Santé: Culpabilité, quand tu nous tiens

Je pense personnellement que la peur est le grand moteur de nos vies, nos sociétés, nos guerres et nos médias. Pour faire un bon papier — lire: qui aura de l'impact —, on fait peur; pour attirer l'attention, on fait peur — les docteurs font ça souvent — et on marche à la peur en se faisant peur à soi-même. Il y en a qui sont passés maîtres dans l'art de se faire peur avec du vent. Le vent étant une idée, bien entendu. Remplacez le mot «stress» par le mot «peur» et demandez-vous ce qui vous fait peur quand vous êtes stressé: vous verrez!

Voici qu'une amie m'entreprend sur la culpabilité. Elle est psychologue, je l'invite le plus souvent possible quand je travaille à la télé car elle vulgarise bien, elle est pleine de bon sens, de compassion, et j'arrête ici pour ne pas la gêner, elle se reconnaîtra. Donc, la culpabilité face à la maladie est devenue une plaie dans notre société, selon ses observations. Il y a des gens qui ont honte parce qu'ils sont malades. Ils se sentent coupables de leur maladie parce qu'ils n'ont pas réglé tel problème émotionnel ou n'ont pas adopté tel comportement suggéré... ce qui les a conduits à la maladie.

Tiens donc. La maladie qui est une défaite dont il faut rougir, un échec inavouable, on tombe de son... piédestal? De sa chaise, où l'on se croyait bien en sécurité? On tombe, c'est certain. C'est un choc, ce peut être une crise. En plus de ça, il y aurait de bonnes émotions et de mauvaises émotions; du emotionally correct!

On tombe malade quand notre merveilleux corps et notre esprit infini ne tiennent plus le coup. Ils ont compensé autant comme autant; là, ils ne se peuvent plus. Si nous prenons pour hypothèse que nos émotions et nos gènes sont impliqués dans notre santé, nous devons aussi tenir compte de la pollution, de l'environnement en général, des décisions de santé publique, bref, un ensemble de facteurs qui ne dépend pas de nous. Comment savoir, quand on tombe malade, ce qui dépend de nous? Parfois, c'est évident, une personne qui a le rhume vous rend visite pour ne pas se désister et vous rend amicalement malade. Mais vous vous dites: «J'ai attrapé le rhume et pas ma douce moitié, alors quel est le sens de ce rhume?»

Tout un courant de pensée affirme haut et fort que notre pensée a le pouvoir de tout régler: la maladie, la santé, les problèmes psychologiques. Ryke Hamer, dont j'ai parlé dans cette chronique, est convaincu qu'un grand choc émotionnel peut devenir un cancer.

Il est attirant de penser que le cerveau a le pouvoir de tout, ne nous a-t-on pas assez dit qu'on n'utilisait qu'un dixième de notre potentiel, que ce siècle que nous amorçons serait celui des découvertes du cerveau? Que la pensée pouvait nous soigner de nos maladies — et on voudrait le croire, comme on voudrait le croire! C'est le fantasme par excellence, le type dans Star Trek qui met la main sur la plaie qui guérit, un Jésus du futur qui est juste plus avancé que nous, nous aussi, un jour...

Il est vrai que lorsqu'on va chez le psy, c'est par la parole, les pensées, que l'on soigne. Depuis Freud, on sait le pouvoir guérissant de la parole sur la maladie physique — dans son temps, c'était l'hystérie; curieux que ce soit complètement disparu, non? Des symptômes qui se résorbent quand on a dit la parole juste, ça existe. Françoise Dolto a donné beaucoup d'exemples avec les enfants, elle a tellement répété qu'il est important de dire le vrai. Le pouvoir des mots est incontestable; les idées ont certainement aussi un grand pouvoir sur notre état d'être.

Récemment, cependant, une étude américaine démontrait que quel que soit l'état d'esprit, l'issue d'un cancer ne changeait pas — ce qui a fait bondir Alastair Cunningham, un spécialiste qui a travaillé toute sa vie à montrer combien l'attitude mentale importait et à aider les gens à faire leur chemin (on trouve son livre, Vivre avec son cancer, chez Yva Peyret éditeur, diffusion Raffin).

Mais entre travailler sur nos idées, nos noeuds, tenter d'être positif malgré tout et penser que tout est de notre faute, il y a une marge.

On peut assumer sa responsabilité sans se sentir coupable: responsable n'est pas coupable! Si on voit la maladie comme une défaite, un échec, est-ce qu'on se pense très très fort? Ou est-ce la croyance qu'avoir été bien et bon, avoir tout fait correctement, qui nous donnerait la santé en récompense? On manque peut-être un tout petit peu de réalisme?

Alors, certains d'entre nous, à l'annonce du verdict, revêtent l'habit du malade et deviennent, dans leur pensée d'abord, puis dans leur comportement, le malade: l'archétype qui s'incarne. Peut-être qu'afin d'éviter de se sentir coupable évite-t-on d'assumer notre pouvoir face à notre état?

Car on peut accepter sa maladie en se disant qu'on a fait du mieux qu'on pouvait, mais bon. En se renseignant, en devenant actif, on regagne un certain pouvoir sur soi, on assume, quoi, on n'est pas perclus de culpabilité. La culpabilité noue les entrailles, piège les émotions, c'est un cul-de-sac psychologique, demi-tour, ça presse!

«Faudrait» est le premier mot à éliminer pour se débarrasser de la culpabilité. «J'aurais donc dû», la première expression à bannir. «J'aurais pu», «je pourrais» remplacent aimablement les deux fauteurs de trouble. Gardons la culpabilité pour les procès, notre vie n'en est pas un.

Un site sur l'effet pervers de ce poison insidieux: http://www.egowell.com/devpersonnel/survivre/culpabilite.htm.