Fonds d'investissement: Rendement et frais de gestion

Dans les discussions sur le placement en général et plus spécifiquement sur les produits, les fonds communs sont souvent montrés du doigt pour deux raisons: les frais de gestion, trop élevés, et les rendements, «trop» médiocres. Ces reproches sont-ils fondés?

Dans ma pratique quotidienne, j'observe que la critique sur les frais de gestion vient surtout des investisseurs fortunés qui possèdent souvent des portefeuilles importants. Comme ces investisseurs font plus de placements que les petits investisseurs, ils déboursent davantage pour leurs frais de gestion. C'est tout à fait compréhensible qu'ils trouvent les frais de gestion trop élevés.

Il faut cependant évaluer les services que l'investisseur reçoit. En effet, les familles de fonds doivent se livrer à certaines tâches: la mise en marché d'un produit dans un environnement très concurrentiel, la gestion de l'avoir des investisseurs, le service à la clientèle, dans certains cas exceptionnellement efficace, le service de consultation fiscale, la production de documents fort pertinents sur le monde du placement, la production d'états financiers et de prospectus, l'émission de documents simples et efficaces pour la production des rapports fiscaux annuels.

De plus, l'observation générale nous enseigne qu'un produit ou un service qui est trop cher n'arrive jamais à percer le marché. Ce n'est pas le cas pour les fonds communs de placement: leur popularité ne se dément pas. Finalement, c'est le rendement qui va nous éclairer sur la pertinence des frais de gestion.

Le rendement des fonds: satisfaisant?

L'autre aspect le plus critiqué, en ce qui concerne les fonds communs de placement, touche le rendement que les gestionnaires obtiennent sur les sommes que les investisseurs leur confient. Qu'en est-il, au juste?

Tout d'abord, le risque. Comparés à l'indice composé TSX, les fonds d'actions canadiennes sont à environ 24 % moins risqués que nos indices de référence: c'est énorme, et, pour l'investisseur, ce sera la différence entre bien dormir et se réveiller à quelques reprises au cours de la nuit. Puis, le rendement. Un reproche qu'on fait souvent aux fonds communs de placement, c'est la difficulté d'évaluer la moyenne de tous les fonds sur de longues périodes, puisque de nombreux fonds, et souvent des fonds effectivement peu recommandables, ont disparu depuis. C'est un fait.

Cependant, ceux qui font cette critique oublient que ces fonds disparus représentent des sommes négligeables, et il ne vaut même pas la peine qu'on s'y arrête. Il faut savoir qu'un fonds qui disparaît, avec un actif sous gestion de moins de cinq millions, et ce, dans un univers de plus de 131 milliards, ne peut influencer les résultats.

Allons un peu plus loin: sur 915 fonds d'actions canadiennes, au 31 octobre 2002, 108 avaient moins d'un million en actif sous gestion. Quel est le problème? Dans le calcul du rendement pour la moyenne des fonds d'actions canadiennes, ces petits fonds sont considérés avec la même importance que les gros fonds. Et pourtant, ils ne représentent qu'une goutte d'eau en matière d'actif.

Notre directeur de recherche, Alexandre Lebrun, a comparé le rendement moyen des 50 plus gros fonds d'actions canadiennes: ils constituent plus de 57 % de l'actif de cette catégorie. Il n'a pas nécessairement choisi les meilleurs, seulement les plus populaires. L'ensemble de ces 50 fonds représente un actif sous gestion de 75 milliards. Or, sur 15 ans, les frais de gestion inclus, ils ont obtenu un rendement annualisé de 8,9 % par année, comparativement à 7,6 % pour notre indice de référence. Battu de 1,3 %!

Sur deux ans, l'indice a produit un rendement annualisé de -18,2 %, les 50 fonds retenus, -7,4 %. L'indice battu par plus de 10 % par année. C'est quand même plus intéressant pour l'investisseur. Et, ne l'oublions pas, nous tenons compte ici des frais de gestion que certains investisseurs trouvent trop élevés... Sur de courtes périodes, admettons-le, les baisses de marché comme nous connaissons actuellement favorisent les fonds communs de placement au détriment des indices. Sur de longues périodes, les fonds communs de placement battent également les indices.

Le risque associé aux fonds d'actions canadiennes est d'environ 24 % moins élevé que nos indices de référence: une différence qui vous permettra de mieux dormir dans certains cas. Si l'on tient compte du risque et du rendement, les gestionnaires deviennent alors très intéressants, et dans la majorité des cas, on peut conclure que leurs frais de gestion sont justifiés. Mais comme vous, je préfère toujours quand c'est «moins cher».

La différence entre les rendements obtenus selon mes données et ceux de votre portefeuille, si vous ne les obtenez pas, c'est la période de détention. Trop souvent, les investisseurs ne bénéficient pas de ce rendement avec leur portefeuille puisqu'ils font trop de transactions. Ils achètent et vendent au mauvais moment. Les familles de fonds sont aussi en partie coupables: elles ont tendance à promouvoir un fonds quand les rendements à court terme sont très élevés. Alors, faites comme mon «ami» Warren Buffet, achetez, conservez (la patience est une grande vertu) et dormez bien.