Fonds d'investissement - Récession et investissement

Depuis quelques semaines, et particulièrement depuis quelques jours, les investisseurs semblent de plus en plus préoccupés par le «spectre» d'une récession possible et le lien entre la récession et l'état du marché boursier. Mais qu'est-ce qu'une récession et quels sont ses effets sur le marché boursier? Et au fait, y a-t-il vraiment un lien? On associe souvent le mot «récession» à une crise ou à une dépression. Est-ce toujours aussi négatif?

Pour une définition simple, rien de tel que de consulter le bon vieux Petit Robert. «Ralentissement du rythme de croissance de l'activité économique.» Statistiquement parlant, une récession devient officielle seulement quand la croissance économique (ou le PIB, produit intérieur brut) est négative au cours de deux trimestres consécutifs, ce qui n'est pas le cas actuellement.

Il faut savoir que, lorsque nous sommes officiellement en récession, la bonne nouvelle est que nous sommes probablement déjà à la fin de ladite récession. C'est donc dire que, pour l'instant, la récession, même si elle s'avère probable chez nos voisins du Sud, n'est qu'une anticipation de celle-ci. Il faut savoir également que, lorsque nous évoquons le «spectre» d'une récession, les observateurs de la scène économique ne font référence qu'à nos voisins du Sud, le Canada serait à l'abri pour l'instant. Mais soyons réalistes, les effets pourraient se faire sentir chez nous. Il faut savoir aussi qu'en cas de croissance négative pendant plus de deux trimestres consécutifs, on ne parle plus de récession, mais bien de dépression.

Le phénomène économique que nous appelons «récession» est généralement associé à des effets négatifs, puisque la récession engendre des pertes d'emplois et une baisse des dépenses en investissement. Pour les investisseurs, elle est souvent associée à une hausse des taux d'intérêt (bonne nouvelle à long terme pour les retraités), à une baisse des prix, à une baisse de la valeur des titres boursiers, qui offrent cependant d'excellentes occasions de placement à meilleurs coûts, malgré des perspectives de profits en baisse. En général, les marchés boursiers sont souvent en hausse après deux trimestres négatifs. Pour l'investisseur qui investit dans une perspective à long terme, la récession est loin d'être un obstacle en principe. Évidemment, pour ceux qui perdront leurs emplois, une récession n'a rien d'une bonne nouvelle.

Ce que nous vivons actuellement n'est pas une récession, mais bien une anticipation de celle-ci. C'est ce qui explique la baisse du marché, qui est le résultat de la baisse de confiance des investisseurs en raison d'une possible récession. Est-ce que ce sera le cas? Nous verrons bien, mais le marché l'ayant déjà anticipé, la surprise n'est plus devant nous, mais déjà derrière. Donc trop tard pour se faire du mauvais sang!

Marché boursier

Pour les investisseurs, une récession n'est pas une bonne nouvelle, elle s'accompagne d'une baisse de marché des principaux indices boursiers, exactement comme nous le vivons actuellement, alors que le marché, notre principal indice boursier du Canada, a connu une baisse d'environ 20 % depuis quelques mois. Rien pour se réjouir, par contre, pour l'investisseur qui désire profiter des baisses de marché pour investir à moindre coût et diminuer son coût d'achat moyen, c'est une autre histoire, et investir dans une baisse de marché est ce que nous appelons investir à contre-courant ou de type valeur. Il faut savoir que, si vous n'avez plus de liquidités pour profiter de la baisse, rien n'indique que votre gestionnaire n'a pas fait le plein de titres à rabais pour vos fonds!

Sir John Templeton, associé à la firme de gestion qu'il a fondée, énonçait à propos de sa technique d'investissement qu'il ne faisait qu'appliquer les mêmes principes religieux qui guidaient sa vie. Il vendait ses titres boursiers quand tous les investisseurs les désiraient (dans une hausse de marché) et achetait des titres quand plus personne n'en voulait (dans une baisse de marché). En fait, il semble que seule sa grande générosité, dictée par ses croyances religieuses, lui a permis d'être un grand investisseur. Nous pouvons, évidemment, en douter un peu, mais la comparaison est fort intéressante.

L'investisseur ne peut prévoir le marché, donc inutile de tenter de deviner si le marché peut continuer à baisser ou si nous sommes dans le plus bas de celui-ci. Par contre, le marché vous offrait d'acquérir des unités à un prix X il y a quelques mois et ces mêmes unités sont maintenant accessibles à 10 %, voire 20 % moins cher. Le choix me semble très facile.

La durée d'une baisse de marché et son ampleur demeurent les seuls facteurs dont nous ne connaissons pas la donne. C'est ce genre de question que nous nous sommes posé en 2001 quand le marché a baissé de 38 %, en 1998 avec une baisse de 14 %, en 1987 avec une baisse de 30 % et en 1980 avec une baisse de 17 %. Et pourtant, si vous aviez gardé vos placements pendant ces nombreuses crises, en conservant intact chacun de vos fonds, votre portefeuille aurait fait un gain de plus de 10,2 % annuellement. Imaginez: plus de 10 % en moyenne de gains annuels. Difficile de demander mieux! Alors, pourquoi remettre aujourd'hui en doute vos investissements? La situation actuelle n'est ni pire ni meilleure.

Alors que faire? Idéalement, rien. Je suis persuadé que le plus important pour l'investisseur n'est pas de faire le meilleur rendement possible, mais la qualité de son sommeil. Concluons donc que le marché est imprévisible, et qu'il en sera toujours ainsi. Qu'une baisse de marché n'est jamais agréable pour l'investisseur, mais que cette situation offre des occasions d'achat intéressantes. Toutefois, la vraie question qui demeure est: êtes-vous fait pour affronter la volatilité des marchés boursiers?

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question@avantages.com

L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.

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