Et puis euh - Auto fiction

La saison 2008 de Formule 1 commence ce week-end et, s'ils avaient le moindre goût de la grosse aventure sale, ce n'est pas dans l'Australie estivale de mars que se tiendrait le premier Grand Prix mais ici même. On verrait alors de quel bois se chauffe vraiment l'ingénierie d'élite mondiale. Un peu pépère, tout de même, que de toujours concourir sur l'asphalte tempéré avec pas de nids-de-poule. Chez nous, il y aurait des congères dans les chicanes, de la glace noire sur les vibreurs et des chenillettes circulant dans l'allée des puits. Hamilton et Alonso devraient sortir leur petit balai et travailler un peu avant de décoller et souffrir d'avoir du lave-glace dans la visière. Faudrait repenser toutes ces gommes non prévues pour le vrai sport automobile. Le personnel de chaque écurie devrait être sur le pied d'alerte, non pas seulement à l'abri dans le paddock pour changer les pneus et faire le plein mais prêt à se rendre n'importe où sur le circuit Gilles-Villeneuve pour pousser.

On s'amuserait, non? Le virage Senna encombré comme l'échangeur Turcot à l'heure de pointe. Le Traction-Aid dans le coffre (oui, il y aurait des coffres, c'est bien beau l'aérodynamisme, mais le côté pratique avant tout). Les spectateurs sur place auraient la fièvre du vroum vroum, mais une fièvre se caractérisant par une forte toux, le nez qui coule et le vague regret de ne pas regarder tout ça à la télé, où on voit bien mieux. La catégorie d'épreuves serait rebaptisée «Formule moins 20».

Les pitounes de chars sur Crescent distribueraient des babioles en habits de ski-doo, ce qui diminuerait un peu le nombre de babioles distribuées.

Jacques Villeneuve pourrait réaliser pour l'occasion un album de chansons de Noël, ça ne se démode jamais ces affaires-là.

Enfin, vous devriez en parler à Bernie Ecclestone; moi, je ne le connais pas personnellement.

Et tiens, puisqu'on y est, pourquoi ne pas se raconter une bonne histoire de bolide qui va vite? Ça se passait en décembre dernier. Michael Schumacher, septuple champion du monde de Formule 1, avait atterri à l'aérodrome de Cobourg (Allemagne) — Schumacher réside maintenant en Suisse pour des raisons qui ne nous regardent aucunement mais dont on peut penser selon des sources qu'elles seraient liées à une posture fiscale générale neutre — pour se rendre ensuite dans le village de Gehuelz, situé à 30 kilomètres de là, y prendre possession d'un chiot. Comme à l'aller, Schumacher a pris au retour un taxi, mais il craignait cette fois de rater son avion.

Poliment, il a donc demandé au chauffeur du taxi, un dénommé Tuncer Yõlmaz, de prendre le volant. Celui-ci accepta d'emblée et prit dès lors part, depuis le siège du passager — la femme et les deux enfants de Schumacher ainsi que le chiot prenant place sur la banquette arrière —, à une petite virée sur l'autobahn qui ne comporte pas, on le saura, de limite de vitesse. «La situation était étrange, mais avoir Schumi derrière le volant était incroyable», a déclaré Yõlmaz au quotidien Münchner Abendzeitung, auquel je suis abonné pour des raisons qui ne vous regardent aucunement.

La voiture, une mini-fourgonnette de type Opel Vivaro, ne peut dépasser la vitesse de 163 km/h, mais Schumacher en a tiré le maximum, a témoigné Yõlmaz. «Il tournait les coins à pleins gaz et faisait des dépassements à des endroits inattendus.»

Schumacher, qui n'a pas raté son aéronef, a payé le prix de la course, 60 euros, et a laissé au chauffeur un pourboire de 100 euros.

La police locale a toutefois ouvert une enquête pour déterminer si le pilote a enfreint des règles importantes du code de sécurité routière et si Yõlmaz a violé les conditions d'exploitation de son permis de taxi en laissant quelqu'un d'autre conduire son véhicule.

Quant au pitou, il s'agit d'un berger australien qui s'appelle Ed.

Non mais est-ce qu'il s'en passe des affaires, oui ou oui?

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Il ne sert à rien de s'énerver, tout est dans les chiffres. Pour connaître l'avenir et réduire le risque d'ulcère induit par l'odeur de la coupe, on peut compter sur Ken Roberts, un informaticien de la Caroline du Nord qui a conçu des modèles élaborés de calcul des probabilités relatifs au merveilleux monde du sportª (en simulant des millions de matchs, notamment) et dont il diffuse les résultats sur son site Web, sportsclubstats.com.

Donc, voici. Votre Canadien de Montréal possède désormais 99,7 % des chances de se qualifier pour les séries éliminatoires en vue de l'obtention de la Stanley. Autant dire qu'il y est, puisque si on se rapporte au «quotient de prédictibilité» déterminé autrefois par M. BIT dont je demeure un ardent supporter, tout ce qui dépasse 95 % peut faire l'objet d'une prédiction en bonnet difforme. Et M. BIT ne se trompait jamais. En fait, pour que le CH coure le moindre risque de ne pas faire le détail, il faudrait qu'il montre un dossier aussi poche que 2-8-1 d'ici la fin du calendrier régulier. Même à 1-9-1, il conserverait 59 % des chances de passer à la vraie saison.

Votre Trois Couleurs est pratiquement assuré de terminer parmi les six premières équipes de l'association Est: 94 %. Son rang le plus probable? Deuxième, à 35 %. Il montre par ailleurs 24 % de chances de finir en tête, 11 % au quatrième rang, 15 % en cinquième place, 10 % en sixième, 5 % en septième et 1 % en huitième. Il n'y a pas de % pour la troisième place parce que s'y trouvera sans la pénombre d'un doute le triste champion de la section Sud-Est.

Les Devils du New Jersey, qui accusent un recul d'un point sur votre Flanellette mais disposent d'un match en main, sont les favoris pour coiffer le titre dans l'Est: 33 %. Pittsburgh (21 %), Ottawa (13 %) et les Rangers de New York (8 %) sont encore dans la course.

Quant aux séries, inutile bien sûr de tenter le moindre pronostic pour le moment. Car non seulement il s'agit de la vraie saison, mais c'est surtout une autre saison. Où tout peut arriver. Enfin, pas tout, mais pas mal de stock. Ce qui défie les chiffres.

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La semaine dernière était annoncé ici un survol du livre Fantasyland sur le baseball virtuel. Un problème technique, comme ils disent dans les journaux quand quelqu'un n'a pas fait sa job, me force à repousser ce plaisant exercice à la semaine prochaine. Le problème technique étant que, ayant omis de répertorier ma bibliothèque selon la classification décimale Dewey, ça m'a pris quelque temps à retrouver le bouquin. Mais ça vaut la peine d'attendre.

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jdion@ledevoir.com
 
1 commentaire
  • Michaud,Louis-Xavier - Inscrit 13 mars 2008 15 h 28

    Ma figurine de Michael Ryder

    Par une logique dont je détiens seul le secret, j'ai décidé d'appuyer le maillon faible de l'équipe en me procurant la figurine du numéro 73. C'est notre Paul DiPietro des années 2000. Un gars de Coupe, pas Longueuil, la vraie, celle qui fait casser des vitrines. Qu'en disait M. BIT en 1993?