Festival international du film de Toronto - À l'ombre des stars, Spike Lee

Spike Lee est également le réalisateur derrière les films Do the Right Thing et Malcolm X. Son dernier film, Miracle at St. Anna était lancé hier en première mondiale à Toronto.
Photo: Agence France-Presse (photo) Spike Lee est également le réalisateur derrière les films Do the Right Thing et Malcolm X. Son dernier film, Miracle at St. Anna était lancé hier en première mondiale à Toronto.

Toronto — Il faut voir ici les badauds faire le pied de grue devant les hôtels pour apercevoir Brad Pitt, George Clooney ou Julianne Moore... Tout est décentré au Festival de Toronto, alors les hôtels constituent les points de chute des rencontres de presse, des limousines parquées devant. Après la cohue autour du film des frères Coen, d'autres invités de marque prennent le relais. Au suivant!

Spike Lee est venu rencontrer hier les journalistes avec un t-shirt à la gloire d'Obama. À ses yeux, le candidat américain apporte un message d'espoir aux Noirs du pays, comme avant lui Malcolm X. Affiche électorale vivante, le cinéaste noir? Et pourquoi pas? La tribune du festival est là. Autant en profiter.

Des éternelles lunettes rondes, des réponses nettes, une aura d'intelligence et de sérieux: on aime bien Spike Lee. Le chantre de la condition noire aux États-Unis, grand cinéaste américain de Do the Right Thing et de Malcolm X lançait en première mondiale à Toronto son film Miracle at St. Anna. Au centre: l'histoire d'un régiment noir, discriminé par sa propre armée, envoyé en Toscane au cours de la Seconde Guerre mondiale. Côté thème, on pense à Indigènes de Rachid Bouchareb. Mais Spike Lee transcende son propos, montre avec sensibilité les villageois italiens pris comme des rats dans leur village assiégé par les Allemands, et pose un regard d'humanité sur tous ses personnages.

Spike Lee a toujours de la difficulté à financer ses films. «Quand on ne s'appelle ni Spielberg ni Lucas, quand on ne met pas en scène des superhéros, quand on propose des films sans stars, on rame», résume-t-il. Le cinéaste américain rend hommage aux coproducteurs italiens qui lui ont permis de monter ce Miracle at St. Anna en un temps record. «Désormais, je crois aux miracles!»

Sa dernière oeuvre, parfois appuyée, mais prenante, (2 h 30, il faut s'y atteler), mérite le détour. Avec une fantastique ouverture sur un meurtre mystérieux, elle s'arrime en flash-back sur cette Toscane de 1944, ravagée par les massacres allemands. Le duo entre un petit Italien orphelin et un géant noir qui le protège constitue le coeur vibrant du film. Malgré des longueurs, un dénouement convenu, Miracle at St. Anna, demeure un bon film de guerre, réalisé avec brio, offrant des scènes de bataille percutantes. Il aborde avec humour, tendresse et deux doigts d'insolite, les rapports humains par-delà les barrières culturelles et linguistiques. «Mon film ne porte pas vraiment sur ce régiment noir, mais embrasse beaucoup plus grand», conclut-il avec raison.

Pascale en coup de vent

Pascale Bussières est à Toronto, pour accompagner Afterwards du Français Gilles Bourdos, une coproduction France-Canada-Allemagne. Scénarisé par Michel Spinosa d'après un roman de Guillaume Musso, ce thriller donne la vedette à John Malkovich et Romain Duris, dans une intrigue à caractère fantastique. Malkovich campe un mystérieux médecin qui peut prédire la mort prochaine des gens. Or le héros (Duris) a lui-même croisé la mort de près. Le film est trop bavard et la quête métaphysique aurait gagné à ouvrir sur des plages de silence, des sous-entendus, dans une mise en scène moins stylisée. Le scénariste Michel Spinosa (Anna M.) nous avait habitués à plus de subtilité. Mais Pascale — en ancienne collègue d'étude du héros, qu'elle retrouve après dix ans — se révèle une Russe fort crédible.

Inutile de lui demander de raconter son expérience de jeu auprès de Malkovich, elle ne partage avec lui aucune scène et ne l'a rencontré en personne que brièvement. «Mais j'étais ravie de jouer une Russe, dit-elle. J'ai travaillé longtemps avec un entraîneur pour capter l'accent, dire des phrases en russe. Et puis incarner une Slave me permettait de jouer un personnage de débordement, alors que j'ai un registre plus minimaliste d'habitude.»

Pascale Bussières était également heureuse de jouer avec Romain Duris, un ami personnel, à qui elle n'avait jamais donné la réplique à l'écran. On la reverra bientôt dans Suzie de Micheline Lanctôt (cinéaste qui avait lancé la jeune actrice avec Sonatine). «Le scénario est vraiment formidable, dit-elle. J'ai hâte que le film prenne l'affiche.»

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- Séraphine

Très beau film français: Séraphine de Martin Provost. Une oeuvre lente, aux scènes magnifiques de village et de nature, qui aborde l'histoire véridique de Seraphine de Senlis, femme de ménage, peintre naïve aujourd'hui fort cotée. Pauvre, souffrant de maladie mentale, elle fut découverte par un marchand d'art allemand en 1912. Le portrait de cette femme est brillamment interprété par Yolande Moreau qui rend ses drames, ses amours sans retour, ses espoirs artistiques, son internement avec une force et une sensibilité poignantes. Ulrich Tukur dans la peau du marchand d'art est toujours juste. La finesse de la mise en scène et ces images lancinantes achèvent d'en faire un film vraiment inspiré.

- The Duchess

Du Britannique Saul Dibb, un film ambitieux et académique adapté de la vie de la duchesse de Devonshire au XVIIIe siècle. Keira Knightley aux côtés de Ralph Fiennes incarne cette aristocrate belle et populaire, embourbée dans un mariage malheureux. Le sort des femmes dans cette société misogyne est bien démontré, mais sous le poids des beaux costumes et des riches décors, le film étouffe sans trouver sa grâce.

- La Fille de Monaco

La Française Anne Fontaine nous avait offert des films plus lancinants. Mais ne boudons pas notre plaisir. La cinéaste d'Augustin et d'Entre ses mains livre quand même avec La Fille de Monaco une comédie amusante. Fabrice Luchini en avocat épris d'une délicieuse bimbo monégasque est parfait d'ahurissement amoureux, et Roschdy Zem en garde du corps trop dévoué à son client tout en émotions rentrées, fait merveille. Mais La Fille de Monaco demeure un charmant divertissement de surface.

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