Revue de presse: Le gaspillage fédéral carabiné et la Caisse des soupçons

Le cafouillage coûteux dans la gestion du programme fédéral d'enregistrement des armes à feu a dominé les manchettes du ROC, cette semaine. Le programme a coûté énormément plus cher que prévu, ce que le gouvernement a caché au Parlement.

Le Globe and Mail dénonçait jeudi «l'arrogance» libérale face à ce «cas patent de gestion incompétente». Certes, admet le Globe, il n'est pas facile de défendre l'indéfendable, mais «il n'est pas déraisonnable d'attendre que nos élus fassent preuve, en pareilles circonstances, d'un peu de remords», qu'ils se risquent au moins «à quelques explications honnêtes». Le Globe n'en revient pas de l'attitude des ministres: de Martin Cauchon, d'abord, qui «s'est borné à dire que la vérificatrice n'a pas trouvé d'irrégularités», juste des dépassements de coûts. (John Ibbitson réclamait d'ailleurs la tête du ministre Cauchon, jeudi, dans le même journal.) Le Globe s'en prenait ensuite à Allan Rock, ministre qui a présidé à la création du registre d'armes à feu. Rock a tenté cette semaine de noyer l'affaire dans la sensiblerie — «la vie humaine, ça n'a pas de prix» — et l'identité nationale — le contrôle des armes à feu est une «valeur canadienne» qui nous distingue de nos voisins du Sud. Le Globe réplique à ce dernier, d'abord, qu'il n'est pas certain que le programme ait eu quelque effet que ce soit sur la sécurité publique. Deuxièmement, «la responsabilité fiscale est tout autant une valeur canadienne», ironise le Globe.

Le National Post, lui, s'en prenait jeudi de façon véhémente au «parti du gaspillage», c'est-à-dire le Parti libéral de Jean Chrétien. «Le registre des armes à feu n'est certainement pas le seul exemple de mauvaise gestion libérale». Et le Post de se lancer dans une liste accablante: en 2001, c'était l'affaire de la subvention de 350 millions aux personnes âgées pour le chauffage de leur demeure — «des chèques avaient été envoyés à 7500 personnes décédées et à 4000 non-résidents, dont certains qui avaient utilisé l'argent pour couvrir le coût de l'air climatisé dans leur maison de retraite de Floride». En 2000? C'était l'année du scandale du milliard évaporé au ministère des Ressources humaines. «L'argent avait été utilisé par des libéraux dans des projets électoralistes à la veille des élections de 1997.» En 1999 éclatait l'affaire des 3,6 milliards octroyés aux bandes autochtones sans règles comptables ni suivi. Le Post poursuit avec plusieurs autres exemples et conclut: «Le dernier rapport de la vérificatrice dresse un tableau de l'arrogance, de l'incompétence, de l'immoralité libérale qui dépassent l'entendement.»

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C'est inévitable. Pour que Diane Francis, chroniqueuse au Financial Post, aborde un sujet québécois, une condition doit être remplie: ledit sujet doit lui permettre de corroborer sa mauvaise opinion à l'égard de notre coin de Dominion. Il y a des gens comme ça: la réalité ne leur réserve jamais de surprise puisqu'à leurs yeux n'apparaît que ce qui confirme leurs thèses. Cette attitude a un nom: préjugé. Tout est toujours déjà jugé, et sans appel.

Francis dissertait donc mardi sur la Caisse de dépôt et placement du Québec. La crise qui secoue l'institution québécoise fondée en 1965 «sur recommandation de Jacques Parizeau, à l'époque un crypto-séparatiste», constitue un «coup dur pour le concept du Québec inc.», lequel a été forgé «par les sécessionnistes pour aider à financer la séparation de la province». Pour Francis, l'arrivée d'Henri-Paul Rousseau et la réduction de 14 % du personnel qu'il vient d'effectuer marquent une rupture avec la direction très politique que ses prédécesseurs avaient donnée à l'institution. D'ailleurs, c'est pourquoi la Caisse, historiquement, a eu une si mauvaise performance depuis 1992, «une moyenne de 9,2 %, traînant ainsi derrière le taux médian des grands fonds canadiens, qui se situe à 10,6 %». Sans compter, dit Francis sur le ton «vous l'avez bien mérité», que de récents problèmes de la Caisse amoindriront encore plus cette performance.

Bien sûr, note-t-elle, ces derniers temps, les marchés boursiers n'ont été cléments pour personne. Mais la Caisse est en moins bonne posture encore puisqu'elle «a été mal utilisée à plusieurs occasions, soit pour punir des anglophones, soit pour garder au Québec des sièges sociaux ou encore pour récompenser de "bons Québécois" ou leurs entreprises». Résultat de ce nationalisme économique: «le flop qui se présente à nous», dit Francis en soulignant que la Caisse, dans le classement des 20 fonds canadiens les plus importants, se trouve dans la cave. Insistant sur les odeurs de corruption, Francis s'attarde au cas du gestionnaire Claude Séguin, qui se serait fait payer par la Caisse les services d'un architecte «pour des travaux personnels». Elle présente aussi Michel Nadeau, qui a maintenant quitté son poste, comme un mégalomane ouvrant frénétiquement des bureaux de la Caisse partout à l'étranger. Voilà ce qui arrive, assène-t-elle, aux «bureaucrates» que des «politiciens ont laissés jouer avec les économies de toute une génération» de Québécois.

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Se penchant sur cette «relique ressuscitée» qu'est selon lui le Conseil de la souveraineté (CS), le National Post faisait preuve d'originalité, jeudi, en éditorial. Il recommandait l'abolition de l'adversaire du CS, le Conseil pour l'unité canadienne (CUC). «Y a-t-il vraiment quelqu'un qui croit sincèrement que c'est l'action du CUC, plutôt que les considérations économiques et l'évolution démographique de la population québécoise, qui a mis l'option souverainiste au rancart?» Selon le Post, cet organisme «a peut-être eu une certaine utilité en son temps», mais il représente aujourd'hui «un bizarre gaspillage» de fonds publics considérant que le «courant contre lequel il se bat est mort». Bien sûr, note le Post, ce CUC a au moins le mérite de défendre les «mérites d'un pays existant» alors que le Conseil que le PQ «s'apprête à réanimer» en défendra un qui «n'existe même pas». En plus, le Conseil de la souveraineté «serait dirigé par Jacques Parizeau, cet ancien premier ministre pompeux qui tua le mouvement souverainiste moderne en le liant à l'intolérance raciale».