La croisière s'amuse... et se régale

Pour se sustenter à bord navires de croisière, on peut généralement profiter d’un buffet. Toutefois, même au milieu de l’océan, on peut aussi savourer un repas gastronomique digne des grands restaurants de la terre ferme.
Photo: Pour se sustenter à bord navires de croisière, on peut généralement profiter d’un buffet. Toutefois, même au milieu de l’océan, on peut aussi savourer un repas gastronomique digne des grands restaurants de la terre ferme.

J'en rêvais depuis longtemps: choisir une destination dans les mers du Sud et participer à la vie d'un équipage à bord. En achetant mon billet pour ma première croisière, j'appréhendais de faire partie d'une élite bien particulière de baby-boomers qui s'affichent en voyage en utilisant leurs points de retraite durement acquis. Ce n'était pas mon cas, et ma seule motivation, ce n'était pas les destinations mais le fait de voyager sur l'eau.

Il est quand même cocasse pour nous, Québécois, qui vivons entourés d'eau, de devoir nous rendre à Miami ou ailleurs aux États-Unis pour faire une croisière. Le prix payé correspond à un voyage dans le Sud, mais il faut cependant y ajouter le coût du vol Montréal-Floride, qui n'est d'ailleurs toujours pas offert en ligne directe.

La rigueur américaine offre du bon et du mauvais aux voyageurs qui, comme moi, découvrent pour une première fois le navire-hôtel. J'imagine mal quelqu'un ne parlant pas un mot d'anglais essayer de se faire comprendre au guichet d'enregistrement! Il ne faut pas rêver, nous sommes au pays de l'universalité, où tous les citoyens doivent parler ou au moins baragouiner, comme moi, la langue de l'oncle Sam.

L'embarquement se fait de trois à quatre heures d'avance, pendant lesquelles entre 10 000 et 15 000 valises de toutes sortes seront embarquées, à la suite de leurs propriétaires, après des contrôles très stricts, évidemment faits uniquement en anglais.

Le premier contact à bord

Une fois prise l'empreinte de votre carte de crédit et remise la carte de bord qui servira pour tout (tant pour ouvrir la porte de la cabine et le coffret de sûreté que pour payer les boissons, non comprises, et tous vos achats, fortement suggérés), vous êtes dirigé vers votre cabine, qui ressemble à une belle chambre d'hôtel avec vue sur la mer. Salle de bains avec douche, télé et téléphone par satellite, Internet et des espaces superbement aménagés afin de ne rien perdre du nécessaire sur un bateau. Un grand lit et une literie de qualité complètent de façon harmonieuse l'espace vital de votre vie à bord.

L'appréhension du mal de mer et de la houle devient vite chose du passé car, sur un navire tel le Carnival Freedom, il faut vraiment que la mer soit déchaînée pour que le système très étudié de l'antiroulis ne puisse pas jouer son rôle stabilisateur. On peut tout au plus s'imaginer dans un TGV avec quelques petites secousses occasionnelles qui bercent l'être et permettent un sommeil au son des vagues.

D'aucuns diront que les croisières sont presque devenues les vols nolisés des temps modernes. On y trouve des gens qui viennent pour bâfrer pendant sept jours, au point où ils prennent en moyenne de deux à cinq kilos. On y sert des repas toute la journée avec divers styles de restauration qui proposent tous un service et une nourriture de qualité. On passe aisément du restaurant chic avec musique classique au comptoir à sushis et au stand à hamburgers.

Les buffets sont eux aussi le reflet de notre civilisation, qui n'hésite pas à remplir les assiettes pour en laisser ensuite la moitié aux rebuts. Avec 4000 personnes qui consomment en moyenne 500 grammes de nourriture par jour, on peut seulement imaginer le tonnage de victuailles qu'on embarque, sans compter tout ce qui en découle.

Les cuisines sont équipées de toute la technologie nécessaire en matière de cuisson et de réfrigération. Partout, on manipule les aliments avec soin et sécurité pour éviter toute contamination à bord. «Aucun risque d'intoxication alimentaire», disent les spécialistes à mots couverts, thermomètre à la main. Tous les aliments sont validés dans un cahier de charges très strictes, respectées par chacun des fournisseurs. Rien que pour les 1000 employés du navire, quatre restaurants sont nécessaires, sans oublier qu'on s'adapte aussi en fonction des moeurs et des coutumes alimentaires du personnel de bord.

Une ville miniature

Un navire de 110 000 tonnes accueillant 4000 personnes à chaque croisière est une petite ville en soi. Dans les croisières américaines, conformément au système américain, tout converge pour que le consommateur dépense le maximum d'argent à bord. D'ailleurs, les prix offerts sont toujours moins élevés que ceux proposés aux escales, y compris dans les paradis fiscaux et les ports francs comme les Bahamas ou les îles Caïmans.

De plus, les promotions du genre «deux pour un» rendent les achats séduisants. Une quinzaine de restaurants différents, bars, salles d'amusement et spectacles dignes de Las Vegas, garderies, bingo et cinéma, boutiques et salles de gym, sauna et hammam: tout ou presque est pensé pour que chacun y trouve son compte. Mais attention: la carte de crédit frivole peut aussi vous réserver des surprises assez salées au moment de régler la note!

Toutefois, malgré de nombreux efforts, tout n'est pas parfait... comme le fait d'avoir sa cabine au sixième étage, juste au-dessus de la discothèque, où les tonalités irritantes des basses résonnent jusqu'à 2h le matin, troublant le son mélodieux de la houle et des vagues frappant la coque. La musique toujours très forte et l'animation de type Club Med empêchent de trouver la quiétude et la tranquillité sur le bateau, car tout est conçu pour éviter l'ennui. Par exemple, le casino et les machines à sous ne dérougissent pas, tout comme à Montréal et partout ailleurs.

Tout le système d'embauche des employés est basé sur l'exigence d'avoir un personnel discipliné qui répond «présent» sur demande et qui travaille selon des contrats à faible revenu pendant six à huit mois. La plupart de ces employés dévoués viennent de l'étranger et répondent aux normes de la compagnie maritime. Ce personnel embauché à peu de frais est originaire de pays de l'Est comme la Hongrie, la Roumanie ou la Pologne et, bien sûr, la majorité de l'équipage provient de l'Inde, des Philippines, du Pakistan... Tout ce beau monde semble pourtant s'accommoder à bord de façon raisonnable. Et on offre un service qu'on aimerait parfois retrouver dans les hôtels de chez nous mais qui semble avoir disparu au fil des ans.

Les croisières des temps modernes ne sont plus réservées à l'élite des gens fortunés. Il en coûte moins cher que de passer une semaine dans Charlevoix et même dans certaines formules tout compris des Caraïbes. Cependant, il faut reconnaître que pour les gens qui souhaitent obtenir du très haut de gamme, cela existe et peut coûter passablement plus cher qu'un joli tour de bateau.

Les plus et les moins de la croisière à bord du Carnival Freedom

Les plus

- Un navire neuf avec de belles cabines, un personnel attentionné et un service quatre étoiles.

- Un restaurant gastronomique de haut calibre, tenu et dirigé par des femmes, et de grands vins à petits prix.

- Beaucoup de services offerts à bord: boutiques diverses, boutique hors taxes, casino, bars, discothèques, sans oublier une disco pour ados, un service de garde pour les enfants qui propose jeux et visites du bateau, un sauna, une salle de sport, un terrain de volleyball, un golf miniature, etc.

- Des repas servis 24 heures sur 24 et un service aux chambres également gratuit et disponible à longueur de journée.

- La possibilité de réserver à bord toutes les excursions sur les îles.

Les moins

- L'absence de fruits exotiques comme des ananas, des mangues et des papayes aux buffets. Pour une croisière dans le Sud, c'est quand même dommage.

- Aucun jus de fruits frais disponibles aux différentes stations de service.

- La sollicitation de vente permanente.

- Le bruit de la discothèque qui résonne entre les chambres nos 6376 et 6370, à éviter à tout prix.

- Les portes qui claquent sans cesse, tant sur la terrasse qu'à l'intérieur.

- Aucune réglementation prévue pour la consommation et le bruit des fêtards la nuit.

- Aucune consommation apportée de l'extérieur pour consommer à bord n'est permise.

- L'animation trop bruyante dans la journée empêche parfois le repos.

Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l'entendre tous les samedis matin à l'émission de Joël le Bigot, Samedi et rien d'autre, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

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La recette de la semaine

Penne à la tomate confite et au basilic

Entrée pour quatre personnes

- 500 g de penne secs

- 1 oignon haché

- 2 gousses d'ail hachées

- 8 tranches de tomate séchée

hachées

- 125 ml de bouillon de volaille

- 30 ml de basilic haché

- 60 ml de pâte de tomate

- 45 ml d'huile d'olive

- Sel et poivre

- Parmesan au goût

Dans une casserole, versez l'huile et faites revenir l'oignon avec les tomates séchées pendant deux ou trois minutes.

Ajoutez l'ail, la pâte de tomate et le bouillon.

Laissez cuire trois ou quatre minutes et complétez avec le basilic.

Assaisonnez et réservez.

Faites bouillir une bonne quantité d'eau salée et faites cuire les penne de sept à huit minutes, jusqu'à ce qu'ils soient al dente.

Égouttez les pâtes et ajoutez-les à la sauce.

Finissez en saupoudrant de parmesan.

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Biblioscopie

Géopolitique du goût

La guerre culinaire

Christian Boudan

Presses universitaires de France, 451 pages

Cet ouvrage nous expose toutes les cuisines issues de modes et de tendances particulières. L'auteur y démontre que la gastronomie classique causait moins de dommages à la santé que la cuisine moderne. Le goût est aussi mis en évidence, et on démontre dans ce livre comment la culture influence le goût de tous.

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