Le temps de partir?

La muflerie du député libéral de Chomedey, Thomas Mulcair, a évité une situation très embarrassante à Pauline Marois, la semaine dernière, à l'Assemblée nationale, quand l'opposition a voulu l'amener à commenter l'affaire Duhaime.

Les remarques que M. Mulcair a adressées à l'ancien ministre, lors d'une rencontre dans les studios de TQS, étaient d'une telle grossièreté que le leader parlementaire du gouvernement, André Boisclair, a pu objecter légitimement que la vice-première ministre n'avait pas à répondre aux questions d'un individu aussi mal embouché.

Il n'empêche qu'elle était dans ses petits souliers. Après avoir blâmé publiquement l'ancien directeur général du PQ, Raymond Bréard, forçant du coup sa démission, allait-elle devoir montrer du doigt un autre ami du premier ministre Landry ou, ce qui n'était guère mieux, le défendre?

Mme Marois a été d'une discrétion tout à fait remarquable depuis le départ de M. Bréard, s'en tenant exclusivement à ses responsabilités ministérielles. Elle n'a pas risqué le moindre mot qui aurait pu être interprété comme une atteinte, si minime soit-elle, au leadership de M. Landry.

Je la soupçonne même d'être de ceux qui entretiennent le premier ministre dans l'idée que l'action du gouvernement est simplement mal comprise, qu'il reste encore du temps avant les élections générales, que la montée de l'ADQ est un phénomène passager et, surtout, qu'il demeure le plus apte à diriger le PQ lors de la prochaine campagne électorale.

Depuis le début de l'année, les aspirants à sa succession prient le ciel qu'un coup de cafard ne l'amène pas à tout laisser tomber, comme ce jour d'août 1985, quand un sondage lui avait fait comprendre brutalement, non seulement qu'il serait déclassé par Pierre Marc Johnson dans la course à la succession de René Lévesque, mais qu'il risquait même de terminer troisième derrière Pauline Marois.

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Ce soir, M. Landry va sans doute se présenter au caucus de ses députés avec un autre sondage maison contredisant le dernier SOM, qui n'accorde plus que 23 % des intentions de vote au PQ, loin derrière le PLQ (29 %) et surtout l'ADQ (36 %), mais plus personne ne croit à ses chances de mener le PQ à la victoire.

Tant que le principal adversaire était le PLQ, il est vrai que M. Landry paraissait être le mieux en mesure de sauver les meubles. Devant un Jean Charest, les sondages annonçaient une lutte plus serrée avec Bernard Landry qu'avec Pauline Marois ou François Legault.

Maintenant que l'ADQ est devenu l'adversaire numéro un, selon SOM, et que M. Charest apparaît moins que jamais comme une solution de remplacement valable aux électeurs francophones, M. Landry est-il toujours l'homme de la situation?

Le PQ aurait peut-être intérêt à opposer un chef plus jeune à Mario Dumont. Quand Lucien Bouchard a démissionné, plusieurs croyaient déjà qu'un changement de génération s'imposait, mais la rapidité de manoeuvre de M. Landry a coupé court au débat.

La soudaine irruption de M. Dumont à l'avant-scène est même de nature à inquiéter Pauline Marois. Soit, elle est encore à l'aube de la cinquantaine et pourrait devenir la première femme à diriger le Québec, mais elle a fait partie des mêmes cabinets que Bernard Landry depuis le début des années 80. Elle est associée à un chapitre de l'histoire politique québécoise sur lequel la population veut maintenant tourner la page.

Dans ces conditions, c'est plutôt la génération d'André Boisclair et de François Legault qui semble incarner l'avenir. Si le premier a grandi dans le sérail péquiste, le second est ce que le PQ peut offrir de plus approchant de Mario Dumont. Nettement moins obsédé par la constitution et la social-démocratie que le péquiste moyen, entouré d'une jeune garde dynamique et ambitieuse, M. Legault ne détonnerait pas du tout à l'ADQ.

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Jusqu'à présent, il semblait aller de soi que le PQ ne devait pas changer de chef avant les prochaines élections. Au lendemain de la défaite, M. Landry prendrait une retraite bien méritée et son successeur s'attellerait à la reconstruction.

Au rythme où il dégringole, certains commencent cependant à se demander si le PQ aura encore un avenir. À 23 % des intentions de vote, il est revenu à son niveau de 1970, alors qu'il avait fait élire sept députés. Pour un nouveau chef, il n'est jamais agréable de commencer son mandat par une défaite, mais au point où en est le PQ, ce serait peut-être un moindre mal. De toute manière, si les résultats du dernier SOM devaient se concrétiser lors des prochaines élections, les chances sont grandes que Pauline Marois, François Legault et André Boisclair soient battus dans leur circonscription.

Il est évidemment bien tard pour envisager une manoeuvre de ce genre, mais M. Landry n'avait aucune raison de croire que la situation se détériorerait à ce point. Lui-même a sans doute été erratique, mais il est vrai que le bilan du gouvernement est tout à fait présentable. Pourtant, le fait demeure que la population a perdu confiance.

Les échos en provenance de Joliette et surtout Berthier laissent présager le pire pour les élections partielles du 17 juin. Même dans Lac-Saint-Jean, l'ancien ministre Jacques Brassard estime que le PQ pourrait avoir une bien mauvaise surprise.

Même si le PQ prend une autre raclée, il n'y aura pas de putsch. C'est à M. Landry qu'il appartiendra de déterminer s'il est plus responsable de rester ou de partir. Ce sera probablement la décision la plus difficile de sa vie.