Théâtre - Dire n'importe quoi

Le plus difficile à digérer, c'est l'air qu'ils prennent pour nous mentir en pleine face en prétendant que la culture, c'est important pour eux. Des airs de représentante de produits de beauté cheapo souriant comme une madame qui vient de faire refaire ses rideaux de salon. Ou de mononc' qui aurait étudié chez les Jésuites ou plutôt chez les Frères des Écoles chrétiennes et qui tient des discours de compteur de chiffres servis tout croches pour mieux les faire passer.

Des pros! Souriants.

Se présentant comme les véritables défenseurs de nos intérêts. Suaves pour ne pas dire autre chose.

Ces gens-là auraient eu un peu plus de temps avant le déclenchement des élections et il auraient probablement affirmé que toutes ces histoires de programmes et de budgets culturels qui disparaissent ne sont, au fond, qu'une tempête dans un verre d'eau agitée... par des agités justement.

Genre: non mais, de quoi parlez-vous? Nous investissons dans la culture! On aime ça en masse, la culture, mais pas n'importe quoi comme les films de cul ou les affaires qui n'ont pas de belles valeurs et qui nous font passer pour ce qu'on n'est pas. Nous avons augmenté le budget du Conseil des arts de 30 millions, nous! Nous gérons pour tous les Canadienscanadiennes des programmes qui doivent répondre à des critères et à des objectifs que nous révisons régulièrement et sizzzz zzzzz pas du toutzzz zzzz idéologzzzzzzz...

Voilà déjà la plus mauvaise pièce de la saison.

Quelle tristesse! Élire des gens et les payer avec nos sous pour qu'ils nous servent des salades pareilles en nous regardant fièrement dans les yeux! Après l'été qu'on n'a pas eu... Tout cela pour affirmer comme tout le monde que, O tempora! o mores! comme aurait dit Bernard, la vie est plus dure qu'à l'habitude en ce début de saison.

En revenant des montagnes dimanche, il était difficile de ne pas replonger dans ce mauvais script débité sur tous les types d'ondes, de supports et de plateformes... Tout cela sent mauvais. Très. Un peu comme dans ma campagne depuis qu'on a répandu le contenu des fosses à purin sur le moindre brin d'herbe du moindre champ autour de la maison. Sauf que dans le cas qui nous occupe ici, ça ne sert même pas une bonne cause. On a cette fois-ci l'impression, comme le soulignait Wajdi Mouawad dans notre page Idées la semaine dernière, on a l'impression que quelque chose s'est brisé, qu'un pacte a été rompu. Et qu'il flotte dans l'air des odeurs de trahison. Tout ça pour... quoi? Combien?

Heureusement que l'on nous promet beaucoup d'agitations diverses et de brassages de cage en tous genres dans la saison qui s'amorce. Parce qu'il serait surprenant — vous voulez parier? — que la culture soit, pour les conservateurs ou même pour les autres, un enjeu majeur de la campagne électorale lancée dimanche dernier. Menfin...

Pendant ce temps, il y a déjà quelques compagnies de théâtre et de danse se définissant d'abord par la tournée internationale qui doivent commencer à se poser de sérieuses questions quant à leurs activités futures. Tout un pan du secteur jeunes publics, par exemple mais pas seulement, est menacé tout aussi directement que la plupart des compagnies de danse. Et le volet international de nos grands festivals de théâtre comme TransAmériques ou Coups de théâtre semble lui aussi mis en danger. Il faudrait que tout ce beau monde adopte la philosophie du vendeur de «shoe claque» ou du fabricant de carlingue d'avion (proposer un bon produit et se montrer agressivement concurrentiel sur tous les marchés!)? Vraiment? Avec quoi?

Est-ce que quelqu'un pourrait expliquer clairement à ces gens ce qu'ils sont en train de faire? Toutes ces années de travail, de contacts; toutes ces sommes investies pour mettre en place des grands réseaux... Se pourrait-il que, au contraire, selon le pire des scénarios paranoïaques, ils le sachent pertinemment? L'on reviendrait à la paranoïa comme instrument de travail; comme dans le temps des curés et de Duplessis... Encore? Et nous serions prêts à nous y remettre? Collectivement? Hum?

La collectivité, elle s'exprimera bien, en octobre, mais les artistes eux, quoi qu'il arrive, n'ont plus vraiment le choix: les voilà isolés, montrés du doigt et il y a dès maintenant un urgent combat à mener. Un combat de tous les jours qui touche la place et l'importance de la culture dans nos vies. Un combat bec et ongles à débusquer les épouvantails du conservatisme à la petite semaine, de quelque couleur qu'il se drape. Les premiers tirs groupés ont déjà fait des victimes: cela doit cesser. Il faut tout de suite se montrer vigilant et ne plus rien laisser passer sans souligner le ridicule de la situation.

Parce qu'on en est vraiment à l'heure ou les mononc' à cheveux gris et les colporteuses d'idées toutes faites peuvent sabrer impunément dans ce qui nous fait vivre et dire n'importe quoi — «Le Québec prend des forces», non mais! — en souriant de toutes leurs dents. Déjà, ce simple constat donne des frissons dans le dos...

En vrac

- C'est évidemment la folie, comme toutes les rentrées, ne serait-ce que pour trouver le temps de voir tout ce qui vient de prendre l'affiche au cours des deux dernières semaines. On vous souligne néanmoins le retour à La Licorne de Slague, l'histoire d'un mineur de Mansel Robinson, une production du Théâtre du Nouvel-Ontario mise en scène par Geneviève Pineault. C'est Jean-Marc Dalpé qui signe la traduction et qui joue le seul personnage de la pièce racontant une sordide histoire de mine effondrée dans laquelle un père amer, devenu alcoolique, a perdu son fils et crie vengeance. La pièce avait été présentée dans une scénographie adaptée à la Petite Licorne, l'hiver dernier, mais on devrait y gagner à la voir jouée dans la grande salle du théâtre à compter de ce soir jusqu'à samedi. On se renseigne au 514 523-2246.

- On sait que la Maison Théâtre célèbre son 25e anniversaire cette année et qu'une foule d'activités sont prévues tout au long de la saison pour souligner la chose. Eh bien, ça commence dimanche alors que, de 13h à 16h, tout le monde est invité à la Fête familiale de la rentrée. On vous y proposera des visites guidées et des expositions d'affiches ou de photos des spectacles passés et à venir. Les enfants se verront aussi suggérer toute une série d'ateliers et d'activités diverses comme le maquillage, la fabrication de marionnettes, la création de personnage ou le théâtre d'ombre. À 15h, les enfants présents pourront même souffler les bougies du gâteau d'anniversaire de la Maison. Profitez-en, tout cela est gratuit et tout le monde est invité. Renseignements: 514 288-7211, poste 307.

- L'ancien Festival annuel d'innovations théâtrales est devenu le Festival de théâtre à l'Assomption tout en restant le FAIT. Du 1er au 4 octobre, le festival accueillera donc une quinzaine de spectacles en quatre jours dont plusieurs choses toutes neuves dont on n'a jamais entendu parler et qui portent des titres évocateurs comme De l'impossible retour de Léontine en brassière du Groupe de poésie moderne, du Musée des vieux animaux québécois de la compagnie Toxique trottoir ou des lectures publiques comme Les Chroniques du dépanneur et des laboratoires comme Vides passagers du Théâtre I.N.K.. On en saura plus sur toute la programmation du festival au www.fait.ca ou au 450 623-9815.

- Une curiosité, rapidement. Au Centre Calixa-Lavallée, ce soir à 20h et samedi à 16h, Nuits d'encre propose une représentation pour les sourds de la pièce La vieille est morte ou un Feydeau de Dominic Quarré: chaque comédien est accompagné par un «traducteur» qui joue aussi le personnage... On réserve au 514 525-5691

- On vous signale comme ça que nous venons tout juste de compléter notre équipe de critiques avec l'arrivée de Luc Boulanger qui a collaboré depuis plus d'une vingtaine d'années à une foule de magazines et longtemps dirigé la section culturelle de l'hebdomadaire Voir. Il se joint à Marie Labrecque, Alexandre Cadieux et à votre serviteur pour vous offrir la couverture la plus complète de tout le secteur. Excelsior!

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mbelair@ledevoir.com

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