Paul McCartney à Québec - Un Beatle à la place des Beatles

Plus de 100 000 personnes ont assisté au concert de Paul McCartney à Kiev le 15 juin dernier, malgré une pluie torrentielle. On en attend jusqu’à 250 000 à Québec.
Photo: Agence France-Presse (photo) Plus de 100 000 personnes ont assisté au concert de Paul McCartney à Kiev le 15 juin dernier, malgré une pluie torrentielle. On en attend jusqu’à 250 000 à Québec.

Il les chantera toutes, demain, sur les Plaines. Le nouveau spectacle de Paul McCartney, tel qu'inauguré à Liverpool et à Kiev ces dernières semaines, est ce qu'on appelle en anglais dans le texte un crowd pleaser. Est-ce une qualité ou un défaut? Dix-neuf ans de tournées ne peuvent mentir. Parcours d'un fan, au-delà des controverses politico-linguistiques qui ont secoué les derniers jours.

L'apoplexie, disait Louise, ma meilleure amie. Je frisais la crise d'apoplexie. Eh oui. Normal, non? Paul, mon Paul était là, vraiment là, vivant dans le même espace-temps que moi, à l'autre bout de la patinoire du Forum. Sa basse-violon Hofner dans les mains. Avec la liste des chansons du spectacle de la tournée 1966 des Beatles collée dessus. Je ne voyais pas la liste d'où j'étais, mais je savais. On est beatlemaniaque ou on ne l'est pas. C'était le 9 décembre 1989, neuf mois avant mon entrée au Devoir, très exactement neuf ans et un jour après l'assassinat de John Lennon, très exactement quatorze ans jour pour jour après mon premier spectacle à vie: George Harrison au même Forum. L'oeuvre du destin? Astres alignés, à tout le moins.

J'avais payé mon billet et n'avais pas obtenu une très bonne place. M'en contrefichais. J'avais attendu ça toute ma vie. Et obtenir ce qu'on attend toute sa vie, c'est beaucoup. C'était même trop. Pensez, Paul en chair et en os m'alignait comme à la parade tout un tas de chansons des Beatles que je rêvais de l'entendre chanter, au-delà de mes espoirs les plus fous, Things We Said Today, I Saw Her Standing There, Eleanor Rigby, Get Back, The Fool on the Hill, Sgt. Pepper's, Hey Jude, et ainsi de suite jusqu'à l'immense medley final de la face 2 d'Abbey Road: Golden Slumbers, Carry that Weight, The End. De loin, regard embué, je voyais quasiment les Beatles. Illusion presque parfaite.

Ah! The Fool on the Hill: je revois son piano électrique peinturluré façon psychédélique, s'élevant, s'élevant. Je me revois hyperventilant, hyperventilant. Louise était sûre que j'allais mourir. J'aurais pu. Mais non, je ne suis pas mort, et j'ai revu McCartney au CNE Stadium de Toronto la fois d'après, en 1993. (Pourquoi pas Montréal? Mystère.) J'avais fait le voyage avec toute la bande des joyeux beatlemaniaques québécois, Gilles Valiquette, Pierre Marchand et compagnie. De bonnes places au parterre. Eh! J'étais du métier, j'avais mes entrées. À la fin du spectacle, j'étais tout près du bord de la scène, McCartney nous suait dessus. Incroyable proximité. J'ai brandi le pouce, il a brandi le pouce dans ma direction, juré craché. Notre direction, mettons: nous avions tous le pouce brandi.

Content, heureux, je n'étais cependant pas en danger, cette fois-là. Pas d'hyperventilation. J'étais trop près. Plus d'illusion possible. Ce n'était pas les Beatles, c'était Paul McCartney, ancien Beatle, chantant ses chansons des Beatles. D'autres qu'en 1989, All My Loving, Drive my Car, We Can Work It Out, Penny Lane, mais aussi beaucoup les mêmes, Yesterday, Let It Be, Hey Jude, Can't Buy Me Love, le medley d'Abbey Road. À un moment, peut-être pendant Hey Jude, je me suis surpris à penser aux Beach Boys. À leur show rétro d'alors, tout le temps pareil. Et j'ai été, non pas déçu, mais ramené sur terre. Ce spectacle-là n'était pas l'expérience d'une vie, constatais-je, à moins de la vivre pour la première fois. Mon expérience à moi était encore fabuleuse et marquante (mon pouce porte encore la marque), mais forcément moindre, parce que répétée, un peu trop à l'identique. Paul se la jouait Beatles, et je jouais moins le jeu avec lui. En sortant, je décidai que c'était ma dernière fois. Les Beatles avaient vécu, j'avais les disques, les films, je n'avais pas besoin que Paul me réédite indéfiniment les Beatles à la place des Beatles.

Paul pleure John et George

Tant pis pour moi? Les copains beatlemaniaques, qui sont retournés à Toronto quand McCartney s'y est produit en 2002 (la tournée Driving USA), puis en 2005 (The «US» Tour), en perdent encore leur fromage tant ils en parlent avec emphase. J'avais manqué quelque chose, les deux fois. Et pas seulement d'autres titres des Beatles enfin ravivés, à l'une ou l'autre occasion: She's Leaving Home, You Won't See Me, Helter Skelter, I'll Follow the Sun, etc. Il y avait, me racontait-on, de grands moments d'émotion, rapport aux frères disparus: Paul chantant la poignante Here Today en hommage à John, puis Something au ukulélé en hommage à George Harrison (qui était fan fini de George Formby, champion britannique du ukulélé, ceci expliquant cela). Et puis on ne tarissait pas d'éloges quant aux nouveaux accompagnateurs de Macca: les meilleurs de sa carrière solo, de l'avis général. Redoutables d'efficacité. Souplesse et discrétion.

Troublants témoignages. J'en regrettais presque ma désaffection. Et allais voir sur YouTube ce que j'avais raté, quand ce n'était pas les DVD reçus qui me procuraient, çà et là, un frisson qui me rappelait le Forum en 1989, précisément quand Paul rejouait celles qu'il n'avait pas encore rejouées. Qu'il déterre You Won't See Me, belle négligée de l'album Rubber Soul, j'en bavais un peu. Ça, c'était fouiller à fond le catalogue le plus riche de l'histoire de la musique populaire! Mais je passais outre à Hey Jude, Let It Be, outre aux incontournables. Been there, done that. Autant repasser le coffret DVD de l'Anthology des Beatles. Ou The McCartney Years, le coffret DVD farci de clips et de films promotionnels et d'extraits de spectacles avec Wings et en solo. Ou, mieux, écouter du nouveau McCartney. De fait, c'est sur disque que je retrouve aujourd'hui, le plus souvent, le Paul que j'aime, encore capable de grandes choses: Chaos and Creation in the Backyard, paru en 2005, et le récent Memory Almost Full signalent un notable regain d'inspiration.

Chantera-t-il Oh! Darling?

Cela étant, mon vieux coeur de fan a battu la chamade quand la Société du 400e a annoncé que sir Paul McCartney s'amenait à Québec le 20 juillet, en toute gratuité, sur le plus grand site disponible, pour quelque 250 000 personnes: un événement, un vrai. J'imagine la clameur demain, à l'arrivée de Paul, et j'en frémis. Je sais que ce sera au moins aussi impressionnant qu'à Kiev, en Ukraine, le 15 juin dernier. Allez zieuter ça sur YouTube: c'est géant. Oui, c'est encore à quelques titres près le même spectacle qu'en 2005, qu'en 2002 et précédemment. À peine deux titres du dernier album, Only Mama Knows et Dance Tonight. De toute la production solo post-Wings, deux titres aussi: Flaming Pie, l'exquise Calico Skies. Tout juste une poignée de chansons des années Wings, dont quatre de l'album Band On the Run (y compris une surprise, la très chouette Mrs. Vanderbilt, jamais jouée sur scène, réclamée par le truchement d'un sondage local), et du Beatles, du Beatles, du Beatles. Du pareil au même? Allez dire ça à 250 000 spectateurs en délire. Allez dire ça à un vieux fan tout excité.

Oui, excité. Peut-être sont-ce les 19 ans qui séparent le spectacle de Montréal de cette grande bringue inespérée sur les Plaines (et les 44 ans depuis le seul et unique passage des Beatles dans la Belle Province). Peut-être est-ce parce que Paul chantera comme à Liverpool et Kiev son medley-hommage à Lennon, A Day in the Life, Give Peace a Chance? Peut-être est-ce le coup du sondage local, qui pourrait inciter Paul à faire Oh! Darling (j'ai des suggestions itou: Lovely Rita, The Night Before, Uncle Albert/Admiral Halsey...)? Peut-être est-ce le fait qu'il s'agit du début non encore officiel de la dernière tournée à vie de McCartney — qui veut passer plus de temps avec sa fille Beatrice — et que j'ai envie de lui dire au revoir et merci. Je sais seulement que j'avais très envie d'être à Québec demain, et que je suis à Spa jusqu'à lundi, aux FrancoFolies. Pas mécontent, bien sûr: la chanson fait des bulles dans les Ardennes belges, et je nage dedans avec plaisir chaque année. Permettez tout de même, l'espace d'un instant, un sourire triste. Allez, bon spectacle. Salut à Paul. Vous me raconterez.

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Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Francois Piazza - Inscrit 19 juillet 2008 18 h 07

    Paperback writer ! (François Piazza )

    Je suis toujours heureux de voir un «jeunot » comme Sylvain Cormier ( après tout, il est juste dans la soixantaine ! ) aussi enthousiaste à l'idée que Paul McCartney vienne se produire sur les plaines d'Abraham. Car après tout, ce Beatle « for ever » est un des grands créateurs musicaux du XX et XXI iéme siècle, au même titre que B.Wilson ( Beach Boy ) et Roger Waters et David Glinmour ( Pink Floyd ) Tout comme lui, j'envie ceux qui auront le privilège de le voir sur scène. Mais mon petit doigt ( Ainsi que Québecor Media...) me dit que nous pourrons l'ouïr sur DVD sous peu...
    On se console comme on peut

  • Gerry Pagé - Inscrit 21 juillet 2008 01 h 53

    La lucidité est contagieuse.

    La lucidité contagieuse est venue à bout de l'imbécillité délétère.

    Je demeure à quelques pas du site où la légende Paul McCartney vient offrir au Québécois le meilleur de lui-même. Et, c'est énorme, en soi, et ça l'est davantage quand on compare cette prestation unique à la petitesse remarquable des réfractaires, des rebelles, des pétitionnaires et fossoyeurs de la fierté nationale qui nous stimule et de l'histoire des réussites qui nous propulsent. Depuis dimanche midi, c'est un tsunami de beau monde, venu de partout qui déferle joyeusement et de façon civilisée dans toutes les directions convergeant vers les Plaines d'Abraham. Une marée humaine tout aussi pacifique que pacifiste. Des vagues d'hommes, de femmes, de couples, d'enfants et de bébés en carrosse. De quoi provoquer d'exquis tangages grisants et doux roulis enivrants dont Québec conservera l'impérissable souvenir.

    Je ne me suis pas aventuré dans une telle masse, de crainte que s'y soient infiltrés quelques Falardeau, quelques Archambault, quelques Curzy, quelques Turp, quelques Lemay, quelques Brathwait, quelques Mervil, quelques casseurs et nostalgiques des putasseries de la Saint Jean Baptiste ou autres anémiés qui ont cessé d'évoluer le 13 septembre 1759. Après l'événement du 20 juillet 2008, toutefois, le Québec ayant la mémoire longue, c'est alors par centaines de milliers que nous nous souviendrons, par devise, par acquis de conscience, par souci de prévention et de sauvegarde, des noms qui précèdent, ces noms qui se sont gravés aux lugubres épitapheries 2008 de la petitesse, de l'étroitesse d'esprit, de la bassesse, de la turpitude, de l'inintelligence, de la déraison, de mesquinerie, du misérabilisme et de paupérisme global que certains irrécupérables se déshonorent à incarner et nous gênent par leurs parades. Les trois députés péquistes, entre autres, devront assumer le ressac auquel ils ne pourront échapper, ni par recours aux excuses et rétractations, ni par la simpliste évocation des droits et libertés, ni par les subterfuges de l'immunité et de l'impunité, ces paravents de la honte politique qui bloquent la restauration de la noblesse, de l'honorabilité, de la respectabilité et de la crédibilité des élus affectés à la gouvernance de l'État. Ce sont de tels macabres personnages, sans savoirs, sans savoir-vivre, sans savoir-faire ni savoir-être qui prétendent pouvoir « runner » et pourvoir aux fins du royaume du goujat bouddha Parizeau « le souverain » ou du pacha ayatollah Landry, le suzerain, tout en cravachant la plèbe de ceux qui auraient tout perdu, à la loterie de leurs bingos référendaires, acculée aux remparts de leur autocratie souverainement nombriliste et exclusive ainsi qu'enchaînée aux barreaux de la plus démocratique des dictatures.

    Devant le gigantisme du génie de McCartney et la grandeur réelle des Québécois qui ont défilé par centaines de milliers, ces trois Mickey Mouse du Tiers-Ordre de l'Opposition et du Tiers-monde des Officines de la tromperie et de la fourberie patriotardes escortés par les névrosés résiduels du sécessionnisme, finiront tous dans l'Alcatraz de leur désespérance, cette geôle aux limites de leur mérite, pieds devant et « aller » seulement.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec