À la recherche du plat national du Québec

La chose semble faire l'unanimité: malgré sa popularité et son omniprésence dans le paysage alimentaire d'ici depuis près d'un demi-siècle, la poutine, cet assemblage improbable de frites, de fromages en grains et de sauce brune, ne peut pas revendiquer le statut de plat national du Québec.

En effet, à la lecture de l'ouvrage Maudite poutine! (Éditions Héliotrope) du jeune politologue Charles-Alexandre Théorêt, que Le Devoir a rencontré la semaine dernière, ce constat s'impose.

En raison non seulement de ses origines commerciales (elle vient du monde de la restauration rapide) plutôt que familiales, mais aussi du fait qu'elle n'est pas — ou que très rarement — cuisinée dans la sphère privée, la poutine ne serait finalement rien de plus qu'un plat typique au Québec, mais certainement pas celui qui porte en lui une identité nationale forte, à l'image de la paella des Espagnols, de la choucroute des Allemands ou de la fondue au fromage des Suisses, pour ne citer que celles-là.

La question

Mais alors, quel est le véritable plat national du Québec?

C'est la question existentielle que pose aujourd'hui Le Devoir à ses lecteurs afin de combler un certain vide en la matière.

Objectif: trouver d'ici un mois, grâce à cette aide précieuse, la construction culinaire traditionnelle (et sa recette précise) la plus à même de représenter et de raconter notre coin du monde. Rien de moins.

Les composantes d'un plat national

Le projet est certes ambitieux. Et pour cause: ne peut pas prétendre au titre de plat national n'importe quel mets!

Pour mériter cette qualification, le plat, comme il en va de tous les mets nationaux à travers le monde, doit en effet trouver un ancrage solide dans la tradition familiale du Québec. Cela commande que sa recette se transmette de génération en génération (de mère en fille ou, bien souvent, de mère en fils).

Qui plus est, ce plat a l'obligation, sur une base plus ou moins régulière, d'apparaître au menu au sein de ces mêmes familles.

Et bien sûr, en plus d'être confectionné avec fierté, il est particulièrement apprécié de ceux qui le mangent. Autre caractéristique: le plat national du Québec est forcément courant sur tout le territoire, et ce, dans une forme similaire et surtout avec une base plus ou moins constante en ce qui a trait à sa recette, qu'il soit cuisiné à Val-d'Or, Gaspé, Alma, Granby, Gatineau, Québec, Saint-Adèle, Trois-Rivières ou Montréal, ou encore, mondialisation oblige, dans la cuisine d'un Québécois vivant à Santiago, à Washington, à Hanoï, à Moscou ou à Bruxelles.

Généralisé au Québec, ce plat à l'identité forte doit aussi trouver sa place sur les cartes des restaurants populaires. Il peut également s'exprimer dans des versions dites améliorées qui tendent à le rendre un peu plus prestigieux.

Mais il n'en demeure pas moins un plat familial qu'on ne rechigne pas à mettre sur la table pour expliquer ou présenter le Québec à un visiteur venant de l'étranger, et ce, à travers la cuisine.

À vos plumes, à vos souris, prêts, nommez!

Le cadre étant posé, c'est désormais à vous, lecteurs et lectrices, de vous exprimer afin de nous indiquer quel plat plus qu'un autre mérite selon vous de revendiquer le titre de «plat national du Québec». Vous pouvez aussi, dans la mesure du possible, nous transmettre la recette de ce plat tel qu'on le connaît dans votre famille et nous expliquer brièvement quel rapport vous entretenez avec ce mets.

Cette quête du plat le plus québécois peut aussi s'accompagner au passage de quelques sous-quêtes qui permettraient de déterminer quels sont l'«entrée nationale du Québec», le «dessert national du Québec» et, pourquoi pas, la «boisson nationale du Québec», qui, à l'instar du plat national, doivent eux aussi répondre aux mêmes critères: tradition, transmission et reproduction dans la sphère familiale.

Toutes les suggestions de plats sont les bienvenues. Vous pouvez nous les envoyer de plusieurs façons:

- par courriel à l'adresse de cette chronique: conso@ledevoir.com;

- par la poste: Le Devoir, chronique «Consommation», 2050, rue de Bleury, 9e étage, Montréal H3A 3M9;

- en visitant la vitrine Internet du Devoir: www.ledevoir.com.

Nous attendons vos nombreux messages avec appétit et impatience.

Dans un mois, avec l'aide d'un groupe d'experts en gastronomie, de spécialistes en patrimoine culinaire et de grands chefs, Le Devoir devrait être en mesure de lever le voile sur le «plat national du Québec».

Juste à temps pour qu'il puisse trouver sa place sur les tables d'ici lors des réjouissances de fin d'année.

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