Médias - TQS, un beau gâchis

À en croire la levée générale de boucliers autour de TQS la semaine dernière, TQS était la chaîne la plus appréciée des Québécois, et ses bulletins de nouvelles attiraient des millions de téléspectateurs.

Ce n'est pas exactement le cas. Je ne veux pas être rabat-joie, mais si la chaîne avait été si appréciée, s'il y avait eu plus de téléspectateurs, et donc plus de revenus, on n'en serait pas là.

Toute la classe politique s'est portée à la défense de TQS. Mais on ne souvient pas d'avoir eu une telle unanimité pour régler le conflit au Journal de Québec, ou encore pour se porter à la défense de Télé-Québec. Il faut dire que, dans ce dernier cas, c'est le gouvernement lui-même qui avait imposé une cure minceur à la chaîne!

Par ailleurs, défendre la diversité de l'information, c'est beau, c'est noble, mais cela ne consiste pas seulement à empêcher la fermeture d'une salle de nouvelles. Quand Quebecor a mis la main sur TVA et Vidéotron au début des années 2000, quelques voix ont tenté de s'inquiéter, faisant valoir qu'il y avait des risques que l'information soit uniformisée entre les salles de rédaction des médias du même groupe. À l'époque le gouvernement péquiste bénissait plutôt la vente à deux mains, trop heureux que Vidéotron ne passe pas aux mains du «méchant anglo» Ted Rogers (le même Ted Rogers que Jean Charest a contacté récemment pour voir s'il ne serait pas désireux de reprendre TQS, selon les révélations du Soleil).

Tout ça pour dire que les politiciens ont l'indignation sélective.

Rôle important en région

Évidemment, la disparition complète d'une salle de nouvelles frappe l'imagination. En matière de diversité de contenus et de voix alternatives, la perte des nouvelles à TQS représenterait une énorme perte collective, que l'on aime ses bulletins de nouvelles ou non.

Jean-Luc Mongrain avait d'ailleurs raison de mentionner que TQS a embauché beaucoup de jeunes depuis 20 ans. Les actuels finissants en communications dans les universités doivent vraiment se demander ces temps-ci s'ils ont fait le bon choix de carrière.

Les téléspectateurs montréalais ne se rendent peut-être pas compte à quel point TQS joue un rôle important à Québec ainsi qu'en région, là où les grands réseaux sont moins puissants et où les informations locales sont sous-financées.

Remstar aurait pu demander de transformer TQS en chaîne spécialisée, mais ce n'est pas le cas. L'audience de juin au CRTC, qui décidera si Remstar peut acheter TQS, portera donc beaucoup sur l'information. Car le maintien d'un réseau généraliste comporte des obligations, dont celle de servir les communautés locales. Et ce «service» passe par l'information.

Remstar a rendu public vendredi le plan qu'elle soumettra au CRTC. Le plan, vague à souhait, n'a impressionné personne. On veut faire de l'information différente et servir les communautés locales, mais sans salle de nouvelles. Remstar devra s'expliquer de façon beaucoup plus convaincante sur ce qu'elle entend par de l'information sans salle de nouvelles. Des versions locales de Flash qui couvrent les spectacles en tournée? Des tribunes téléphoniques avec les acteurs locaux? Des autopromotions d'entreprises? La retransmission des débats des conseils municipaux?

Capitalisme primaire

Faute d'en savoir plus, nous sommes obligés de prendre la proposition pour ce qu'elle est: du capitalisme primaire où l'information est vue comme une pure marchandise commerciale qui n'a aucune valeur si elle ne fait pas de cash, et qui peut donc être jetée aux poubelles sans problème.

C'est d'ailleurs une vision commerciale qui ne correspond même pas à la réalité, puisqu'aux États-Unis plusieurs chaînes de télévision locales font justement leur pain et leur beurre avec les informations locales, proches de la communauté!

Les communications publiques de Remstar sont, pour le moment, plutôt désastreuses. Non seulement les explications actuelles ne sont pas claires, mais certains sujets ne sont même pas abordés — par exemple, que faire avec les Jeux olympiques de 2010, dont TQS a les droits avec CTV et RDS, ou encore en quoi les nouvelles plates-formes technologiques aideront TQS.

Avant la semaine dernière, l'image de Remstar n'était pas très marquée dans la population. Au mieux, elle était vue comme un sauveur. On aura rarement vu une image publique se dégrader aussi vite, en 24 heures. Un beau cas d'étude pour les relations publiques et les fabricants d'images.

La responsabilité de Cogeco

Mais avant d'envoyer Remstar et les frères Rémillard aux enfers, il faudrait quand même rappeler ceci. Les finances de TQS étaient encore plus mal en point qu'on le croyait, et Remstar n'a pas à assumer la responsabilité du passé: c'est Cogeco qui a mis le réseau dans le trou depuis des années, et qui s'en est débarrassé avant d'être obligé de le fermer. Cogeco qui a autorisé une programmation axée sur Loft Story et sur les vidéos maison imbéciles. Cogeco qui tentait d'émouvoir tout le monde l'année dernière en revendiquant l'accès aux revenus des abonnés du câble et du satellite pour sauver la chaîne généraliste dont il était propriétaire. Le même Cogeco qui, pas plus tard qu'il y a deux semaines, se présentait comme câblodistributeur devant le CRTC pour dire qu'il n'est pas question, pour un câblo comme lui, que les chaînes généralistes aient accès aux revenus du câble. Bonjour le cynisme.

Terminons par ceci: les chaînes spécialisées avaient des revenus garantis et solides avec les abonnés du câble, mais leur rapacité est telle qu'elles ont convaincu le CRTC de leur accorder l'accès complet au marché publicitaire, ce qui a eu comme effet de fragiliser les chaînes traditionnelles. Et c'est ce même CRTC à qui l'on demande maintenant de sauver TQS. Un beau gâchis.

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pcauchon@ledevoir.com

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