2008 en rose

Imaginons une année 2008 où les choses tourneraient systématiquement bien sur différents fronts dans le monde. Une année qui verrait certains des principaux foyers de tension, de violence ou de misère redonner espoir au genre humain...

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Fin janvier, à l'occasion du sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba, on apprend que la force multinationale promise par l'ONU au Darfour se déploiera bel et bien, avec les 27 000 soldats ou civils prévus... et les fameux hélicoptères que l'on n'arrivait plus à trouver dans les derniers mois! Tout au long de 2008, cette force essentiellement africaine (avec un appoint logistique des pays occidentaux et asiatiques) rétablira une paix crédible dans cette immense région meurtrie de l'Ouest soudanais.

À partir de juin, les réfugiés du Darfour commencent même à rentrer chez eux et à rebâtir leurs villages. Pendant ce temps, les rumeurs d'une nouvelle guerre entre Khartoum et les populations noires du Sud-Soudan s'évanouissent peu à peu. Le pays profite d'un boom pétrolier. À la fin de l'année, le Soudan aura connu une croissance de 10 %... et l'ensemble de l'Afrique, de près de 7 %!

Le 18 février, contre toute attente, les élections législatives se tiennent au Pakistan après une campagne sans effusion de sang. Les trois principaux partis obtiennent des résultats semblables — dans les 25-30 % — et décident d'un gouvernement d'union nationale pour faire face au chaos qui menace le pays.

Dans les jours suivants, quelques hauts dirigeants de l'armée décident de se mettre à table: ils dénoncent publiquement ceux qui en leur sein font le jeu des islamistes. Une purge spectaculaire s'ensuit. Et soudain, à l'été, les forces armées pakistanaises se mettent à infliger une série de défaites à la guérilla islamiste des montagnes. Mieux: elles le font sans l'aide des forces américaines, qui ont renoncé à leurs projets d'intervention directe. En Afghanistan voisin, l'espoir — largement évanoui en 2007 — d'un «succès» de l'OTAN renaît tout à coup...

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Le 14 mars, élections législatives en Iran. Autorisés à se présenter, les candidats réformistes balaient les fondamentalistes amis du président Ahmadinejad, dont les pouvoirs seront encore plus limités qu'ils ne l'étaient déjà. La répression contre la presse est levée; Téhéran connaît un «printemps politique». De nouvelles figures modérées se révèlent aux Iraniens et au monde. Tout au long de 2008, l'Iran et sa présumée menace nucléaire cesseront de faire la manchette. Mieux: à l'automne, l'Agence internationale de l'énergie atomique conclut une entente «historique» avec les autorités de Téhéran, annoncée par le négociateur spécial Vladimir Poutine, mandaté par le Conseil de sécurité. La Maison-Blanche abandonne ses plans d'attaque militaire.

En avril, la Bolivie frôle la guerre civile à la suite de graves incidents à Sucre et Santa Cruz, entre riches blancs et partisans amérindiens du gouvernement socialiste d'Evo Morales. Mais, au cours de l'été, à la suite d'un référendum perdu à 49,8 %, le président accepte une grande négociation avec ses ennemis jurés. À l'automne, un compromis paraissait possible...

Fin mai, coup de théâtre en Colombie: sans annonce préalable, une centaine d'otages des Forces armées révolutionnaires (FARC) sont libérés en échange d'un millier de prisonniers politiques. On apprend que l'ancien président Nestor Kirchner d'Argentine, dont les médias de Buenos Aires avaient perdu la trace depuis plusieurs semaines, a agi comme médiateur ultrasecret dans cette affaire qui paraissait bloquée. Les commentateurs font le parallèle avec les médiateurs d'Oslo qui, en 1993, avaient redonné espoir au monde — l'espace d'un moment magique — sur le front du Proche-Orient.

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À l'été, la Chine tient ses chers Jeux olympiques. Au chapitre des médailles, elle bat les États-Unis. À la stupéfaction générale, au beau milieu des compétitions, les autorités de Pékin tolèrent: (1) une manifestation de 100 000 personnes, place Tiananmen, qui réclament un accès sans restriction à Internet pour tous les Chinois et (2) la conférence de presse d'un groupe écologiste indépendant, appuyé par le Prix Nobel Al Gore venu en personne à Pékin, qui annonce que «la Chine fera face à une épouvantable catastrophe écologique si elle ne change pas son modèle industriel».

Le 4 novembre, un nouveau président est élu à Washington avec une forte majorité. Il déclare ce soir-là : «Plus jamais les États-Unis ne regarderont le reste du monde à la manière d'un policier arrogant et ignorant qui se croit mandaté par Dieu pour aller faire la police sans demander leur avis aux autres.»

Et le 31 décembre 2008, tombe la date butoir décrétée à Annapolis 13 mois plus tôt pour la conclusion d'une «entente finale» entre Israéliens et Palestiniens. Cette date n'est pas respectée, mais des progrès «réels» ont été enregistrés, au terme desquels les Palestiniens obtiendraient, semble-t-il, plus que le misérable plat de lentilles qui leur semblait promis... À suivre en 2009.

On peut rêver, non?

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François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio, et lire ses carnets sur www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

francobrousso@hotmail.com

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