Malgré une forte demande saisonnière, l'or s'enfonce

D'août à la fin septembre, début octobre, nous nous trouvons en haute saison pour la demande de l'or. En effet, les achats de bijoux durant cette période sont élevés en Inde à cause de la prochaine grande saison des mariages et en général à cause de la période à venir de Noël. Sur les dix dernières périodes englobant les mois d'août et septembre, le sous-indice de l'or du TSX a grimpé huit fois pour un gain moyen de 11,1 %.

De la manière dont s'amorce le mois de septembre, les chances sont maintenant élevées que nous connaissions en 2008 une exception à la règle alors que l'indice s'est effondré pour atteindre un plancher de près de 246. Surprenant. En effet, la demande pour l'or physique en Inde était déjà très forte. Demande qui s'est amplifiée avec la dégringolade du prix de l'or au point que des ventes record sont attendues dans cette région.

Aux États-Unis et en France, les gouvernements n'ont pas été en mesure de répondre à la demande trop forte de pièces d'or destinées aux collectionneurs et investisseurs. Pendant ce temps, dans les Émirats Arabes, la demande pour l'or physique sur le parquet d'Abou Dhabi a explosé de 300 % durant le mois d'août.

Surprenant donc que, dans un tel contexte de demande très forte, le prix de l'once d'or puisse chuter radicalement pour défoncer tous ses points de résistance jusqu'à 790 $US.

Pourquoi une telle débandade? À cause de toute évidence d'un changement de perception des investisseurs. Car, au bout du compte, la demande par les investisseurs pour l'or et les titres aurifères est très importante. Or, un affaiblissement de celle-ci suffira à sabrer le prix du précieux métal en dépit d'une demande plus forte pour la consommation.

Plusieurs facteurs font que les investisseurs sont probablement moins chauds envers l'or. Le premier: le redressement récent mais sensible du dollar américain. Ce dernier a pris du galon sur le marché des changes, en particulier devant l'euro. En un peu plus d'un mois, le dollar américain s'est apprécié de 10 % environ. Or, comme vous le savez, le prix de l'or maintient une corrélation négative presque parfaite avec l'évolution du dollar américain. Lorsque ce dernier s'apprécie, le prix de l'or descend et vice-versa.

Un autre facteur: le prix du pétrole. Il a reculé sensiblement depuis son sommet de presque 150 $US le baril atteint plus tôt cet été. Nul doute que, dans sa montée vertigineuse, le prix du pétrole a atteint un niveau tel qu'il a provoqué des changements de comportement chez les consommateurs devenus plus économes en matière énergétique. Tout cela, combiné au fort ralentissement de l'activité économique aux États-Unis et dans les autres grands pays occidentaux, contribue à faire baisser le prix du baril de pétrole. Tout cela survient alors que nous entrons dans la période creuse pour la demande de pétrole. La prochaine saison forte sera l'hiver pour le chauffage. D'ici-là, les pressions à la baisse sur le prix de l'or noir devraient se maintenir, pressions qui seront interrompues de temps à autre par les ouragans.

Enfin, on a pu constater la semaine dernière que l'Europe entend mener la lutte contre l'inflation. Comme aux États-Unis, l'inflation est nettement à la hausse sur le Vieux continent. Contrairement aux États-Unis, l'Europe doit cependant composer avec un fort taux de syndicalisation de sa main-d'oeuvre. Cela hausse les risques de spirale inflationniste dans cette région du monde. Aussi les banques centrales ont opté de toute évidence pour la ligne dure alors que la Banque d'Angleterre et la Banque centrale européenne ont laissé inchangé leur taux directeur, cela en dépit du ralentissement évident de l'activité économique.

Conclusion: le contexte pour l'or demeurera probablement difficile pour le reste de 2008. Il le demeurera jusqu'à ce que les pays occidentaux amorcent un nouveau cycle de croissance. Mais, avec cette orgie de liquidités injectées par les gouvernements occidentaux pour sortir leurs économies respectives du marasme des prêts hypothécaires à haut risque (injection qui se poursuit en ce début de semaine avec la mise en tutelle par le gouvernement américain des deux agences privées géantes des prêts hypothécaires que sont Freddie Mac et Fannie Mae; les vannes des prêts hypothécaires seront désormais grandes ouvertes), l'or reprendra vite ses galons par rapport aux autres monnaies occidentales aussitôt la reprise économique amorcée probablement quelque part en 2009.

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