Hors-jeu: Choses graves

Vous l'en excuserez certainement puisque vous avez le coeur sur la main et l'autre tendue, mais l'auteur de ces quelques lignes est un peu à côté de ses pompes depuis qu'entre deux matchs de football américain devant lesquels il ronronnait d'une quiétude proche de l'assoupissement, il a appris de la bouche même de M. Landry que des «choses graves» allaient se produire si. Si quoi, il ne sait pas trop, il croit que c'est une question de transfert du compte d'épargne instable au compte pour opérations et que M. Landry est en fusil de ne pas avoir le NIP.

En fait, si on décortique les accents toniques de M. Landry, il s'agirait de faire connaître une légitime indigNATION devant une machiNATION qui illustre une forme de domiNATION confinant à l'abomiNATION et doit être combattue avec détermiNATION jusqu'à son élimiNATION avant que le Québec, comme à la suite d'une trépaNATION ou d'une contamiNATION, ne sombre dans l'hiberNATION. Mais chose certaine, il y aura des choses graves.

Ça ne vous fout pas par terre, vous? À moins que vous n'ayez déjà été foutu par les choses graves qui ont cours dans le merveilleux monde du sport®? (En plus d'être ª, ai-je appris en regardant Claude Mailhot questionne, le merveilleux monde du sport est aussi ®. Rusé, le salaud.)

Car il s'en passe, des choses graves. Prenez celle-ci, par exemple: après que nos Expos eurent rendu public leur calendrier préliminaire 2003 qui comprend 22 matchs locaux à Puerto Rico, l'Association des joueurs du baseball majeur a dit quelque chose qu'on pourrait rendre par «les nerfs Albert» ou «pas si vite Brigitte» ou «c'est pas comme ça que je t'ai élevé Hervé». C'est qu'aucune entente, nécessaire dans ce type de semi-déménagement à la con, n'est intervenue quant à... oui, quant à, vous allez voir que c'est grave, quant à... l'argent des repas pour les joueurs.

Ben quoi, pour jouer de la grosse balle, il faut manger du bon manger, et à un ou deux millions $US de salaire, il y a déjà l'épicerie à payer et le 1 1/2 en demi-sous-sol dans le Centre-Sud, on ne peut pas les laisser se démerder comme ça. (Remarquez, il y a aussi en litige les frais de déplacement des familles et l'emplacement d'une journée de congé en septembre. Bref, Newton lui-même n'aurait pu calculer autant de gravité.)

Toutefois, par ailleurs, nos Expos ont un avenir radieux, car les ligues majeures ont mis sur pied un comité de sages — full sapience, comme qu'on dit — chargé de déterminer ce qu'il leur arrivera à compter de 2004. Or parmi les membres du comité, on retrouve Jerry Reinsdorf, propriétaire des White Sox de Chicago. Reinsdorf, un visionnaire dont l'équipe piétine depuis au moins dix ans, avait été un proche allié et conseiller de Claude Brochu pendant les mois menant à la grève de 1994 qui avait privé les Expos d'une participation certaine aux séries éliminatoires et forcé le premier solde d'après-incendie (Walker, Grissom, Wetteland, Hill). Or ce faucon, tenant de la ligne dure, s'était viré de bord aussitôt la nouvelle convention collective signée, en 1995, et avait consenti un contrat de 10 millions $US par saison à Albert Belle, dont je vous invite à aller consulter les statistiques dans votre encyclopédie. Einstein lui-même n'aurait pu calculer autant de génie.

Aussi membre du comité: Wendy Selig-Prieb, une intellectuelle de choc qui a de qui tenir puisqu'ainsi que l'indique son demi-nom, elle est la fille de Bud «B.S.» Selig, le commissionnaire du baseball. En septembre dernier, Selig-Prieb a démissionné de la présidence des Brewers de Milwaukee — laissés en fiducie par papa —, une équipe aux remugles de dynastie qui n'a pas participé aux séries depuis 1982, n'a pas joué au-delà de ,500 depuis 10 ans et a subi plus de 100 défaites la saison dernière. Le tout dans un stade tout neuf, le Miller Park, construit à coups de crosses avec des fonds publics, un stade muni d'un toit qui prend l'eau comme on l'a constaté au match des Étoiles, un stade qu'on ne parvient plus à remplir suffisamment après deux ans, et où la principale attraction publicitaire consiste en une course de saucisses entre les manches.

Formidable, en vérité. Vous dire, si je n'avais crainte d'être taxé de plagiat dans une société où le fardeau fiscal incite déjà à ployer dessous, j'utiliserais un seul mot pour décrire le sentiment que devrait susciter en chacun de nous la conduite des affaires du baseball majeur: fasciNATION.



Et quelques petites nouvelles graves pour compléter.

Le porteur de ballon des Cardinals de l'Arizona Thomas Jones a été suspendu par son équipe pour le reste de la saison après s'être fracturé une main. Jones a affirmé qu'il s'était infligé cette blessure «en répondant au téléphone».

Le joueur de snooker anglais Willie Thorne a lancé sa propre ligne de sous-vêtements masculins, qui porteront l'étiquette «Big Willie». Sûr de la réussite dans un pays où le billard est vénéré, un grand magasin de Londres a déjà acheté 20 000 exemplaires de Big Willie. Les caleçons sont disponibles en tailles allant de «petit» à «Mr. Maximum».

Un ancien professeur d'école primaire du Colorado, décédé récemment à l'âge de 96 ans, a laissé la somme de 40 729,88 $US en héritage à Ralphie, le bison vivant qui sert de mascotte à l'équipe de football de l'université du Colorado.

Et puis et puis et puis, les 13 et 14 décembre prochain auront lieu à Söll, une station hivernale d'Autriche, les Ski World Championships for Blondes. Pour participer à la compétition, trois conditions, mentionne l'office de tourisme du Tyrol: «être sportive, être vite sur ses skis, et être blonde». Les dames qui voudraient s'inscrire dans la catégorie Master Class mais que la nature a dotées d'une crinière plutôt foncée pourront se prévaloir sur place d'un service de teinture, alors que les moins prêtes à faire le grand saut pourront se munir d'une postiche et concourir en Wig Category. La gagnante du Master Class remportera de son côté un voyage... en Suède.

C'est ça qui est ça.

jdion@ledevoir.com