Internet comme outil de campagne

En ce début de 40e élection générale fédérale, tous les espoirs sont permis. Bien sûr, pour les milliers de candidats qui se présentent dans tout le pays, mais également, pour ces millions de Canadiens et de Québécois qui utilisent maintenant Internet au quotidien. Peut-on se souhaiter une campagne électorale plus branchée où les électeurs pourront avoir un plus grand contact avec les candidats, une plus grande influence sur les partis et ceux qui couvrent cette campagne, grâce à Internet.

Depuis quelques campagnes maintenant, autant québécoises que canadiennes, il est toujours surprenant de voir comment les organisateurs utilisent encore mal Internet et, surtout, s'y réfèrent encore presque uniquement comme outil d'archivage de leurs plateformes électorales, sans oublier, dans certains cas, de centre d'archivage des publicités télévisées, pour faire plus moderne.

Mais il n'en demeure pas moins que, bien utilisé, particulièrement dans un contexte de Web 2.0 où plus de 40 % de la population canadienne utilise Facebook (au Québec, un million de citoyens sont présents sur Facebook), Internet peut être payant, et il serait temps que les partis soient plus présents et, surtout, qu'ils utilisent mieux les ressources du Web.

Un site faisant l'éloge du chef en photo et en vidéo ne servira pas à grand-chose alors que l'on passera déjà toute la campagne à croiser leurs visages sur tous les poteaux du pays. À l'opposé, un site ouvert aux commentaires, ouvert à la discussion, avec un forum ou un blogue bien animé par un intervenant bien informé du parti, aura de très bonnes chances de projeter une image d'ouverture, d'écoute envers l'électorat.

Évidemment, personne ne s'attend à ce qu'un des chefs se lance dans une campagne de communication comme celle orchestrée en ligne par l'équipe de Barack Obama. Ça, c'est pour la prochaine campagne électorale fédérale ou peut-être même la suivante. Mais le minimum dans le contexte de cette campagne 2008, c'est de faire preuve d'ouverture aux citoyens qui utilisent de plus en plus Internet et ses ressources pour s'informer et, surtout, faire connaître leurs opinions.

De leurs côtés, les médias qui couvriront la campagne auront beaucoup à faire pour concurrencer les initiatives citoyennes sur le Net. Alors, quel sera le premier site Web qui offrira l'occasion de poser directement nos questions aux chefs? Et d'obtenir la réponse de ceux-ci. Quel média fera une couverture quotidienne de la campagne sur le Web? Qui fera écho aux commentaires de certains blogueurs politiques?

En ligne, verra-t-on des blogueurs suivre la campagne de près? Est-ce que les partis feront une place aux blogueurs qui voudront les suivre? Verra-t-on les «spins doctors» des partis lancer leurs propres blogues pour tenter d'influencer le lectorat ou corriger une faute de parcours? Et puis, il y a ces vidéos qui apparaissent sur Internet, la hantise de tout candidat, qui viendront peut-être illustrer un faux pas, une langue qui fourche ou un bel exemple de double discours. Et ces vidéos, qui réussira à les attirer? Un site de média, un portail vidéo québécois ou l'incontournable YouTube?

Pour revenir à Facebook, qui sert maintenant de baromètre dans l'imaginaire populaire lorsqu'on parle de gens branchés, il est fascinant de voir comment, en ce début de campagne, Jack Layton compte presque 13 000 supporters, Stephen Harper et Stéphane Dion en comptent environ 12 000 chacun, Elizabeth May 2100 et Gilles Duceppe presque 1000.

Et puis, il y a Élections Canada, qui devra faire la part des choses pendant les prochaines semaines. Bon nombre de citoyens vont vouloir utiliser leur droit à la libre expression pour s'exprimer sur les enjeux de cette campagne. Comme par le passé, certains internautes vont vouloir créer leur site de campagne au profit d'un parti, d'un homme, d'une idée. Quelle sera la réaction d'Élections Canada?

Pensons seulement au domaine des arts, frappé durement par des compressions dans le financement de certains programmes ces dernières semaines. L'imagination débordante de ces gens-là a de bonnes chances d'être canalisée vers certaines productions artistiques qui seront sûrement disponibles sur le Web.

Franchement, plus j'y pense et plus j'ai hâte de passer les prochains jours devant mon ordinateur à surveiller ce que les électeurs auront à dire à leurs candidats. Hâte de voir comment les candidats, les partis et les chefs arriveront à gérer cette information. Comment les médias traditionnels arriveront à reprendre ou à recycler ce mouvement fluide. Chose certaine, comme dirait l'autre, aujourd'hui en matière d'utilisation d'Internet en campagne électorale, autant pour le cybercitoyen que pour le cyberpoliticien, la barre est haute! Bonne campagne!

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bguglielminetti@ledevoir.com

Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno).

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