Médias - Portrait de groupe avec quelques épines

Les Québécois croient que les annonceurs ont une influence importante sur le travail accompli par la presse. Près de la moitié d'entre eux croient également que les médias ne disent pas la vérité.

Ils estiment également que le fait que TVA, Vidéotron, Le Journal de Montréal, plusieurs magazines et bientôt CKAC appartiennent au même propriétaire peut avoir un impact négatif sur la qualité de l'information diffusée au Québec.

Et à peine le tiers d'entre eux considèrent que les journalistes sont avant tout au service du public.

Voilà qui devrait décourager les journalistes, qui frôlaient la crise existentielle cette fin de semaine à Québec à l'occasion du congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).

Mais, en même temps, les Québécois sont majoritairement satisfaits de la qualité de l'information qu'on trouve dans les médias et ils estiment que les médias jouent bien leur rôle quand il s'agit de préserver la démocratie. Donc il y a de l'espoir!

Ces données sont issues d'un sondage (réalisé pour la FPJQ par Léger Marketing auprès de 1000 personnes) rendu public samedi midi au congrès de la FPJQ. Ce sont des données qui peuvent sembler contradictoires, mais, dans le fond, elles illustrent ceci: les Québécois aiment bien leur médias, ils ne peuvent s'en passer... mais ils en sont plutôt critiques.

À l'occasion de ce congrès les sujets des ateliers donnaient en soi une idée des inquiétudes des journalistes eux-mêmes devant l'état de leur profession: un atelier portait sur les manquements de la presse financière et un autre sur l'ignorance scientifique des journalistes. Tandis qu'un atelier étudiait aussi les glissements éthiques, un autre se demandait qui devrait porter le titre de journaliste.

Michel C. Auger, un ancien président de la FPJQ, résumait ainsi les trois grands maux actuels de la profession: la concentration des médias, la précarisation de l'emploi (avec le nombre grandissant de pigistes qui peinent à faire reconnaître leurs droits les plus élémentaires) et les dérives déontologiques en tous genres (le sensationnalisme en étant une).

On sait que la direction de la FPJQ avait lancé l'idée de demander au gouvernement d'adopter une loi pour faire reconnaître le titre de journaliste professionnel. Cette idée a été abandonnée par les participants à ce congrès. Mais les problèmes qu'une telle loi voulait régler demeurent réels, et la FPJQ reprendra maintenant la réflexion sur d'autres bases.

On aura l'occasion d'y revenir, mais, en attendant, on peut analyser quelques données du sondage pour mieux comprendre comment le public juge l'actuel travail journalistique.

Ce sondage indique que pour 57 % des répondants la télévision est la principale source d'information, après les journaux (26 %), la radio (10 %) et Internet (4 %). Malgré tout ce qui a été dit et écrit sur l'impact d'Internet, la télévision demeure donc la véritable reine. Selon le sondeur Christian Bourque de Léger Marketing, le marché québécois est maintenant très similaire à celui de l'Amérique sur cet aspect, alors qu'il y a quelques années les sources d'information étaient plus diversifiées.

Une des données les plus intéressantes de ce sondage concerne la place des informations internationales. Interrogés sur les sujets ou les types de nouvelles qui les intéressent le plus, les répondants ont en effet indiqué à 16 % les «nouvelles locales et régionales», ce qui correspond à une tendance connue, mais 14 % ont répondu les nouvelles internationales, en deuxième place, devant le sport (11 %), la politique (10 %), les nouvelles nationales, la culture-arts-spectacles, l'économie-finances et la santé. Et lorsqu'on leur demande si les médias québécois offrent trop ou pas assez d'informations internationales, 54 % répondent «juste assez» et 36 % «pas assez». Seulement 7 % estiment qu'il y en a trop.

On ne peut pas dire que les médias québécois ait consacré beaucoup d'énergie aux informations internationales ces dernières années. Mais depuis le 11 septembre 2001, ce besoin s'exprime très clairement dans le public, et les médias ont bien été obligés de reprendre le train de l'international.

Par ailleurs 53 % des répondants jugent que le fait que Quebecor possède tout un ensemble de médias d'information (c'est l'exemple qui avait été donné dans le sondage) a un impact «négatif» sur la qualité de l'information (29 % répondent «aucun impact» et 14 % un impact «positif»). Il semble donc que, sur la question de la concentration des médias, les Québécois voient plus clair qu'on ne le pense...

Ils sont également 66 % à répondre que les annonceurs ont une influence sur le travail accompli par la presse. Ce jugement est très sévère, car les journalistes peuvent témoigner que cette influence n'est pas si importante dans leur quotidien. Peut-être le public a-t-il voulu aussi juger l'envahissement de l'espace médiatique par la publicité et exprimer un ras-le bol plus général envers la pub.

Ils sont également 41 % à croire que les médias ne disent pas la vérité. Et si 27 % des répondants croient que les journalistes sont au service du public, 29 % croient qu'ils servent d'abord leurs propres intérêts et 38 % qu'ils servent d'abord leur entreprise.

Terminons sur une fleur: 77 % des Québécois croient malgré tout que les médias jouent bien leur rôle pour préserver la démocratie, et 80 % sont plutôt satisfaits de la qualité de l'information.

pcauchon@ledevoir.com