992, le directeur photo Christopher Doyle y découvrit les contraintes et les joies de tourner en plein désert, avec une lumière crue et un espace ouvert, expérience qu'il mit ensuite à profit dans Hero et Rabbit-Proof Fence.

Un barrage contre le Pacifique

Déception! Tous les éléments semblaient au rendez-vous pour créer des miracles. L'excellent roman de Marguerite Duras à adapter, le grand cinéaste cambodgien Rithy Panh aux commandes. Ajoutez Isabelle Huppert dans le rôle de la mère dont les terres sont inondées dans son Indochine française, et Gaspard Ulliel pour camper le fils adoré et vaurien. Mais tout est raté. Un barrage contre le Pacifique semble un mauvais téléfilm, mal ficelé, mal joué et d'un ennui sans nom. La poésie du Rithy Panh des Gens de la rizière manque totalement à l'appel.

Hier, les acheteurs potentiels quittaient la salle de visionnement avant la fin de la projection, fuyant comme des rats, déterminés à ne pas distribuer cette platitude sur leur territoire.

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