Hors-jeu: Longitude

Si nous nous racontions les vraies affaires dans le blanc des yeux, chers amis, nous conviendrions j’en suis sûr d’une chose: le monde est bizarre. Pas assez fou pour mettre le feu, comme dit ma maman qui est un puits sans fond de sagesse, mais pas assez fin pour l’éteindre.

Prenons un exemple aléatoire conformément aux règles de la stochastique: les matchs à 5 $ de nos Expos. Le dernier en date, samedi 11 mai, a attiré près de 30 000 spectateurs. Remarquez qu’il s’agit d’une économie d’enfer à décoller la tapisserie juste en la regardant puisqu’en temps ordinaire on peut se procurer un billet pour 8 $ et aller s’asseoir n’importe où tout en jouissant d’une paix rappelant celle que connut R. Crusoé — d’où l’inénarrable gag que je vous refile pour vous aider à pogner lors de votre prochaine blind date: au baseball, il y a 90 pieds entre: 1- le premier et le deuxième but; 2- le deuxième et le troisième but; 3- chaque spectateur au Stade olympique.

Mais bon, avec ces 3 $ supplémentaires en poche, on peut s’ouvrir tout un univers ou acheter trois hot-dogs (ce qui revient au même) puisqu’ils ne sont qu’un dollar pièce lors des matchs à 5 $. Encore une fois, voilà qui fait grand bien à la sacoche étant donné qu’un succulent vapeur au quatre étoiles du coin coûte au moins 1,10 $, voire 49 ¢ chez Valentine les jours prévus à cet effet. Un loustic qui devait être abonné à Protégez-vous assis trois rangées en avant de moi en a d’ailleurs tiré le maximum, revenu avec une boîte contenant 25 chiens chauds. Le plaisir de ses potes était d’ailleurs d’autant plus grand qu’ils le croyaient décédé, la file d’attente pour les roteux faisant environ quatre manches et demie.

Et puis, autre bizarrerie, tous les billets sont à 5 $ sauf ceux des sections VIP, de sorte que la section la plus rapprochée du jeu est à peu près vide alors que le reste du stade est passablement plein. On jurerait une idée originale de David Samson.
Avec tout ça, nos Expos sont toujours dans la course, bien que flageolants, ce qui n’est pas un hasard puisqu’une menace de grève fait planer son hideux faciès au-dessus du baseball majeur. L’Association des joueurs l’a dit: s’il n’y a pas d’entente début août, les prolétaires vont vaillamment sortir les piquets et réclamer l’instauration d’un socialisme à visage humain.
À propos, et puisque vous chérissez les bizarreries, savez ce qu’avait à dire le bel Alex Rodriguez, l’homme de 252 millions $US des Rangers du Texas? Z’avez un bon fauteuil bien vissé dans le prélart?

«Je pense que si vous disiez à un fan “écoute, le prix des billets va diminuer de 20 %, la compétition sera équilibrée et ton équipe aura une véritable chance de gagner la Série mondiale”, si vous lui donniez cinq ou six bonnes raisons de déclencher un arrêt de travail, il serait d’accord. Désirons-nous qu’il n’y ait pas de grève et que la situation actuelle perdure pendant encore cinq ou dix ans? Tôt ou tard, nous devrons nous asseoir et nous pencher sur le problème.»

Évidemment, on notera en passant, juste comme ça, que l’Association des joueurs a pour position de négociation de se contrefoutre éperdument des éléments précités et de ne vouloir qu’une chose, se vautrer flambant nue dans une montagne de cash.

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Dans la série «Vraiment, nous vivons vraiment à une époque vraiment formidable», le réseau Fox présentait hier soir la deuxième livraison de Celebrity Boxing, un truc complètement imbécile: comme le titre de l’émission tend à l’indiquer, des combats de boxe entre «vedettes» qui n’ont ni queue ni tête (les combats et les vedettes n’ont ni queue ni tête).

La première fois, on avait eu droit à un affrontement entre Paula Jones, ex-poursuivante de Bill Clinton, et Tonya Harding, ex-patineuse de fantaisie ayant commandé un assaut sur sa rivale Nancy Kerrigan. Hier, le sommet de la carte était occupé par Manute Bol, ex-joueur de basket des Bullets de Washington (7 pieds 7 pouces, 240 livres) et William «The Refrigerator» Perry, ex-mastodonte des Bears de Chicago (6 pieds 3 pouces, 350 livres et plus).

Le premier épisode de Celebrity Boxing a attiré 15,5 millions de téléspectateurs. La télé, c’est comme le feu, comme je vous disais: pas assez fins pour l’éteindre.

Dans une entrevue accordée à un journal de Milwaukee, le patron du concurrent NBC Sports, Dick Ebersol, a qualifié le tout de «triste simulacre» du merveilleux monde du sport™. Il faut dire que NBC s’adresse à l’intelligence du peuple, comme l’a prouvé le football de la XFL de douce mémoire et comme le prouve encore Fear Factor, l’émission la plus ridiculement dégueu où des concurrents s’enduisent de coquerelles bien grasses dans l’espoir de gagner 25 cennes.
Une chance qu’il y a 110 % pour remettre les priorités à leur place, comme qu’on dit.

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Comme vous avez été fins et n’avez pas sali votre linge en mangeant toutes vos patates pilées, vous avez droit, en prime, à la citation de la semaine. Elle est de Carl Mallette, des Tigres de Victoriaville, qui a expliqué ainsi le rendement décevant de son équipe à la coupe Memorial: «Plusieurs joueurs se sont plaints de la longitude du tournoi.»

Comme disait le vieux Tryphon, un peu plus à l’ouest.