Médias - 2008 en six temps

La tradition veut que l'on fasse des prédictions en début d'année. Pourquoi se couvrir de ridicule avec des prédictions qui ne tiendront pas la route? Par exemple, si 2006 fut l'année de YouTube sur Internet, et 2007 celle de Facebook, 2008 sera peut-être celle d'une entreprise très confidentielle pour le moment, dont tout le monde parlera l'automne prochain.

Tentons plutôt de cerner les grands enjeux qui sont déjà sur la table dans le monde des médias, les choses à surveiller avec attention dans les prochains mois.

1. Que faire de TQS ?

Qu'un réseau de télévision soit carrément menacé de disparition, ce serait une première. TQS croule sous les dettes, son propriétaire, Cogeco, n'en veut plus, et il n'a pas trouvé preneur. La mise sous protection de la loi pour 30 jours permet de refaire une offre financière intéressante aux acheteurs potentiels, que ce soit CTV, Corus, Astral, Rogers, Radio Nord, Gesca ou un autre.

Mais la vraie question, c'est que faire avec TQS? Les dirigeants de la chaîne aiment bien s'en prendre à Radio-Canada pour expliquer leurs déboires, mais ils devraient d'abord s'en prendre à eux-mêmes, avec une programmation qui n'a pas su attirer les foules. Et il ne sert pas à grand-chose d'acheter TQS pour continuer de la même façon. Le futur acheteur devra trouver une formule de programmation audacieuse. Une télé urbaine encore plus axée sur l'information? Une chaîne généraliste orientée vers le showbiz? Une chaîne intello haut de gamme (ne riez pas, certains l'ont suggéré)? Si vous avez une formule miracle, le mouton noir attend vos appels.

2. La télé née pour un p'tit pain

Pour garantir sa survie, TQS rêvait de pouvoir obtenir des redevances des abonnés du câble et du satellite. Le CRTC a d'abord dit non. Mais l'organisme fédéral entend revenir sur le sujet ce printemps, lors d'une audience publique. Bien sûr, Quebecor sera aux premières loges pour exiger, elle aussi, de telles redevances. Si les chaînes traditionnelles obtenaient des redevances des abonnés, est-ce que la facture du câble augmenterait, ou les chaînes spécialisées recevraient moins d'argent? On attend toujours la réponse à cette question.

Le système de financement de la télévision sera sous les projecteurs tout au long de l'année, car dès février le CRTC doit aussi tenir un débat public sur l'avenir du Fonds canadien de télévision.

3. Un journal temporaire qui dure

Le MédiaMatinQuébec, le journal gratuit des employés du Journal de Québec en lock-out, c'est un peu comme le Bloc québécois: c'était censé être très temporaire, mais ça commence à s'installer dans les moeurs à Québec. Il faut pourtant finir par régler ce conflit et, pour la première fois depuis huit mois, les deux parties prévoient se rencontrer le 15 janvier.

Reste que ce conflit d'abord patronal-syndical révèle beaucoup de choses. L'attrait de l'information locale d'abord, et puis aussi le succès des quotidiens gratuits en soi.

Le Journal de Québec s'est fait critiquer pour avoir utilisé des images de TVA et des textes du Journal de Montréal: dans l'ensemble du groupe Quebecor, les employés se demandent maintenant si les échanges journalistiques entre toutes les salles de rédaction de l'empire se multiplieront cette année.

4. Le journaliste tout-terrain

Grande tendance, celle du journaliste à tout faire, qui doit écrire des textes, fournir Internet, prendre des photos et de la vidéo, et raconter sa vie sur un blogue. La Presse canadienne envoie maintenant des journalistes couvrir des événements autant en mode écrit que vidéo. Et dans plusieurs journaux, dont principalement La Presse et Le Journal de Montréal, les discussions sur l'utilisation du matériel journalistique sur Internet seront très chaudes dans les prochains mois.

5. Mon droit est plus fort que le tien

Tant l'ADISQ que l'UDA ont exigé l'année dernière un meilleur partage des droits dans le nouvel univers numérique. Les réalisateurs québécois sont descendus dans la rue en décembre pour exiger la même chose, particulièrement une meilleure reconnaissance de leurs droits pour les DVD. Aux États-Unis, les scénaristes sont actuellement en grève pour un enjeu similaire. Les créateurs monteront encore plus au créneau en 2008 pour exiger leur juste part des revenus de diffusion de leurs oeuvres sur Internet et sur les nouvelles plates-formes technologiques. Ça tombe bien: Quebecor veut justement créer de nouvelles émissions exclusives sur son nouveau portail Internet, et le gouvernement fédéral est justement en train de revoir la loi sur le droit d'auteur.

6. Contrôler la pieuvre... et le castor

Faut-il réglementer Internet? Le CRTC entend rouvrir ce panier de crabes en 2008 en lançant un débat sur cette question. À titre d'exemple: faudrait-il exiger des fournisseurs d'Internet une contribution à la culture d'ici? La discussion ne fait que commencer. Et elle pourrait être compliquée par un autre débat: plusieurs groupes soupçonnent en effet le gouvernement Harper de vouloir alléger les règles de propriété des médias canadiens, pour permettre aux entreprises étrangères d'investir plus chez nous.

pcauchon@ledevoir.com

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