Perspectives - Haro sur les conseillers

Drôle d'enquête que celle d'Option consommateurs sur la compétence des conseillers financiers. Drôle de conclusions, aussi, que celles publiées dans la dernière édition du magazine Protégez-Vous. Il appert que l'incompétence règne en maître et que la moitié des conseillers ne passent tout simplement pas le test.

Option Consommateurs et Protégez-Vous nous ont pourtant habitués à plus de rigueur. Et dire que l'enquête est subventionnée par l'Autorité des marchés financiers! On a choisi 39 «représentants en valeurs mobilières», à l'emploi des grandes institutions financières. Un vaste échantillon, donc, pour conclure à l'incompétence de la moitié des 31 000 membres que coiffe la Chambre de sécurité financière. Des membres que l'on retrouve tant à l'emploi des grandes institutions financières que chez des courtiers et en cabinet. Des membres coiffés de titres aussi variés que «conseiller en sécurité financière», «représentant en épargne collective ou en assurances» ou encore «planificateur financier».

Que dire de la note de passage: 66 %? Avec une note de 65 % ou moins, la moitié des 39 «représentants en valeurs mobilières» ont échoué au test des enquêteurs. On aurait fixé la note à 60 % que le taux d'échec aurait été de 35 %. Avec une note de 50 % ou moins, ce taux d'échec aurait été de 25 %. Mais bon, il appert que la barre séparant la compétence de l'incompétence est à 66 %.

Connaître son client

Restent l'enquête et ses conclusions, basées surtout sur le sacro-saint principe consistant à bien connaître son client. Un principe qui constitue pourtant la base ou le coeur du travail du conseiller. Yves Bonneau, rédacteur du magazine spécialisé Objectif Conseiller, a dénoncé l'enquête, ses prémisses et ses balises. Il a réagi aux conclusions dévoilées par Protégez-Vous le 19 septembre dernier en apportant, à juste titre, une nuance importante. La règle consistant à bien connaître son client s'applique à l'ouverture du compte, et à une rencontre d'information ou à un entretien uniquement de prospection. «Tant que le client potentiel n'a pas formellement ouvert de compte, le conseiller n'a pas à dresser le portrait complet de sa situation financière», a-t-il souligné.

Dans le cadre de l'exercice, quatre enquêteurs d'Option Consommateurs ont rencontré 39 «représentants en valeurs mobilières». Selon ces derniers, la rencontre n'a duré que 30 minutes. L'enquêteur s'est présenté en disant bien qu'il magasinait et il n'avait apporté aucun papier. En quittant, le client potentiel a laissé un faux numéro. Donc, impossible pour le représentant de faire un quelconque suivi ou de corriger le tir, au besoin.

En première réaction aux conclusions de l'enquête, la Chambre de sécurité financière, qui est responsable de la formation et de la déontologie des conseillers actifs sur le territoire québécois, avait indiqué qu'elle allait demander à son syndic de procéder à sa propre enquête. «Nous sommes très surpris», avait commenté au Devoir Luc Labelle, vice-président de la Chambre. «Il s'agit vraiment d'une exigence de base, inscrite dans la loi et dans le code de déontologie des disciplines de valeurs mobilières. Nous prenons ça vraiment au sérieux.»

Pas d'enquête

Au magazine Objectif Conseiller, Luc Labelle a indiqué que la Chambre fait marche arrière. Qu'il n'y aura pas d'enquête du syndic, compte tenu du manque de rigueur d'Option consommateurs dans ce dossier. Ce sera pour une prochaine fois.

Un syndicat s'était pourtant inspiré de l'annonce du mandat confié au syndic pour demander à la Chambre ou à l'Autorité des marchés financiers de profiter de cette enquête sur les pratiques des conseillers financiers pour remettre en question les modes de rémunération des institutions financières soumettant leurs conseillers à des cibles quantitatives. «Dans plupart des institutions, le niveau et le rythme de production ne sont plus déterminés par la demande des clients mais plutôt par la haute direction des institutions. Le rendement des employés n'est plus évalué sur la qualité du travail mais plutôt sur l'atteinte d'objectifs quantitatifs. [...] Le tout s'accompagne d'un nouveau mode de rémunération individualisé. Si les objectifs ne sont pas atteints, les salariés risquent de ne recevoir aucune augmentation du salaire annuel et de se voir privés du versement de bonis. De plus, si les chiffres ne sont pas jugés satisfaisants par la direction, les employés craignent de perdre leur emploi.»

Le syndicat a repris les conclusions d'un sondage mené l'an dernier auprès de ses membres, selon lesquelles 80 % des 1585 répondants demandaient au syndicat de revoir avec l'employeur, dans la négociation en cours au sujet de leurs conditions de travail, tout le système de gestion du rendement basé sur des objectifs individuels.

Cela aussi, ce sera pour une prochaine fois.

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