Attention, ours polaires en danger

L'ours polaire (Ursus maritimus) est le dernier grand carnivore terrestre qui occupe encore l'entièreté de son habitat d'origine et qui affiche une population assez proche de ce qu'elle était avant l'ère préindustrielle. Mais après les pandas, éléphants, tigres, rhinocéros et autres, d'importantes menaces pèsent sur son avenir, ce qui renvoie cette fois-ci le sort de ce grand fauve dans notre cour puisque la région de la baie d'Hudson abrite une des populations les plus importantes au sud de la planète mais aussi une des plus menacées à court terme, même s'il s'agit probablement de la dernière mer du globe que l'on peut encore qualifier de vierge.

Le Fonds mondial pour la nature, aussi connu sous le nom de World Wildlife Fund (WWF), publiait la semaine dernière un bilan sur l'écologie d'Ursus maritimus qui, comme son nom latin le fait davantage ressortir, vit sur la mer et, surtout, de la mer.


Si la chasse par les peuplades autochtones et les sportifs a historiquement constitué une sérieuse menace de surexploitation, aujourd'hui contrôlée, les changements climatiques imposent aux ours polaires des stress d'une ampleur telle que plusieurs scientifiques pensent que la survie de l'espèce est menacée à long terme. Ou, du moins, que ce cheptel pourrait se réduire à quelques individus d'ici une centaine d'années.


On trouve des ours polaires aux quatre coins de la calotte polaire et des territoires voisins, jusque dans le nord du Québec, de l'Ontario et du Manitoba, deux provinces qui, elles, ont eu le souci d'y protéger ces populations fragiles avec de vastes parcs. On établit à quelque 22 000 la population mondiale d'ours polaires, qui se répartissent en 20 populations distinctes par l'habitat et les moeurs. Environ 60 % de tous les ours polaires de la planète se retrouvent au Canada, ce qui confère une responsabilité unique à notre pays si récalcitrant à passer à l'action dans le dossier des changements climatiques.


Selon l'étude du WWF, le réchauffement du climat et les effets de la pollution toxique sur la santé et la capacité de reproduction de ces grands fauves blancs risquent fort de mettre en péril non seulement les ours mais aussi les proies dont ils dépendent, notamment, en tête de liste, le phoque annelé.


Déjà, dans la baie d'Hudson, les chercheurs ont pu observer des signes tangibles du réchauffement en cours parce que le couvert de glace y est beaucoup moins épais et dure par conséquent moins longtemps qu'auparavant. Or c'est la présence de ce couvert de glace qui permet aux ours d'utiliser la banquise pour débusquer en mer les phoques qui profitent des trous pour respirer en surface et qui utilisent les glaces pour mettre bas leur progéniture. Les ouvertures dans les glaces permettent aussi à ces ours de 300 à 800 kilos de s'attaquer même aux morses, voire à des narvals. Lorsque les glaces fondent, les ours polaires sont confinés aux rivages, du début de l'été jusqu'à l'automne. Ils jeûnent alors de trois à quatre mois en vivant de leurs réserves de graisse. Dans certaines régions, on a vu des ours vivre jusqu'à huit mois grâce aux réserves accumulées sur la banquise.


La famine avec laquelle ils sont aux prises en été a plusieurs impacts sur leur santé mais surtout sur les nouveaux-nés, encore au stade de l'allaitement pour une période qui dure en général deux ans et demi. À la baie James, un chercheur a noté une baisse de dix kilos des réserves de graisse pour chaque semaine supplémentaire que dure la saison sans glace! La santé des mères et des petits en était tout particulièrement affectée.


Ces premières constatations sont d'autant plus alarmantes pour cette espèce que les modèles prévisionnels prévoient que nulle part sur la planète les effets des changements climatiques seront aussi importants que dans le Grand Nord. On y prévoit un réchauffement moyen qui pourrait dépasser 30 °C d'ici 100 ans. Depuis 30 ans, les sous-mariniers ont noté une importante diminution de l'épaisseur de la banquise arctique. Or, depuis le début du siècle dernier, le climat de l'Arctique canadien s'est réchauffé en moyenne de 5 °C. Depuis 1992, d'autres chercheurs ont noté une diminution de 10 % du couvert neigeux dans l'ensemble de l'hémisphère nord. Quant à la glace, qui intéresse davantage Ursus maritimus, entre 1978 et 1996, Parkinson et al. ont observé une réduction de la surface du couvert arctique de 3 % pendant que Vinje observait l'an dernier une réduction de 33 % dans la mer du Nord.


Ces changements pour le moins draconiens ne vont pas ralentir: deux des modèles prévisionnels les plus solides prévoient une réduction encore plus importante de l'épaisseur de la banquise et surtout de son étendue sur les mers arctiques, qui pourrait fondre de 80 % d'ici 50 ans. Gordon et O'Farrell, de leur côté, ont prédit en 1997 que le doublement de la concentration de CO2 atmosphérique, en vue d'ici environ 50 ans, fera passer le nombre de journées sans glace dans le Grand Nord de deux à cinq mois par année. En somme, les ours vont devoir jeûner beaucoup plus longtemps et, pour la même raison, voir leurs proies dépérir le reste de l'année.


L'adoucissement du climat arctique devrait par ailleurs y augmenter la fréquence des pluies et des redoux. Ce phénomène pourrait, note l'étude du WWF, mettre à découvert les mères qui creusent leur ouache (abri) dans la neige ou dans des coteaux meubles, susceptibles de s'effondrer en cas de dégel hâtif. Les petits, qui naissent pendant l'hibernation de la mère, vont ainsi se retrouver dans un milieu totalement hostile. Ceux qui survivront devront composer avec un taux de mortalité de 40 % en raison de la famine d'été imposée aux mères par le climat.


D'autre part, de récentes recherches indiquent que les ours polaires sont aussi aux prises avec des taux alarmants de contaminants. Ils mangent en effet des phoques qui, eux, mangent beaucoup de poissons, eux-mêmes contaminés par la chaîne alimentaire si prolifique de ces mers froides. Pour l'instant, les chercheurs n'ont pas réussi à circonscrire les impacts globaux des métaux lourds, des polluants organiques persistants (POP) et des isotopes radioactifs relevés chez les ours polaires. Mais des études donnent à penser que leur système immunitaire se ressent déjà de ces contaminants, tels le mercure et les BPC en provenance de nos régions industrielles. L'exploitation croissante des gisements de pétrole en mer et le transport maritime font peser d'autres périls sur les ours polaires: ils se contaminent mortellement en léchant le pétrole sur leur pelage ou en mangeant des proies engluées.


La chasse, qui a un temps menacé de surexploitation cette espèce, est aujourd'hui contrôlée, et la plupart des 20 populations connues sont stables, ou presque. Seuls le Groenland et la Russie ne contrôlent pas la chasse avec des quotas vérifiés. En Amérique, en Europe et en Asie, on assassine désormais les ours en appuyant non pas sur la détente mais sur le commutateur et l'accélérateur!

- Saumons: Québec a pris la décision de prolonger la période de consultation sur le projet d'entente avec les Micmacs de Gespeg sur la pêche au saumon dans les trois rivières de la baie de Gaspé. Là où on projetait de réintroduire les filets, un engin de Blancs présenté comme une activité traditionnelle autochtone... L'entente ne sera donc pas signée cette année. On dit que les volontaires de la ZEC, jamais impliqué dans cette négociation, songent à remettre la gestion des trois rivières au gouvernement.

- Oiseaux: «Études d'oiseaux Canada» — ça ne vole pas haut en traduction! — lance un programme de suivi des oiseaux nicheurs au pays, en particulier sur la faune ailée urbaine. On s'informe, on s'inscrit et on envoie ses rapports par Internet au www.bsc-eoc.org/national/nestwatchfr.html.