Des OGM au fil du courant

Des études indépendantes montrent que les effets du maïs transgénique sur la santé des rats sont nombreux et profonds.
Photo: Pascal Ratthé Des études indépendantes montrent que les effets du maïs transgénique sur la santé des rats sont nombreux et profonds.

Dans le dossier des OGM comme dans celui des nanotechnologies, les marchés prennent de l'expansion et les produits se multiplient sans qu'on en connaisse les impacts sur le système vivant et sur ces bipèdes myopes qui acceptent de servir de cobayes dans le cadre d'une expérimentation sur population réelle d'une ampleur inédite.

Au Canada, aucune loi ne pénalise la contamination des souches naturelles de semences par les souches transgéniques. Pis encore, comme l'a démontré l'affaire Perry Schmeiser, c'est l'agriculteur dont les semences naturelles sont contaminées qui risque d'être accusé de vol de semences brevetées.

Pourtant, les signaux d'alarme se multiplient. Par exemple, les travaux de Gilles-Éric Séralini, professeur de biologie moléculaire et président du conseil scientifique du CRII-GEN (Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique), en France, ont démontré que si on nourrit des rats avec des plantes transgéniques, on note une dégradation inquiétante de leur état physiologique. Le problème, explique M. Séralini, c'est qu'on n'applique pas aux plantes transgéniques les protocole de recherche qu'on utilise pour les pesticides alors que ces plantes sont littéralement des pesticides comestibles.

L'industrie et les gouvernements complaisants, racontait récemment ce chercheur, estiment que l'évaluation des semences OGM avec les protocoles scientifiques réservés aux pesticides coûterait trop cher. En leur appliquant plutôt des protocoles destinés à vérifier l'innocuité d'aliments, on ne trouve rien et ça coûte des centaines de millions de dollars de moins. M. Séralini a par contre réalisé les premières études indépendantes sur des semences OGM en leur appliquant les protocoles destinés à la validation des pesticides. Et il a découvert que les effets du maïs transgénique sur la santé des rats sont nombreux et profonds.

En milieu naturel

Une autre étude toute récente, publiée le 9 octobre dernier dans les Proceedings of the National Academy of Sciences des États-Unis, démontre que ce que M. Séralini a constaté en laboratoire se produit déjà à grande échelle dans les écosystèmes aquatiques. Cette étude a été réalisée par une équipe de chercheurs des universités Loyola (Chicago), Notre Dame (Indiana) et Carbondale (Illinois), qui ont entrepris de vérifier si la dispersion des pollens de cultures transgéniques affectait les organismes vivants des petits cours d'eau qui les irriguent.

On savait déjà que le pollen de cultures OGM peut transférer ses caractéristiques à des plantes naturelles. On a même découvert que les plantes indésirables, ciblées par certains pesticides chimiques, avaient accru leur résistance en incorporant la propriété de certains maïs de résister à ces toxiques chimiques.

Mais cette récente étude américaine ouvre un tout nouveau débat d'une portée considérable: l'insecticide biologique Bacillus thuringiensis, incorporé à des maïs comestibles pour accroître leur résistance aux insectes ravageurs, frappe aussi plusieurs espèces de micro-organismes présents dans les petits cours d'eau.

Dans leur étude, les chercheurs ont établi que le pollen de maïs Bt — il s'agirait plutôt de Bt à saveur de maïs, selon la logique de M. Séralini! — voyage très facilement dans les petits cours d'eau, sur des distances de 20 à 60 mètres, car ces égouttoirs des champs affichent des débits généralement peu élevés. Par contre, là où les champs de l'Indiana longent de véritables petits cours d'eau à débit plus élevé, les chercheurs ont mesuré des migrations atteignant les deux kilomètres.

Les pollens, ont-ils constaté, migrent vers les petits cours d'eau sous l'effet du vents et de la pluie. Ils s'y accumulent dans les sédiments, où les micro-organismes les utilisent comme aliments. Des tests réalisés en laboratoire sur ces micro-organismes ont confirmé que la consommation du pollen de maïs Bt réduisait leur croissance et, partant, leur fécondité, dont le taux est souvent relié à la taille, allant même, dans certains cas, jusqu'à provoquer la mort de plusieurs insectes qui ne sont pas ciblés par le pesticide transgénique.

Tous les insectes détrivores et décomposeurs des petits cours d'eau ne sont pas affectés de la même façon et dans la même mesure. Par contre, les apports de pollen émis par les plantes OGM peuvent affecter sérieusement la vitalité de ces cours d'eau agricoles, estiment les chercheurs, car les espèces affectées constituent un maillon essentiel aux espèces supérieures.

Et la quantité d'eau?

En 2006, les plantations industrielles de maïs couvraient 33,1 millions d'hectares aux États-Unis, et 35 % de cette immense surface était couverte de maïs génétiquement modifié.

La demande croissante en biocarburants pose un tout nouveau problème, selon la revue des Académies nationales des États-Unis, soit la disponibilité de l'eau à l'échelle nationale!

L'objectif consistant à remplacer 15 % de la consommation annuelle de pétrole par des biocarburants n'est qu'un début: les 35 milliards de gallons d'éthanol qu'il faudra produire chaque année d'ici 2020 pour atteindre l'objectif du président Bush deviendront 60 milliards de gallons en 2030, selon les prévisions.

Cette demande accrue pour les biocarburants risque d'entraîner de graves pénuries d'eau dans plusieurs régions où l'accroissement des surfaces cultivées va souvent se faire aux dépens de forêts dont les sols renferment de vastes réserves d'eau. Cet accroissement de la demande en biocarburants risque aussi de détourner plusieurs cultures actuellement destinées aux humains vers celle, plus payante, des agro-carburants.

Déjà, avertissent les chercheurs, le niveau de la nappe souterraine Ogallala (ou des Hautes-Plaines), qui s'étend du Texas au Dakota du Sud et jusqu'au Wyoming, plus au nord, a diminué de 30 mètres depuis le début des années 40 en raison des ponctions constantes des villes et des agriculteurs. Cette réserve d'eau, dont dépendent des régions entières, prendrait plus de 1000 ans à se recharger naturellement, et ce, en fonction d'un scénario où le climat ne se réchauffe pas et n'accentue pas l'évaporation des eaux de surface.

Les besoins en eau des cultures de maïs, de soya et de fibres cellulosiques, dont on pense tirer de l'éthanol d'ici dix ans de façon industrielle, varient d'une région à l'autre. De façon générale, estiment les quatre organismes scientifiques, les quantités d'eau requises pour l'irrigation des cultures est de loin supérieure à celle exigée par leur transformation en éthanol. Une usine qui produira 100 millions de gallons d'éthanol par an aura quand même besoin d'une quantité d'eau équivalente à celle requise par une communauté de 5000 personnes en un an.

Des impacts tout aussi considérables pour les cours d'eau états-uniens, concluent les académies scientifiques, résulteront des apports d'engrais et de pesticides dans les cours d'eau qui draineront toutes ces cultures. Leur contamination accrue s'accompagnera d'une atrophie par les plantes aquatiques et leur empoisonnement par les algues bleues. À l'extrême, conclut le rapport, les excès d'azote entraîneront d'autres «zones mortes», privées d'oxygène, comme celle attribuée au Mississippi dans une zone du golfe du Mexique.

Serait-ce la cause, ici au Québec, du manque d'oxygène dans les profondeurs du golfe du Saint-Laurent, que les chercheurs ont diagnostiqué au cours des dernières années?

Toutefois, c'est en misant frileusement sur les technologies, voire sur de nouvelles plantes OGM moins gourmandes en eau, que les académies espèrent éviter les pénuries. Ces scientifiques ne parlent nulle part de faire en sorte que les producteurs internalisent dans leur production les coûts environnementaux, y compris ceux de l'eau, pour que le vrai coût des biocarburants soit facturé aux utilisateurs.

n Lecture: Guide des sites d'observation des oiseaux du Québec, par Jean-Pierre Pratte, Éditions Broquet, 486 pages. Environ 400 cartes décrivent plus de 500 sites privilégiés par la faune ailée, qu'on pourra observer et identifier grâce notamment au nouveau Guide d'initiation aux oiseaux du Québec de Suzanne Brûlotte, que Broquet réédite pour une troisième fois avec, évidemment, un peu plus de ceci et de cela!
 
1 commentaire
  • Normand Desjardins - Inscrit 21 octobre 2007 01 h 11

    Et il y a aussi le Bti (B.t.i. , Bacillus thuringiensis israelensis)...

    ... avec lequel plusieurs dizaines de municipalités au Québec apergent leur territoire. Dans bien des cas sur des superficies immenses et sans aucune étude d'impact environnemental. Et pouquoi? Pour diminuer le nombre de moustiques et de mouches noires et augmenter le nombre de touristes sans égard pour les écosystèmes.

    Depuis plusieurs années maintenant, des arrosages répétés de pesticide sont effectués au printemps sur une portion impressionnante et toujours croissante du territoire québécois. De nouvelles municipalités s'ajoutant chaque année à la liste de clients de cette lucrative et menaçante industrie de la chasse aux moustiques.

    Cette industrie ayant pris son envol grâce aux généreux contrats du gouvernement pris de panique devant l'épisode du virus du Nil. Maintenant que ce dernier s'est avéré statistiquement moins dangereux que le rhume... l'industrie de l'extermination de maringouins s'est tourné vers le "confort des citoyens/touristes" en offrant à fort prix leur service aux conseils municipaux friands de nouveautés pour se faire réélire : dont la dispartion des bébittes qui piquent.

    Cette industrie orchestre d'ailleurs, pour les municipalités, une campagne de marketing/sondage clé-en-main redoutable pour appâter le payeur de taxes qui se voit offrir l'éradication de la "nuisance" bourdonnante et ce, apparamment sans risque pour l'environnement - selon les arroseurs professionnels.

    On voit maintenant que les pesticides à base de Bt sont loin d'être innofensifs. D'ailleurs leurs souches font l'objet d'une sélection et de manipulations en laboratoire qui les rendent de loin plus virulentes que leur cousines naturelles. La preuve en est que le Bt retrouvé dans la nature ne semble avoir aucun impact sur les populations d'insectes. Le Bt industriel utilisé par les exterminateurs d'insectes n'a de "biologique" que l'appellation.

    Il faudra qu'un jour, pour le bien de notre environnement, que quelqu'un au ministère du développement durable ou de la faune se lève et étudie sérieusement la pratique de la chasse industrielle du moustique.