Fonds d'investissement - Se protéger de Protégez-Vous

La revue Protégez-Vous n'a plus besoin de présentation. C'est une «institution» au Québec. La plupart d'entre nous l'avons consultée au moins une fois avant d'acquérir un bien de consommation. Que ce soit pour un grille-pain, un appareil ménager ou simplement pour consulter l'édition annuelle sur la qualité des jouets, ce magazine est une référence au Québec. Mais une institution telle que Protégez-Vous a aussi des obligations morales et éthiques.

Voilà qu'elle reprend, pour une deuxième fois, une enquête sur la compétence des conseillers financiers, leur formation et leur professionnalisme. Les résultats sont les mêmes: catastrophiques! Plus de 50 % des conseillers financiers rencontrés ne passent pas le test. «L'incompétence règne» est le titre-choc à la une. Il s'ensuit une conférence de presse qui attire le gratin journalistique de Montréal. Pourtant, une étude menée par la revue Objectif Conseiller en 2006 arrivait à des résultats fort différents. Le nombre de plaintes contre les conseillers est, toutes proportions gardées, inférieur à celui que l'on constate pour les professions d'avocat et de notaire.

Regardons de plus près ce test qu'on a fait passer, à leur insu, à un certain nombre de conseillers financiers: même si le titre n'existe pas dans la loi, les lecteurs auront compris que nous faisons ici référence aux représentants en produits financiers, incluant les représentants en épargne collective de plein exercice et les planificateurs financiers. Un test préparé par l'éditeur et l'équipe de Protégez-Vous. Aucune connaissance particulière propre au domaine du placement ne semble émerger de cette équipe, en constatant la façon dont a été réalisé le test. Et les résultats sont à la hauteur de leur crédibilité en cette matière, c'est-à-dire nuls. Sur des prémisses sans aucun fondement, leur étude de février 2007 sur les REER et les fonds était un aussi grand échec.

Quelles sont ces lacunes? Tout d'abord l'échantillon était trop faible: seulement 39 conseillers ont été approchés. Ensuite, il est aberrant que les «enquêteurs» du magazine n'aient jamais ouvert de compte. Ceux-ci n'ont donc jamais été des clients, mais plutôt des «prospects» aux yeux des conseillers. Il va sans dire que les discussions et le service offert à des «prospects» ne sont pas les mêmes que pour celui qui a ouvert un compte en bonne et due forme. Puis, je trouve déplorable le traitement journalistique qui a suivi, où l'on va jusqu'à associer ce semblant de test à la fraude de Norbourg. Le lecteur est souvent un peu perdu, mais que dire de certains journalistes qui ne font pas la différence entre un gestionnaire, un conseiller et un fraudeur?

L'AMF

Comme l'a bien spécifié l'éditeur de la revue Protégez-Vous, l'Autorité des marchés financiers (AMF) n'a ni payé ni commandé l'étude: elle a seulement agi à titre de commanditaire, comme le prévoient ses propres règles. Mais n'est-ce pas surprenant que l'AMF débourse pas moins de 50 000 $ pour une étude faite par une revue qui fait l'évaluation de jouets, mais qui n'a aucune expérience pertinente dans le domaine du placement? Selon mes sources, une telle étude et les frais de rédaction ne dépasseraient pas 7000 $... L'Autorité finance l'étude, mais ne s'assure point de son fondement, de son sérieux et surtout de la façon dont sont présentés les résultats qui entachent la réputation des conseillers.

Par ailleurs, c'est le travail et la responsabilité même de l'AMF de voir à ce que les intervenants de l'industrie soient des professionnels dignes de leur titre conféré par ce même organisme ou par pouvoir délégué.

L'AMF, grâce à son fonds réservé à l'éducation des investisseurs et à la promotion de la bonne gouvernance, vient, en principe, soutenir l'investisseur. Mais en quoi une étude mal ficelée, dont les résultats n'ont aucune valeur scientifique et qui ne fait que discréditer les intervenants de l'industrie dont elle a la responsabilité, peut-elle répondre à cet objectif? N'est-ce pas créer encore plus de confusion? N'a-t-elle pas également une obligation morale de rassurer les investisseurs?

La rencontre

Les étapes d'une rencontre avec un conseiller ne sont pas les mêmes que celles que la revue nous expose. Il faut savoir qu'une recommandation d'un proche demeure un atout. Lors d'une première rencontre, vous devez pouvoir décrire ce que vous recherchez chez un conseiller. Dans le milieu des conseils en services financiers, sachez que la qualité du diagnostic et du traitement est directement proportionnelle à la qualité de la description des «symptômes» de l'investisseur.

Ensuite, le conseiller vous exposera sa façon de travailler et la manière dont vous pouvez envisager une relation future. Et si, et seulement si, chacun semble y trouver son compte, et que le «prospect» décide d'ouvrir un compte, le conseiller veillera à procéder à l'ouverture du compte. Cette étape comporte généralement entre 20 et 50 questions — sur les revenus, le profil de risque, l'horizon de placement, etc. En fait, il y a tellement de questions que plusieurs investisseurs se plaignent de la lourdeur administrative du processus, mais le travail professionnel le requiert.

À partir de là, le conseiller procède à l'étude du dossier et soumettra à l'investisseur une autre étape: le Plan d'investissement personnel.

Si vous «magasinez» votre conseiller comme Protégez-Vous croit que vous devriez le faire, vous risquez d'avoir de mauvaises surprises. Et celui que vous aurez choisi risque fort d'être l'un de ceux qui «parlent trop», alors qu'avant de devenir votre conseiller, il devrait d'abord vous écouter. L'analyse de l'efficacité d'un grille-pain et du travail d'un professionnel du placement sont deux activités fort distinctes...

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question@avantages.com

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L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages services financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.
2 commentaires
  • Michel Simard - Inscrit 29 septembre 2007 07 h 55

    Oh là

    Que l'échantillon de Protégez-vous soit petit, que certaines institutions importantes aient été largement sous-représentées, que les exigences envers un simple prospect de services financiers aient été fixées élevées, soit. Mais qu'on ne vienne pas tenter de protéger son industrie en niant que certains (et d'après moi plusieurs) conseillers financiers ne font pas bien leur travail. Et cela d'autant plus important qu'encore trop de Québécois ont une méconnaissance des services financiers. Par ailleurs, ouvrir un compte n'est pas comme entrer dans un magasin : c'est beaucoup d'implication pour obtenir des renseignements de base sur un produit. Et je peux dire que la qualité des services financiers au Québec sont assez aléatoires : par deux fois, en raison de conseillers que je jugeais franchement mauvais, j'ai fermé des comptes alors j'étais client depuis plus de 15 ans, et ce dans les deux plus grandes institutions financières - j'imagine que c'est comme le mauvais service qu'on retrouve souvent dans les commerces au Québec. En passant, pour effectuer un test de Student, on n'a pas besoin de 1 000 cas (le maximum d'incertitude à 3 % pour un degré de confiance de 95 % - une application très particulière d'une formule générale parmi tant d'autres en statistique mais la seule que les sondeurs connaissent). Dans ce cas-ci, à 39 cas, pour plusieurs réponses, on peut statistiquement dire que les conseillers financiers n'ont pas passé le test.

    J'aimerais réellement que les consaillers financiers fassent vraiment leur travail et ce, minimalement même pour les gens qui disposent de revenus ou d'actifs moyens - cela existe, j'en connais - et pas réservé seulement dans les sphères supérieures de la finance. La richesse des Québécois en serait sûrement augmentée de beaucoup. Le rapport étrange que nous (je parle ici de la culture francophone au Québec) avons avec l'argent pourrait peut-être en être modifié un peu, ce qui ne serait pas une mauvaise chose.

  • Claude Stordeur - Inscrit 2 octobre 2007 09 h 03

    50% de 39 c'est déja bioen trop

    Protégez-vous a agit comme un particulier qui se présente à vous et finalement a conclu que vous aviez des problèmes de profession...
    Rien que l'exemple de ce Monsieur de Candiac et de ses collègues pas regardant, qui ont flouer bien du monde et rempli son compte de plusieurs millions illégaux et qui est toujours libre fait réfléchir bien du monde a faire confiance a un conseiller.
    Dites moi, combien de conseiller conseille celui qui leur donne la plus grande commission?
    Combien ne conseille qu'un produit en fait, parce qu ils sont rémunérer...
    Ou voyez vous un consultant alors qu'il n'a qu'un ou deux produit de la même compagnie qu'il veut vendre malgré son discourt sur plusieurs compagnie... C'est un vendeur ça monsieur, un embobinneur qui fait semblant d'être un conseiller...