Fonds d'investissement - Prévisions 2008

Il fait toujours bien savant dans le milieu financier et économique de prévoir l'avenir et d'énumérer ses prévisions pour les mois et les années à venir. Évidemment, le risque est grand d'induire les lecteurs en erreur. Comme tout bon «économiste», je pourrais toujours invoquer un événement imprévu, mais la vie n'est-elle pas faite à 100 % d'imprévus pour expliquer mon éventuelle déconfiture? Statistiquement, le marché boursier augmente deux jours sur trois, donc 66 % du temps. La probabilité étant plus grande que le marché soit haussier que baissier, si j'avais à faire une prédiction, j'opterais pour un marché à la hausse. Sans grand risque finalement!

M. Buffet se concentre sur les titres, moi, sur des gestionnaires, mais notre démarche est la même: acquérir progressivement des unités ou des titres et user de patience. Ce que feront les taux d'intérêts, le marché ou l'inflation importe peu.

Dans l'excellent livre Le Temps des turbulences d'Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale américaine, M. Greenspan préfère, tout comme moi, citer son bon ami Bob Rubin, ancien conseiller de Clinton. «Premièrement, il n'existe aucun moyen de savoir quand un marché est surévalué ou sous-évalué. Deuxièmement, on ne peut lutter contre les forces du marché et il est donc inutile d'en parler. Troisièmement, quoi que nous en disions, cela risque de se retourner contre nous et de nuire à notre crédibilité. Les gens se rendront compte que nous n'en savons pas plus qu'eux.»

Mais de nombreux observateurs du marché ou institutions financières, par l'entremise de leur gestionnaire-vedette ou économiste en chef, osent chaque année se «mouiller» et émettre leurs commentaires sur l'avenir possible de notre économie et celle de nos partenaires financiers. Ils donnent également leur point de vue sur les grandes tendances boursières, les devises ou le prix des diverses matières de base comme les métaux. Personnellement, je n'accorde que peu d'importance à ces prévisions, mais en voici quelques-unes qui pourront, je l'espère, vous divertir le temps de cette lecture.

L'un des gestionnaires que je considère comme l'un des plus intéressants est sans contredit M. Haber de la firme Fidelity. Il est responsable d'un des meilleurs fonds au Canada, le fond Fidelity discipline action Canada. Celui-ci est très optimiste à l'égard du marché canadien en 2008, et ce, malgré cinq années de hausse. Il ne croit pas du tout à la surévaluation de notre marché: «Au Canada, vous payez le même ratio prix-bénéfice, mais pour une croissance beaucoup plus forte.» Et toujours selon M. Haber, notre valorisation n'est pas différente de celle du reste du monde. Aucune raison donc pour

M. Haber de délaisser le marché des actions canadiennes, puisque les perspectives y sont tout à fait excellentes. Bonne nouvelle!

Pour le gestionnaire Chris Kresic de la famille de fonds Mackenzie, même si les États-Unis peuvent enregistrer une croissance, le risque de récession demeure très élevé compte tenu que, pour lui, nous arrivons actuellement à une fin de cycle économique. Cette récession pourrait survenir d'ici les trois prochaines années. Mais toujours selon M. Kresic, «malgré le côté sombre et négatif d'une récession, les trois dernières n'ont duré en moyenne que sept mois, ce qui n'est pas la fin du monde». M. Kresic croit également que «les investisseurs devraient consacrer une partie de leurs actifs aux fonds obligataires». Il souligne que les taux d'intérêt sont dans une pente descendante.

Pour la Banque Nationale, le Canada ne peut «s'immuniser» contre un ralentissement américain, qui apparaît de plus en plus incontournable. Mais le Canada devrait encore «devancer» ses voisins du Sud au chapitre de la croissance économique en 2008. Pour ce qui est de l'économie mondiale, les perspectives sont positives grâce à une croissance économique très élevée de l'Asie émergente, de la Chine et de l'Inde.

Du côté de Desjardins, selon le directeur et économiste en chef adjoint du Mouvement, Yves Saint-Maurice, «même si le huard devrait normalement repasser sous la barre de la parité avec le billet vert et se maintenir aux alentours des 95 ¢US avant de remonter à la fin de l'année, il continuera de peser lourdement sur nos exportations en 2008». Mais pour l'économiste, si le ralentissement chez nos voisins du Sud est une réalité, par contre, le risque de récession est écarté. Le risque de récession est estimé à environ 40 %.

Selon Carlos Leitao, économiste en chef de la Banque Laurentienne, le Canada connaîtra des mois difficiles pour les provinces de l'Est, compte tenu de la vigueur de notre dollar par rapport à celle du dollar américain, ce qui viendra freiner les exportations. Le prix du pétrole très élevé et la bonne tenue du prix des autres ressources naturelles devraient profiter aux provinces de l'ouest du Canada.

Selon l'économiste de la Banque Laurentienne, notre monnaie devrait descendre sous le seuil de parité avec celle de nos voisins du Sud. Sa valeur devrait se retrouver aux alentours de 97,5 ¢US d'ici la fin de l'année 2008. «Du côté positif, cependant, les taux d'intérêt devraient rester faibles.»

Pour Stephen Harper, notre premier ministre, le ralentissement de l'économie mondiale et la fragilité de l'économie américaine, dont dépend beaucoup le Canada, l'incitent à nous préparer à une année 2008 difficile sur le plan économique.

Que pouvons-nous en conclure? Un ralentissement économique au Canada et chez nos voisins américains semble faire partie du scénario de plusieurs observateurs du marché. Mais la croissance exceptionnelle de la Chine, de l'Inde et de certaines autres régions de l'Asie laisse place à l'optimisme à l'échelle mondiale. Pour nos taux d'intérêts, peu de changements est prévu, ni à la hausse ni à la baisse.

Voici donc pour les grandes tendances économiques prévisibles selon certains observateurs. Mais est-ce bien utile pour la gestion de votre portefeuille? J'en doute. Déployez vos énergies à mieux utiliser vos revenus, à augmenter votre taux d'épargne, lentement mais sûrement. Garder le cap de votre portefeuille et diversifiez intelligemment, peu importe les mouvements à court terme du marché. Et vous en sortirez gagnant. Mais patience, patience.

Bonne année 2008!

question@avantages.com

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1 commentaire
  • Catherine Paquet - Abonnée 6 janvier 2008 05 h 06

    Est-ce un profession ?

    Pourquoi s'acharner à obtenir un diplôme d'économiste si c'est, à la fin, pour divertir? Plusieurs ont eu dusuccès à "Juste pour rire" avec beaucoup moins d'efforts.