Santé: Les chiros

Lise Dion, qui vient d'annuler deux mois de spectacles, se fait traiter deux fois par semaine par un chiropraticien. J'espère pour elle qu'il ne lui fait pas craquer les os à chaque fois; à ce rythme-là, ça ne seront plus des os mais du Jell-O!

Je plaisante, j'ai juste assez d'expérience pour savoir que je fais tout pour ne pas revoir celui qui m'a pourtant aidée quand je n'en pouvais plus. Mais me faire craquer les os, merci: trop violent pour ma sensibilité.

L'humoriste nous a fait savoir par sa conférence de presse qu'elle souffre de costochondrite, une sorte d'entorse des côtes, aussi bizarre que cela puisse sembler. On a maintenant de beaux mots pour parler de nos souffrances dorsales. Lombalgie, entorse lombaire, douleur cervicale, costochondrite... De savantes expressions nées au fil de nos problèmes qui se sont amplifiés à force de sédentarité. En plus, on n'est même pas assis correctement!

La costochondrite est donc un trouble du système musculo-squelettique, comme disent les manuels. On y ajoute que la douleur thoracique est un motif de consultation très fréquent. Pas surprenant! Le thorax, c'est ce qu'il y a entre le nombril et la mâchoire: connaissez-vous une seule personne au monde qui n'ait jamais eu mal au dos?

Bien sûr, il y a des métiers physiques qui exigent trop de notre mauvaise posture et de nos faux mouvements. Mais ça commence jeune, le dos, quand on pense à ce que les petits portent matin et soir, ce qui ne devrait d'ailleurs pas dépasser 10 % de leur poids mais les entraîne plutôt vers l'arrière que vers l'avant... Quant à nous, on ignore une chose aussi simple que le fait qu'il est mieux de sortir de notre voiture les jambes en premier! Alors, imaginez si le dos est un marché lucratif qui a de l'avenir... et il s'y développe beaucoup de créativité. Jusque dans les centres commerciaux!

Beaucoup de monde s'offre pour nous aider. Je ne parlerai même pas de la table Panchenat, du méziérisme et de la méthode Bertherat, voire de la plus récente méthode Pilates, des approches rééducatives de bonne volonté (la nôtre!). Les plus anciens à s'occuper de notre dos, les plus familiers, ce sont sans doute les chiros. Peut-être même est-ce par là que la médecine a d'abord été contestée. Les temps ont bien changé: Mme Dion avait invité un médecin et un chiro à la même table pour parler du sérieux de son problème aux médias. Il faut dire que maintenant que la chiropratique a été officiellement reconnue au Québec par la loi de février 1974 et que le programme universitaire est offert à l'UQTR depuis 1993, la chiropratique s'est donné une formation théorique et clinique. Cela signifie que n'importe qui ne peut plus s'afficher chiro comme ça, après un petit tour aux États-Unis. Il faut une formation en sciences de la santé, spécialisation chiro, une affaire de cinq ans d'études à l'UQTR, le seul endroit où le programme se donne en français. La chiro est devenue scientifique.

Ce qui n'empêche absolument pas les chicanes avec les soins, disons... compétitifs: les objections des physiatres, des physiothérapeutes et des ostéopathes. Les chiros sont jaloux de leurs prérogatives, dont l'ajustement vertébral, un terme légal, le plus chatouilleux de ces privilèges. Mais les critiques disent grosso modo qu'il ne suffit pas de remettre les os à leur place, encore faut-il rééduquer la posture, notamment par des exercices affectant les muscles; il faut traiter la colonne comme une partie liée au corps. Et, bien sûr, eux aussi pourraient ajuster la colonne...

Nous vivons à une époque de convergence, je dirais, entre de multiples approches de soins. Mais cela se fait douloureusement; on ne lâche pas son os facilement! Pourtant, c'est la voie de la médecine intégrée, non? Une médecine qui intègre, donc qui prend chez d'autres. Et ce ne sont pas seulement les médecins qui doivent intégrer. Je connais par exemple des chiros qui pensent que faire craquer la colonne n'est pas idéal; ils ont remplacé ces manipulations (que certaines études jugent dangereuses) par une approche plus douce, dite kinésiologique: c'est une intégration de l'acupuncture — en partie, du moins, sans les aiguilles. La kinétiologie considère que certains muscles correspondent à des organes liés à des méridiens d'acupuncture. On traite donc au niveau de l'énergie. Pourtant, les kinésiologues que je connais s'affichent néanmoins comme des chiros. Les pratiques évoluent, et un amalgame intéressant commence à se faire...

Certes, les thérapeutes doivent se connaître, s'apprivoiser, se parler, si c'est notre santé qui compte. Critiquez-vous, chicanez-vous, du moment que vous cherchez à trouver ce qui est meilleur pour m'aider.

Une autre fois, si ça vous intéresse, on parlera des physiothérapeutes et de leurs méthodes d'intervention; on pourra aussi différencier les ostéopathes, qui mettent l'accent sur le système nerveux autonome. Puis, si vous insistez, on pourra passer en revue les méthodes de gymnastique destinées au dos. On pourrait aussi parler du dos de Mario Lemieux, du groupe Biotronix qui l'a aidé, de Gaétan Lefevre qui fait un travail formidable au MAA. Finalement, c'est un vaste sujet! En attendant, souhaitons à Lise Dion d'être soulagée là où ça fait mal...

Pour en savoir plus:

Le programme de chiropratique

http://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/owa_user/owa/pgmw001?owa_cd_pgm=7025 (ou taper «uqtr chiropratique» dans Google)