Télévision: Sexe et New York

Ma première idée, c'était de revenir sur les images inédites du 11 septembre, celles filmées à l'intérieur du World Trade Center. De vous signaler, par exemple, que la version Arcand (TVA, mercredi 19h30, gagnant d'un trophée "Artisse") des images des frères Naudet était de beaucoup supérieure à celle de CBS, dont je parlais mardi dernier. Arcand interviewait les deux vidéastes à New York, sur une esplanade extérieure, et dirigeait l'entrevue sur ce qu'on voulait vraiment savoir: comment ont-ils pu continuer à filmer en un moment pareil? "Par stupidité", répondra spontanément l'un d'eux.

Déformation professionnelle d'un gars de nouvelles: Arcand s'en tapait, de la vie d'un pompier; ce qui l'intéressait, c'est la vie d'un caméraman au milieu d'un cataclysme. À quoi pense-t-on? Que filme-t-on, que ne filme-t-on pas? Les images-chocs qui accompagnaient l'entrevue étaient brèves et peu nombreuses, mais rassurez-vous si ce sont les seules que vous ayez vues: ce sont les seules qui valaient la peine d'être vues. Il a par ailleurs insisté sur un moment émouvant de 9/11, le film: les retrouvailles des deux cinéastes après l'alerte, qu'un pompier a, comme par hasard, enregistrées à la caméra.

Alors voilà. Je m'étais fendu d'une analyse symbolique incomparable qui soulignait combien ces événements d'il y a six mois, pourtant qualifiés d'"inimaginables", ressemblent à s'y méprendre à l'humanité d'aujourd'hui. "Only in New York", dit-on là-bas pour souligner la démesure de la mégapole. Elle a été servie, la Grosse Pomme: le spectacle était horrible et grandiose à la fois. Et l'Histoire, cette rusée, se permet d'insister sur ce qui doit faire sens: deux Français inauguraient le XXe siècle en images; c'étaient les frères Lumière, inventeurs du cinématographe. Deux Français inaugurent aussi le XXIe en images; ce sont les frères Naudet, dont les caméras sont aux premières loges du 9/11.

Mais bon. Une autre semaine passe et le spectacle continue. Moins intense, moins sensationnel, mais il persévère, on se prend à sourire et il finit par nous changer les idées. Tout ce qu'on peut apprendre en regardant la télé, c'est fou. Celle-ci, par exemple, dont on ne se remet pas facilement, vous en conviendrez: l'homme est en désarroi. Dans ces conditions, le 11 septembre semble lointain quand on passe à travers le 8 mars.

C'était à Enjeux. Un reportage signé Denise Bombardier: L'Homme en désarroi. L'homme d'ici, s'entend. Il avait les traits mûrs d'un Bernard Lamarre ou ceux, juvéniles, d'un élève allumé d'école privée. Il entrait, pilonné de questions choisies, dans la petite case que lui avait réservée la journaliste. Ça y est, l'homme du post-féminisme est circonscrit: mesdames, il est en désarroi.

Amusant, non? On devine en effet que le sport favori, chez certaines, consiste à définir une fois pour toutes leur pendant masculin. C'est comme le jeu du dictionnaire, mais avec une seule entrée: homme. Et le verdict qu'elles lui assènent se veut toujours définitif, sans quartier et sans appel. Jusqu'au prochain.

Aussi Denise Bombardier peut-elle en arriver à sa grande réduction printanière, elle ne surprend personne et elle ennuie tout le monde. Il faut, pour achever de s'en convaincre, jeter un oeil à sa série hebdomadaire Parlez-moi des hommes / Parlez-moi des femmes (SRC, samedi 18h30). Elle y reçoit, en alternance, des hommes et des femmes qui se prononcent sur leurs relations avec le sexe opposé. Oh, pas n'importe qui, Denise Bombardier est une journaliste d'expérience qui sait exploiter sa fibre "people": elle reçoit des vedettes. De la star, mon ami, on dirait les coulisses du Métrostar.

Je dis vedette, mais il faut lire vedette qui veut bien passer au confessionnal, affronter le regard sévère d'un curé portant la jupe et bien sûr, se laisser corriger sur son élocution. Dominique Michel, l'infatigable Dodo, avait des airs d'enfant d'école à chercher ses mots devant soeur Denise. Dan Bigras se reprenait lui-même, attentif à ne pas faire de fautes. Quant à Mitsou, ce fut un réel plaisir de l'entendre tutoyer sa Denise gros comme le bras, effrontément, alors que l'animatrice lui renvoyait sans broncher un "vous" glacial. Il faut un Jim Corcoran pour se farcir un parcours presque parfait. Denise devrait attribuer des points et remettre des prix, tiens. Les autres postes l'ont fait. Les bonnes soeurs aussi, jadis au couvent.

Je ne vous parle même pas des "portraits" des invités qu'elle passe avant la pause. Assis sur un tabouret, regardant la caméra d'un air pensif, ils s'efforcent de laisser transparaître leur intensité intérieure. Dans certains cas, on atteint un rare degré de ridicule. Rien, pourtant, n'arrive à battre les platitudes dont la journaliste nous gratifie, du genre: "Au fond, les hommes ne peuvent jamais [l'accent est mis sur jamais] être à la hauteur de l'image que les femmes se font de ce que doit être l'amour", avait-elle tranché, les yeux humides et la main sur la gorge. Dieux du ciel. Comprenez pourquoi j'affiche un si grand sourire quand elle parle de désarroi.

Revenons à New York. Série Plus diffuse en français la quatrième saison de Sex and the City (samedi, 21h & 21h30). Voilà un regard sur l'homme - ce cobaye - qui n'est pas déplaisant. Le propos est explicite, marrant et de son temps. Or que font les belles au coeur de la série? Elles parlent de l'homme, mon brave, elles cherchent à le comprendre, à le séduire, à l'aimer. Des fois, elles font face à son désarroi. Il n'en est pas moins le centre de leur intérêt. C'est plutôt agréable, non?