Voyages: L'attrait des musées

Si vous ne l'avez encore fait, allez au Musée du Québec, dans la Vieille Capitale. Pour paraphraser le célèbre guide, l'exposition consacrée à Suzor-Côté vaut le déplacement. Dépêchez-vous, l'événement se termine le 5 janvier... avant de se poursuivre, à Ottawa, au Musée des beaux-arts du Canada. Mais connaît-on bien la force d'attraction touristique des musées?

En voyage, où allez-vous ? Même dans une destination soleil, ne quittez-vous pas la plage et ses palmiers, ne serait-ce qu'un après-midi, pour aller faire un tour au marché local et — pourquoi pas ? — pour visiter le musée le plus proche, histoire de vous familiariser un tant soit peu avec les us et coutumes du cru ?

Les musées, ce sont à la fois la mémoire, le miroir et la vitrine des sociétés. Qu'ils s'intéressent à la danse, à la numismatique ou aux plus humbles métiers, ils expriment, à travers le temps et l'espace, les préoccupations des hommes devant les problèmes de survie quotidienne comme en face des grandes questions métaphysiques.

Qu'ils soient logés dans d'anciens palais ou dans de modestes édifices, les musées revêtent une évidente dignité. Quel que soit leur décor, ils sont des témoins, et leurs visiteurs le savent. Certes, on leur a longtemps reproché — non sans fondement, d'ailleurs — d'être des lieux d'ennui où la poussière s'accumule avec la paresse des ans. Mais les choses ont changé.

N'avez-vous pas déjà, dans un musée, ressenti ce frisson, celui de vivre un moment de grâce ? À la chapelle Sixtine, au Musée d'Orsay ou à la Tate Gallery ? Devant une toile de Goya au Prado ? N'avez-vous pas été fier d'appartenir au genre humain, malgré toutes ses faiblesses, ses défauts et lâchetés ? N'avez-vous pas, en sortant d'un musée, le goût de croire, encore une fois, en un avenir meilleur, sinon radieux ?

N'est-ce pas pour routes ces raisons que les musées sont courus par les touristes, partout sur la planète ? Au delà de la curiosité, du désir d'apprendre, de satisfaire une soif de culture, au delà des différences façonnées par les distances et les siècles, les musées ne sont-ils pas des lieux de reconnaissance de l'homme ? Des lieux où la diversité exprime la profonde unité de l'homo sapiens ?

Chaque semaine, je reçois par la poste ou par courriel des tas de communiqués annonçant à New York, à Rio, au Caire, une exposition d'envergure qui, à en croire ses promoteurs, est de nature à attirer des milliers de visiteurs.

Poudre aux yeux ? Excès de langage ? Stratégie de marketing ? Convenons que non, car les musées confirment de plus en plus leur grand pouvoir d'attraction.

Voyons du côté d'Amsterdam. Le 2 novembre dernier, la métropole des Pays-Bas a célébré sa troisième Museumnacht, ou Nuit des musées. De 19 h jusqu'à deux heures du matin, trente musées ont ouvert leurs portes en offrant, au surplus, un forfait qui permettait d'aller gratuitement de l'un à l'autre grâce à un service de navette, en bus ou en tram. Ce fut un succès boeuf.

Cet hiver, deux expositions retiennent l'attention. La première se déroule jusqu'au 12 janvier au Musée historique juif, avec pour thème Marc Chagall et le théâtre juif : s'y retrouvent les énormes décors que l'artiste a peints en 1920 pour le Théâtre juif de Moscou de même que des toiles, dont Le Violoniste, datant de sa jeunesse.

La seconde, qui se tiendra entre le 13 décembre et le 21 avril, présentera en quelque sorte à la Nieuwe Kerk (la Nouvelle Église) le trésor des Stroganoff, richissime famille de l'ancienne Russie dont la « fabuleuse » collection d'oeuvres d'art emplissait ses somptueux palais de Saint-Pétersbourg.

Revenons au Musée de Québec. Plusieurs de ses expositions sont restées dans les esprits : en seulement 25 jours, Les Trésors de Toutankamon ont attiré 105 000 visiteurs en 1964, Jean-Paul Lemieux, 135 000 visiteurs en 1992, Ozias Ledux, 102 000 visiteurs en 1996, Borduas, 169 000 visiteurs à l'été 2000. La palme appartient cependant à Rodin à Québec, qui a enregistré 524 273 entrées dûment comptées.

Autant d'expositions qui ont été des événements touristiques, avec des retombées en conséquence. Selon des études commandées par le Musée, l'exposition Tissot - Les beautés de la vie moderne (91 000 entrées) a entraîné en 2000 des dépenses de 10,3 millions de dollars de la part des visiteurs de l'extérieur de la région de Québec. La même année, pour l'exposition Krieghoff (113 000 entrées), ces dépenses ont totalisé 5,2 millions de dollars.

Examinons maintenant le profil de la clientèle de l'exposition Bourdelle qui s'est terminée le 15 septembre. L'enquête menée par la maison SOM révèle que, si 37 % des 135 000 visiteurs étaient de la région de Québec, 25 % provenaient de Montréal et de ses environs, 16 % d'autres régions de la province, 13 % des États-Unis, 6 % du reste du Canada et 3 % d'ailleurs dans le monde. Autrement dit, 63 % d'entre eux étaient des touristes.

Dans des proportions respectives de 58 % et de 37 %, ils ont logé dans un établissement hôtelier ou chez des parents ou amis. Fait significatif : 35 % d'entre eux étaient venus à Québec pour voir une ou des expositions, ce qui exprime bien à quel point les musées, et celui du Québec en particulier, forment un « pôle d'attraction important ».

L'exposition Suzor-Côté, lumière et matière, qui rassemble 142 oeuvres d'un artiste polyvalent et encore largement méconnu du grand public, s'inscrit dans cette foulée. À cet effet, l'Office du tourisme et des congrès de Québec (www.regiondequebec.com) l'a inscrite au nombre des événements marquants de sa saison d'hiver et propose des forfaits qui s'y rattachent.

Ça allait de soi.