Télévision: Le retour de la Queen Mom

"Céline, j'pense que tout d'abord bonsoir." C'est avec cet accueil sincère que s'est ouvert dimanche l'hommage local à la Queen du pop, diffusé sur les ondes de la SRC. Véronique Cloutier, l'animatrice de cette édition spéciale de La Fureur, recevait Céline Dion, vedette internationale de la couche-culotte, afin de célébrer son retour après deux ans d'absence. Des milliers d'admirateurs ainsi que plusieurs invités plus ou moins spéciaux avaient été réunis en guise de décor dans un aréna montréalais qui porte le nom d'une bière sans goût.

"C'est des beaux souvenirs en plusse", de s'émouvoir la chanteuse, devant qui l'on ressortait ses vieux succès jalonnant vingt ans de carrière. Un public conquis d'avance a pu remonter le temps depuis Ce n'était qu'un rêve, jadis composée par maman Dion entre deux platées de sandwiches au beurre de pinottes et aux bananes (consultez la recette dans notre supplément cuisine), jusqu'au plus récent A New Day Has Come, une soupe dont l'actuelle offensive médiatique vise à promouvoir les ventes.

La compétition amicale qui caractérise l'émission La Fureur n'était pas en reste puisque toutes les chansons soumises aux concurrents portaient le sceau de la Diva de Charlemagne. Pour les besoins de l'affrontement, hommes et femmes sont séparés en deux clans avant de confronter leurs connaissances musicales. Jacinthe, le "nombril chantant", a démontré qu'elle avait fait ses devoirs en marquant plusieurs points pour l'équipe féminine. L'équipe des hommes l'emportera finalement grâce à l'apport du gendre de René Angélil, dont on a su par ailleurs qu'il avait reçu Céline et René à souper récemment. "C'était bon, il cuisine bien", a précisé la vedette (consultez le menu complet du repas dans le cahier spécial).

Après avoir conquis le titre de plus grande chanteuse de tous les temps, Céline Dion revendique désormais une simplicité de femme ordinaire, mère et épouse. Elle confiait à Sonia Benezra, flatteuse d'ego de stars à Musimax: "Je ne veux plus me tracasser pour un interview ou une note de musique. Mon rêve s'est réalisé."

En effet, les plus récentes entrevues qu'elle accordait à la télévision confirmaient son attitude de femme au-dessus de ses affaires: "Ah-han", "Yep", "Wooh", "Pff", "Oyoyoye" et autres onomatopées bien sonores, clins d'oeil complices ou claquements de langue ponctuaient son discours ou tenaient carrément lieu de réponses, en plus des banalités qu'elle a l'habitude de débiter en français comme en anglais.

Car, plus que tout, Céline Dion veut désormais donner l'image d'une femme sereine. La nouvelle mère dit à qui veut l'entendre avoir découvert un sens à sa vie en donnant naissance au petit René-Charles, un bambin "avec des cheveux châtain clair aux yeux "bleu du ciel"", comme elle le décrit avec lyrisme. Lors d'un spectacle télédiffusé par CBC et CBS pour souligner son retour, la Queen Mom a d'ailleurs tenu à partager ce bonheur avec ses fans en terminant le récital sur de touchantes images du jeune héritier.

La question était sur toutes les lèvres cette semaine: Céline Dion est-elle quétaine? Certains l'ont comparée au personnage d'Elvis Gratton, d'autres ont donné dans le scatologique en écho à ses considérations sur les couches de René-Charles. Quoi qu'il en soit, la réplique impulsive: "Kkt, kkt, champion, it's all being taken care of", servie à un journaliste qui s'inquiétait du penchant pour le jeu de son gérant de mari, en a fait glousser plus d'un. Céline a le franc-parler châtié d'un boss de bécosses qui passe ses hivers en Floride.

Jamais deux années n'auront passé si vite. Comment, déjà revenue, la Céline? Son raz de marée promotionnel rend le réveil brutal; peut-être n'avions-nous pas goûté assez l'accalmie. D'autant plus que son retour à la vie publique la confirme encore et toujours au sommet de sa gloire: Céline Dion reprend sa place comme elle l'a laissée, est accueillie par Oprah et Larry King, emprunte le Kodak Theater aux Oscars et s'installe à Las Vegas comme d'autres emménagent au chalet. Ce n'est pas à Elvis Gratton qu'il faut la comparer, c'est à Elvis tout court.

Quétaine, la Céline? Comme l'était le King, comme l'est le culte que lui vouent encore ses fans. Est-ce là le destin des chanteurs trop populaires? Tous deux mobilisent les foules à un degré rarement atteint dans l'histoire du showbiz. Elvis aimait les cheeseburgers, Céline raffole de la popote de maman Dion. Ah, les joies simples des gens simples. Graceland pour l'un, le palace floridien pour l'autre. Le Colonel Tom Parker et René Angélil à la clé de ces carrières fulgurantes. Lisa Marie et René-Charles dans le sillage des étoiles. Que de parentés.

Mais ce qui passe moins bien pour certains, c'est l'image d'eux-mêmes que leur renvoie Céline Dion. La plus grande success story issue du Québec est d'une simplicité déconcertante, s'extasie en changeant des couches et parle comme un coach de hockey. Ouille ça fait mal, mais la Queen vient de Charlemagne (sortie 96 sur l'autoroute 40 Est, détails dans la section tourisme) et ressemble à s'y méprendre au pays qui l'a vue naître. Faut-il rappeler que Jean Chrétien dirige le gouvernement canadien? On aimerait tellement que Céline représente davantage, qu'elle soit tout ce que nous voudrions être, qu'elle donne en public l'image à laquelle on aime croire. Peut-être qu'en observant Céline, on ne voit que nos propres défauts.