Le vrac du temps des fenêtres

Je sais: pas terrible, le titre de la chronique, mais ça fait sourire ma bien-aimée, et comme son sourire est une fenêtre ouverte sur la suite du monde, rien de plus normal que de le partager avec vous. Même en vrac.

Cette semaine donc, du vin, du vin échangé avec vous, bien sûr, en cette culbute du millésime, mais aussi avec tous ces hommes sur le point d'être déraisonnables dans l'espoir qu'ils ajoutent un peu d'eau dans leur pinard, question de calmer les ardeurs et de détendre l'atmosphère. S'ils ont à échanger par la bouche de leurs canons, vaut mieux que ce soit avec le Canon du Maréchal 2001 des frères Cazes (13,10 $ - 276154*), un rouge souple et friand, passé maître dans l'art de faciliter le dialogue entre dinde, tourtière et autres ragoûts (**1/2, 1).

Je vous avais présenté en octobre dernier les versions 1999 des vins du Cahors Lagrezette. Les 2000 viennent de toucher les tablettes: toujours cette finition parfaite pour le Château Lagrezette 2000 (24,75 $ - 972612), à la sève fruitée bien mûre, à la trame élégante, le tout bien habillé et judicieusement boisé, ainsi que pour le Moulin Lagrezette 2000 (16,15 $ - 972612), au fruité pur et bien net, tout ce qu'il y a de plus savoureux, spécialement sur les cochonnailles (**1/2, 1). Vous optez pour les tétines de truie farcies aux oursins, sauce à l'effiloché de langues de flamants roses? Un seul choix possible (quoique... ): Pouilly-Fuissé Les Reisses 2000 de chez Robert-Denogent (35,25 $ - 880625). Un chardonnay de pouilly comme je les aime, à la fois fin et précis, mordant le terroir pour nous en faire apprécier la teneur tellurique avec transparence tout en maintenant une vinosité fruitée altière, voire téméraire. Superbe, comme toujours. Les prix grimpent, hélas! (***1/2, 2).

Les Italiens savent décidément s'y prendre. Leurs vins distillent d'abord le mystère, vous poussent plus avant dans l'aventure pour ultimement couper court à toute velléité de retour en arrière. Vous tombez dans le panneau! C'est tout simplement délicieux avec le cépage aglianico de la Tenuta del Portale 1998 (18,45 $ - 907667), un rouge corsé, original mais aussi parfaitement distingué, issu d'une région où la démesure sert souvent de mesure. Rose fanée, noyau, fruits secs et tabac sur une bouche détaillée, homogène, relevée d'une subtile astringence que les sucs d'une viande rouge rendront plus sucrée encore (***, 2). Du même calibre, toujours à prix sage mais en barbera cette fois-ci, régalez-vous du Barbera d'Asti Superiore, La Luna I Falo 2000, de chez Terre da Vino (19,95 $ - 627901), au fruité bien fourni, agencé sur un ensemble corsé où pointe subtilement le bois neuf. Style moderne et convaincant (***, 2).

Goûté, celui-là, au Vinexpo Americas à New York en octobre dernier, d'une maison qui s'y connaît en matière de corvina veronese, il ne faut pas rater le Brolo di Campofiorin 1997 de Masi (31,75 $ - 583369). 30 % de raisins confits (appassimenti) sont ajoutés ici au moût pour offrir plus de tenue et de richesse à l'ensemble. Parfums de cerise noire, de havane et d'un soupçon de bois neuf, drapés sur une bouche au velours fin, dense, comme moulé sur le corsage d'une robe de soirée (***1/2, 2). Enfin, le grand vin de garde, qu'il vous faudra carafer deux bonnes heures si vous tenez à le boire dans la seconde: le fameux Cortaccio 1999 de Villa Cafaggio (51,50 $ - 905331), un rouge magistral à tous points de vue, d'une plénitude sur le plan des flaveurs à faire rêver, à la fois corsé, généreusement fruité, épaulé de tanins fins, moulés sur un velouté à la fois ferme, consistant, comprimé sous la matière. Beau, profond et envoûtant comme le dernier Baschung, L'Imprudence (****, 3)...

Je laisse le mot de la fin à André Gide dans Les Nourritures terrestres: «Le plus frugal repas me devenait alors excessif comme une débauche et je goûtais lyriquement l'intense sensation de ma vie. Alors, l'apport voluptueux de mes sens faisait, de chaque objet qui les touchait, comme mon palpable bonheur.» Ami lecteur, je vous souhaite ce bonheur plus que palpable en 2003.

* Code SAQ utile pour mieux repérer le produit. (514) 873-2020, 1 866 873-2020 ou www.saq.com. Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus.

La semaine prochaine:

mes vignerons

de l'année 2002.

info@vintempo.com

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Les vins de la semaine

La bonne affaire

Saveurs Oubliées 2001,

Corbières (10,50 $ - 476770)

Les Vignerons Catalans y vont une fois de plus avec un assemblage à la fois souple, coloré et épicé, ne manquant ni de corps ni de présence fruitée. Toujours fiable (1). Note: 2,5/5

La bulle tardive

Champagne Paul Goerg 1997 (45,25 $ - 439190)

Des chardonnays qui ne manquent pas de brillance pour cette cuvée en blanc de blancs à la fois fine, dégourdie, stimulante et éclatante. Nuances de pomme verte sur un ensemble précis, équilibré et aérien, à défaut peut-être d'un chouïa de profondeur. Jolie soif en perspective, surtout apéritive. Note: 2,5/5

La primeur en blanc

Lacryma Christi del Vesuvio 2001, Mastroberrardino (18,70 $ - 972877)

Robe dorée pleine et arômes complexes, en demi-teintes, évoquant le citron confit, le melon et la lavande. Saveurs rondes s'intensifiant sur l'amande amère et le zeste pour culminer sur une longue finale harmonieuse, nette et parfumée. Impeccable (1). Note: 3,5/5

La primeur en rouge

Domaine de Champ de Cour, Moulin à Vent Réserve 2000, Mommessin (22 $ - 557421)

Un gamay qui donne l'impression d'avoir été «pigé» comme un pinot noir tant la robe est profonde et l'armature bien boulonnée. Un rouge corsé, au fruité substantiel, bien en chair et entier. Bonjour la dinde! ( 2) Note: 3/5

Le vin plaisir

Quinta de Vale da Raposa, Grande Escolha 2000, Douro (26,75 $ - 902296)

Rarement ai-je savouré meilleur en provenance des terrasses qui bordent le cours du «fleuve d'or». J'avancerais même qu'Alves de Sousa redéfinit, avec cette cuvée, les paramètres qualitatifs de l'appellation. Un rouge sec consistant, tannique mais velouté, profond, merveilleusement détaillé. Un must! ( 3) Note: 3,5/5