Une escape au rythme du sexy house

Pour souligner l'anniversaire de Namour, je voulais de la musique de son âge : du sexy house, du r'n'b, du trip-hop, du jungle. Et aussi des clones de Shakira, du poulet frit au miel et au gingembre servi dans un pot de terre cuite à 22 $, une ambiance « Saint-Trop'rencontre Miami », une lumière orangée vaguement sunset, un d.j. éclaté qui tripe hip music, des serveuses habillées en pute mais encore vierges, une cigar girl sortie d'un calendrier de pin-up, une faune lookée arborant des jeans déchirés à 3000 balles et se dandinant sur des podiums de défilé de mode, un doorman doberman.

J'ai eu droit à tout ça et plus encore au Time Supper Club, nouveau restaurant-night club branchouillé de la rue Saint-Jacques qui accueille les riches et célèbres, blasés et rentiers, jeunes et arrogants du jet-set montréalais. Le soir de notre passage, Garou et Plamondon, Guy Laliberté et l'ombre de Jose Théodore se sont pointés après nous. Tuyau pour les nuls ou pour ceux qui n'ont pas été de la distribution de Notre-Dame de Paris : on entre au Time Supper Club en filant 20 $ dans la paluche du Russe de service derrière le cordon rouge à l'entrée. Il s'appelle Toli (pour Anatolie) et devait peser 35 kilos à la naissance. La légende veut qu'il ait été stunt dans Rocky IV. Comme dans un épisode des Sopranos, on lui donne du « Brother » tout en lui tapotant l'épaule amicalement. Ici, tous les mecs s'interpellent en disant « Hi, Bro ! », toutes les nénettes se font appeler « Sweetie ». Ça m'émeut drôlement de les savoir si affectueux.

Le fabulous people de Montréal s'est trouvé un concept importé pour s'éclater loud & clear. Namour est devenu Glamour l'instant d'une soirée et on s'est bien marrés. « J'ai l'impression d'être dans Sex & the City ! C'est moi Big, OK ? » Je ne peux rien refuser à Glamour, même quand il se prend pour un autre. Je lui pardonne de reluquer les clones de Britney tout en se dandinant sur sa chaise. Je fais pareil ! Le concept du Time est européen : resto + night club + mannequins = bamboula. Les mecs, eux, ont l'air d'avoir du fric, du moins assez pour offrir des seins en silicone à leur Sweetie à Noël.

Une boule cette année, l'autre l'an prochain si t'es encore avec moi. Got ya !

«You look fabulous ! », s'exclame une émule de J.Lo derrière moi. Tout le monde s'embrasse, s'étreint, se filme. Le genre de filles qui demandent une thérapie pour Noël, mais je peux me tromper. Faut pas toujours se fier aux apparences. Si ces gens passent toute leur soirée vissés à leur téléphone cellulaire, c'est simplement parce qu'ils sont indispensables. La serveuse m'a confié qu'ici, il y a des gens qui ont de l'argent et des gens qui n'ont pas d'allure.

Points chauds

Beni, l'un des associés du Time (un tentacule de l'empire Buena Note-Globe, boulevard Saint-Laurent), a roulé sa bosse dans tous les clubs de la Terre. J'ai devant moi le king du buzz word, de la formule de congrès d'agents de voyages : « Le Time est une destination area, il n'y a rien autour, on vient pour nous. Le dress code est simple : fashion oriented, dress to impress. » Selon Beni, les endroits les plus hot de la planète pour aller flamber son fric sont Londres, New York, Paris, Miami, Capetown en Afrique du Sud, Punta del Leste en Uruguay, le Saint-Tropez de l'Amérique du Sud. Je prends bonne note au cas où je ne saurais pas où aller le week-end prochain. « Vous n'avez pas peur de recevoir une bombe en pleine gueule, comme à Bali ? », que je lui demande. « Non, il n'y a pas assez de musulmans à Montréal. » C'est drôle à dire, mais ils savent ce qu'ils font, qui ils sont et surtout qui ils attendent.

Stevie, un autre associé, est en charge de « l'identitaire et de l'événementiel ». Beaucoup d'identité, le mec, et avec la gueule qu'il a, j'imagine que l'événementiel doit suivre assez rapidement. Pas mon genre de vie, mais mon genre de gars. L'événementiel, ça ressemble aux feux de Bengale qu'on attache au cou de la bouteille de Moët et Chandon à 3300 $ (le prix d'une paire de jeans) pour qu'elle soit bien voyante dans le noir. L'identitaire, c'est plutôt les serveuses, toutes choisies dans un catalogue d'agence de mannequins, me précise-t-on. Ça se résume aussi à toutes ces tables, le long du mur, auxquelles seuls les clients qui sont prêts à acheter une bouteille ont accès (175 $ pour l'Absolut nature, la moins chère sur la carte). Le samedi, c'est deux bouteilles pour s'asseoir. « Au Québec, il y a encore de l'éducation à faire », me glisse Beni. You bet, bro !

Évasionnez-moi

« On offre de l'évasion. C'est ce qu'on appelle une escape », me signale Stevie en réussissant à glisser une phrase complète entre les onze appels auxquels il a répondu sur son cellulaire en quinze minutes. Pas mon genre de vie, ni mon genre de gars, à bien y penser. Tant pis, je me payerai mes boules de Noël moi-même et les deux la même année, tiens. « L'ambiance est très Bouddha bar au début du repas, très zen, puis ça progresse, le son s'impose, on retire les tables du centre et on danse », poursuit Stevie.

Le jeudi, on trempe dans le hip-hop, le jungle, le r'n'b ; le vendredi, c'est plus méditerranéen, moyen-oriental ; le samedi, on met du house, la clientèle est plus jeune, 22 à 30 ans. « It's music for the hips, poursuit Stevie. Tout ce qu'on fait, c'est pour la femme, pour qu'elle se sente à l'aise. Il faut que ce soit joyeux, sexy, cool, un environnement paisible. »

Toli et ses sbires font la sélection à la porte ; pas question de laisser entrer trop de mâles, et que des gens clean : « Ici, c'est fashion meets music. C'est sûr que le genre de client qu'on recherche n'a pas envie de se retrouver à 3 h du mat' à côté d'un gars saoul et mal habillé. » Mal habillé et Garou ça va, Garou et saoul aussi. Mon collègue Stéphane-demande-moi-le-donc-s'ils-m'ont-fait-chier-Baillargeon, même flanqué de sa fabuleuse Sweetie, n'a jamais pu venir nous rejoindre et a buté contre le stunt de Rocky IV. J'avais oublié de lui indiquer le dress-code.

Y a pas à dire, il y a encore de l'éducation à faire.

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Reçu : de Glamour des disques disco-house qui feront groover notre party de Noël. MCDiscothèque revisite des hits des années 70 (Donna Summer, Diana Ross) façon électro. Shake, shake, shake, baby. Sortez vos boules en miroir. Jolie pochette. Joli cadeau pour l'hôtesse. Aussi : Beach House de Hed Kandi pour ceux qui passent Noël sur le sable blond de Punta del Leste.

Vu : le film Un homme et son péché de Charles Binamé. Je vous jure que ça mouchait fort au cinéma des Promenades Saint-Bruno. Moi-même, je me suis laissée aller un p'tit brin au mélo de cette belle histoire d'amour. J'étais accompagnée de ma filleule de presque 13 ans qui ne connaissait pas le dress code de l'époque, ne savait pas pourquoi on défrichait (il ne restait plus de 4 1/2 sur le Plateau), ni ce que voulait dire « partir en famille ». J'imagine qu'on oublie de leur enseigner le sens des mots péché et sacrifice dans les cours d'histoire à l'école. En tout cas, juste pour les fesses de Roy Dupuis et le jeu de Karine Vanasse, ça vaut largement le détour.

Visité : le site Web des Royettes (www.royettes.com), 500 membres du fan-club de Roy Dupuis, surtout américaines, qui consacrent leurs loisirs à échanger sur lui et se donnent pour mission d'apprendre le français, la langue maternelle de leur idole. Moi, c'est bien simple, j'ai accroché un poster de lui au-dessus de mon lit. Et Glamour n'a rien à dire. Son anniversaire est passé.

Aimé : la première édition du magazine Budget Living. La nouvelle tendance ? Le cheap chic. Le Village des Valeurs le jour pour pouvoir aller au Time Supper Club le soir. Coco Chanel disait qu'il y a les gens qui ont de l'argent et les gens qui sont riches. Avoir l'air riche ne coûte pas si cher. On y apprend que les employés de bureau sont prêts à sacrifier sur tout (même le café équitable) sauf sur la qualité du papier de toilette. Eh ben !

Acheté : The Worst-Case Scenario Survival Handbook : Holidays (Chronicle Books), un guide de survie essentiel pour la saison des Fêtes qui s'amorce. Comment éviter la foule dans les magasins, comment recycler les gâteaux aux fruits, comment rescaper le père Noël coincé dans la cheminée, comment dégager sa langue d'une barre de métal gelée, comment éteindre un arbre de Noël en feu, comment gagner une bataille de balles de neige, comment éviter la déprime saisonnière. Chez Multimag.

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Chère Joblo

Maux de coeur, de cul et de cocus

Chère Joblo,

J'aimerais que vous passiez le mot même si vous ne voyagez pas en métro. Depuis le 1er octobre, imitant une initiative new-yorkaise et torontoise, le Regroupement pour une amélioration de la vie souterraine à Montréal (RAVS-Montréal) encourage tous les célibataires à embarquer dans le premier wagon du métro. C'est un rendez-vous au bout de la plate-forme. En plus, c'est un abonnement gratuit à un système de rencontres compris dans le prix de votre billet de métro. En empruntant le wagon des gens disponibles, les voyageurs peuvent désormais espérer rencontrer le voyageur (se) de leurs rêves.

Merci, madame, de nous aider à éradiquer l'esseulement à Montréal.

Un usagé

Cher usagé,

Je passe le mot mais je suis loin de penser que l'idée est aussi réjouissante qu'elle en a l'air. Mes amis célibataires, même les moins timides, me disent tous qu'ils éprouveraient énormément d'embarras à se pointer dans le premier wagon pour attendre l'amour de pied ferme. En 2002, afficher son célibat est une tare, au même titre que les dents jaunes, les pellicules et la naïveté.

Et comment aborde-t-on la personne entre la station Laurier et Bonaventure ? « Vous descendez où ? » ; « Êtes-vous dans le 514 ou le 450 ? » ; « Quel est votre signe végétarien ? » ; « Vous lisez Shopenhauer ? Ça raconte quoi ? » ; « Le silence est la seule chose en or que les femmes détestent, vous savez qui a dit ça ? » ; « On ne s'est pas déjà rencontrés sur la ligne verte ? »

Si je souscris sans peine à l'idée de deux destins qui se croisent dans les couloirs sombres et tortueux de la vie souterraine, son application n'est pas aussi facile qu'elle pourrait l'être à Paris, Rio ou Barcelone. Là-bas, les gens s'accostent et s'échangent des sourires sans avoir l'impression de violer la bulle de l'autre. Les Québécois ont bien des tickets à composter avant d'en arriver là.

Quant à l'expérience pilote à New York et Toronto, tous les comptes rendus que j'ai lus faisaient état du même désert affectif dans le premier wagon du métro. À Montréal, le premier wagon est celui des bicyclettes et des femmes seules terrorisées qui s'y réfugient parce qu'elles peuvent avoir accès à la cabine du chauffeur. Le chauffeur, lui, songe davantage aux personnes qui vont peut-être se jeter devant son métro à la prochaine station à cause d'une peine d'amour. Je ne l'invente pas, c'est un chauffeur de métro qui l'a dit à mon recherchiste du dimanche.

Votre premier wagon manque sérieusement de romantisme. J'encourage donc les lecteurs solos de ce courrier à se pointer le vendredi (jour de Vénus) avec Le Devoir à la main. Lisez cette page d'une main, accrochez-vous de l'autre et faites votre signe de croix avec celle qui reste. Joblo, patronne des cocus et des esseulés, vous protège et vous inspire. Mais faites vite, je débarque à Place-des-Arts.

Joblo

Écrivez à cherejoblo@ledevoir.com