Avec un ami comme ça...

C’est le premier ministre Landry lui-même qui a posé la meilleure question au sujet des démarches que son vieil ami Yves Duhaime a faites auprès de lui, il y a deux ans, au nom des marchands de Métro-Richelieu, qui voulaient empêcher la vente de l’entreprise à des intérêts étrangers.

«Il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles, là. Si les marchands avaient accès à mon cabinet sur simple coup de fil cinq fois de suite, pourquoi auraient-ils été verser des honoraires alors qu’ils n’en avaient aucun besoin?» En effet, pourquoi?

Le problème est que M. Duhaime s’était chargé de répondre dans une entrevue à La Presse, et il a été on ne peut plus clair: «Je suis un ami intime du premier ministre du Québec, tout le monde sait cela! C’est pour ça d’ailleurs qu’il y a des gens qui viennent me voir.» Il faut vraiment le lire pour le croire. Si on fait exception de sa brève aventure au Bloc québécois, M. Duhaime a quitté la politique active depuis 17 ans. Manifestement, il a perdu la main. Remarquez, même à l’époque, il prenait les choses d’assez haut.

M. Landry a bien tenté de prendre sa défense, mais après un aveu comme celui-là, il était inutile de chercher à convaincre qui que ce soit que l’expertise de M. Duhaime dans le domaine agroalimentaire, depuis son passage chez Natrel, est la raison pour laquelle on a fait appel à lui. Pas plus qu’il avait été choisi comme intermédiaire dans la vente de MIL Davie à Dominion Bridge à cause de sa compétence dans le domaine de la construction navale. Comme l’a si bien dit M. Landry, il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles.

Le premier ministre a démontré depuis longtemps qu’il considère l’attaque comme étant la meilleure défense. Ne pouvant reprocher publiquement à son ami Duhaime d’avoir dit une sottise, il s’est défoulé contre La Presse. L’espace d’un instant, on a revu le bon vieux Bernard Landry que ses conseillers en communication n’avaient pas encore aseptisé.



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Personne ne nie à M. Duhaime le droit d’exercer son métier d’avocat. Encore faudrait-il que ce soit bien le cas. Or c’était loin d’être évident si on en croit le témoignage spontané d’un des deux avocats responsables du dossier au cabinet Heenan Blaikie, dont le regroupement des marchands avait retenu les services.

Mardi, Me Patrice Vachon affirmait: «Son rôle était de faire des approches, du lobbying auprès du gouvernement; il nous disait qu’il avait ses entrées. Il n’y avait pas de question juridique là-dedans.» Hier, il a senti le besoin de publier une mise au point qui est tombée à point nommé, c’est-à-dire juste avant la période de questions à l’Assemblée nationale.

Curieusement, alors que La Presse faisait état des activités de M. Duhaime en première page le matin même, Me Vachon a dit ignorer le «contexte» dans lequel les questions lui étaient posées, tout comme il ignorait que M. Duhaime était avocat. On ne peut pas tout savoir, n’est-ce pas? En tout cas, pour un homme qui n’avait «pas connaissance de la nature exacte du mandat confié à M. Duhaime», ses propos de la veille étaient passablement explicites.

Il est tout à fait possible et même probable qu’à une occasion ou une autre, M. Duhaime ait également soulevé des questions de nature juridique, mais il est clair que son mandat était d’abord et avant tout de convaincre son ami Landry d’empêcher la vente de Métro-Richelieu.



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En présentant à l’Assemblée nationale un projet de loi sur la transparence et l’éthique en matière de lobbying, l’intention du gouvernement était de dissiper la fâcheuse impression que les amis du régime avaient le feu vert pour s’en mettre plein les poches. Après les André Desroches, Raymond Bréard et Sylvain Vaugeois, il est donc particulièrement inopportun qu’un autre ami personnel de M. Landry se retrouve au centre d’une controverse.

Même si les pratiques mises au jour depuis quelques mois semblent bien peu de chose comparativement au pillage de fonds publics auquel on se livre depuis des années à Ottawa sous couvert de défense de l’unité canadienne, l’opposition libérale a beau jeu de crier à un «système qu’il a mis en place pour enrichir ses amis». Après tout, M. Duhaime lui-même reconnaît qu’on sollicite ses services à cause de ses liens privilégiés avec le premier ministre! C’est le cas de le dire: avec un ami comme ça...

Les libéraux ont cependant été imprudents en associant ses activités à un trafic d’influence au sens où l’entend l’article 121 du Code criminel. Surtout en le répétant à l’extérieur de l’Assemblée nationale, où ils ne jouissent plus de l’immunité parlementaire. À moins qu’ils ne soient en mesure de le prouver, ça ressemble à de la diffamation.

En l’absence de M. Landry, qui participait hier au Sommet économique Québec-New York à Plattsburgh, le leader parlementaire du gouvernement, André Boisclair, a cru bon de déterrer le vieux scandale du dézonage des terres agricoles à Laval, affaire à laquelle avait été associé le collecteur de fonds du PLQ, Tommy d’Errico, à la fin des années 80. Autrement dit, d’un côté comme de l’autre, tout le monde il est laid, tout le monde il est pourri.

Pendant ce temps, laissant les «vieux partis» à leurs sombres histoires, Mario Dumont faisait tranquillement campagne dans Berthier...