Merveilleux pays de Loire

Vous avez plongé avec les vertigineux chenins de Vouvray présentés la semaine dernière ? Ce n'est qu'un avant-goût de ce qui vous attend la semaine prochaine alors que ce petit cachottier de melon de bourgogne s'emploiera à vous déboulonner le mythe du p'tit muscadet né pour un p'tit pain. Mais auparavant, clin d'oeil sur le Val de Loire, de Nantes à Sancerre, en passant par le Salon des vins de Loire, qui a eu lieu à Angers la semaine dernière. Plus de 600 exposants balisant les sentiers plus ou moins fréquentés de pas moins de 68 appellations aussi diversifiées par les styles de vins qui y sont aussi élaborés que fascinants par le choix que celles-ci proposent selon vos humeurs et vos goûts personnels. Fines bulles, rosés et rouges, blancs secs, demi-secs, moelleux ou liquoreux, tout y est. Il n'y a qu'à se servir.

Le vignoble de la Loire, troisième de France avec plus de 73 000 hectares plantés (après le Languedoc et le Bordelais), fait surtout le bonheur des amateurs du Royaume-Uni pour le moment (le principal marché d'exportation actuel) tout en commençant, encore bien timidement, à intéresser ceux du pays de Robert Parker. Un sursis qui nous permet encore ici, au Québec, de cibler plus à fond ce que ce vignoble immense a à proposer de meilleur, et ce, avant que nos voisins du Sud ne ratissent et raflent tout. Surtout que les vins, souvent profondément marqués par une batterie de beaux terroirs, demeurent, même dans les cuvées de prestige, d'excellentes affaires. Les agences promotionnelles québécoises font en ce sens un excellent boulot même si les politiques actuelles de la SAQ opèrent parfois en sens inverse. Un exemple ? La campagne des rosés pour l'été 2003, dont les échantillons doivent parvenir au monopole en décembre au plus tard — soit au moment où les vins sont souvent en fin de fermentation —, ne peut que privilégier les vins modestes à gros volume au détriment de la crème des rosés de la Loire, parmi les plus fins de France.

Cela dit, j'ai encore accumulé quelques coups de coeur lors des inévitables dégustations-marathons avec les amis vignerons, mais auparavant, coup d'oeil sur le millésime 2002. Croyez-le ou non, le fameux anticyclone des Açores, oui oui, celui-là même qui s'est chargé, mi-septembre, début octobre, d'assainir les éventuels foyers de pourriture avec un vent du nord-est des plus secs, a permis d'obtenir une qualité d'ensemble très enviable.

Phénomène de passerillage sur pied en Muscadet avec des acides, surtout maliques, qui laissent présager une garde certaine. Floraison idéale et quantité en hausse (+25 %) par rapport à 2001. En Anjou, flétrissement sur pied de la grappe en raison d'une arrière-saison qui a eu pour effet de couper l'alimentation de la souche à la grappe.

Degrés élevés, pas de chaptalisation. En Touraine, floraison importante et complète avec enrichissement au final par concentration des baies à la suite d'un manque de soleil ; par ailleurs, du côté est, à Sancerre et à Pouilly-Fumé, floraison fulgurante sur un week-end avec coulure importante (-10 % en volume). Résultat : vendange précoce avec, ici et là, des dépassements de degrés naturels à la vigne qui laissent présager des vins vineux et puissants.

Il faudra surveiller le superbe Quincy 2002 de Chantal Wilk, au Domaine des Ballandors, un sauvignon à la fois généreux, tonique et diablement savoureux (***1/2, 1), l'excellent Saint-Pourçain 2002 du Domaine de Bellevue (**1/2, 1), la gamme des vins de Bernard Baudry à Chinon, soit Les Granges 2002, au fruité franc et pur (**1/2, 1), Les Grézeaux 2002, à la fois charpenté, homogène et déjà très élégant, le nouveau terroir de trois hectares de cabernet franc de pied (Clos Guillot), minéral, très serré et prometteur pour de jeunes vignes plantées sur tuffeau (***, 2), ou encore l'incroyable Cuvée Croix Boissée 2002, d'une race et d'une longueur saisissantes (****, 3).

Alain Lorieux a été inspiré avec sa cuvée 2002 du Chinon Thélème, au profil serré, corsé, élégant et long (***1/2, 2), alors que Joël Taluau a mis tout le fruité dont disposaient ses vignobles dans ses vieilles vignes 2002 d'appellation St-Nicolas de Bourgueil (***1/2, 2). Le Sauvignon 2002 d'Henri Marionnet ? Parfaitement « buvant » et un appel pressant à la soif, meilleur que jamais ! (***, 1). Les Henri Bourgeois et Alphonse Mellot, en Sancerre, ont encore une fois dû se résoudre à livrer le meilleur : une exquise Bourgeoise 2002 flirtant sans cesse avec les sens et une Cuvée Génération 2002 de chez Mellot qui trace déjà les sillons du grand vin en devenir. J'en oublie ? Je vous reviens à ce sujet.

Comme promis : arrivée en tablette de la cuvée Dame Honneur du Château Lagrezette 2000 (56 $ chez Signature - 739516).

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* Code SAQ utile pour mieux repérer le produit. % (514) 873-2020, 1 866 873-2020 ou www.saq.com. Potentiel de vieillissement du vin 1 : moins de cinq ans ; 2 : entre six et dix ans ; 3 : dix ans et plus.

www.vintempo.com

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Les vins de la semaine

La bonne affaire

Monferrato Rosso 1998,

Dezzani, Piémont (12,95 $ - 628107)

Si le dolcetto confère ici la souplesse et que le cabernet sauvignon assure la charpente, alors le barbera livre avec justesse l'intensité toute parfumée du fruit mûr. Un rouge moderne, appétissant, élaboré par une maison qui sait faire (1). Note: 2,5/5

Le vrac en verve

Givry Crausot 1er Cru 2000, François Lumpp (35 $ - 880450 - ***1/2, 2) ; Pommard 1999, Joseph Drouhin (58,75 $ - 880799 - ***1/2, 2) ; Saumur blanc 1999, Coulée St-Cyr, Domaine St-Just (21,25 $ - 873158 - ***, 2) ; Clos de Coulaine 1999, Anjou Villages, Château Pierre-Bise (16,80 $ - 873315 - **1/2, 1) ; Château La Gasparde 2000, Côtes de Castillon, J.-P. Janoueix (17,25 $ - 976951 - ***, 1).

La primeur en blanc

Enigma 2000, Sierra Foothill (37,50 $ chez Signature - 921593)

Les cépages marsanne, viognier et roussanne se fondent dans les bras l'un de l'autre avec cette espèce d'amour tendre, sincère et serin qui calme et enchante à la fois. Fruité exotique, floral et parfumé sur une trame moelleuse, vineuse, lisse, longue et épicée. Sur les poissons aux agrumes et au gingembre (1). Note: 3,5/5

La primeur en rouge

Du côté de Lalande-de-Pomerol : Château Treytins 2000 (25,35 $ - 892406 - et 13,80 $ les 375 ml - 912840), d'une étoffe fruitée très pure (**1/2, 1); Château Garraud 2000 (16,85 $ les 375 ml - 913277), aux tanins fruités moelleux, serrés et finement boisés (***1/2, 2), et Château l'Ancien 1999 (49,50 $ - 914085), un magnifique hommage au merlot, à la fois structuré, velouté mais encore sur la réserve (****, 3).

Le vin-plaisir

Koonunga Hill Cabernet-Merlot 2001, Penfolds, Australie (16,95 $ - 613240)

Le millésime 2000 était bon ; ce 2001 lui succède dans cette continuité de style qui fait encore une fois honneur au géant australien. Un vin travaillé sur le fruit, sa fraîcheur mais surtout son charnu, le tout relevé d'une pointe épicée. Le navarin d'agneau sait de quoi je parle ! (1). Note: 2,5/5