Témoignage - Protéger le monstre nazi

Celui qui accepte, sans se poser de questions, de protéger le monstre est-il coupable par association ou par omission? Jeune soldat allemand de 22 ans sans histoire, Rochus Misch, en 1940, a été promu garde du corps d'Hitler. Il sera encore près de lui, en 1945, dans le bunker de la mort. Dans un témoignage recueilli en 2004-05 par le journaliste français Nicolas Bourcier et intitulé J'étais garde du corps d'Hitler, 1940-1945, Misch raconte son expérience avec une relative froideur. Les camps de la mort? L'Holocauste? Il n'en a entendu parler que dix ans après la guerre! Pendant, rien. «Hitler, déclare-t-il, était mon chef. Je l'observais pratiquement tous les jours et je n'ai rien vu. En tout cas, je ne l'ai pas vécu en tant que meurtrier. Avec moi, il s'était montré attentionné et gentil.»

Se sent-il coupable de cet aveuglement? Pas du tout. «J'ai fait, précise-t-il, mon devoir en tant que soldat comme des millions d'autres Allemands.» En service à la chancellerie du Führer, au fameux chalet alpin où il a croisé Eva Braun et dans le bunker ultime, Misch servait un chef de guerre, n'a rien su de plus et n'a rien voulu savoir. Il fournit des détails sur son emploi du temps, évoque des atmosphères, conteste la version présentée dans le film La Chute et se souvient d'avoir été torturé par les Russes à la fin de la guerre, mais sans plus. L'horreur des camps de concentration, qu'il reconnaît maintenant, n'est pas son affaire.

Devant cette parole «froide, sans émotion, presque lisse», Bourcier «pense à ce conformisme de groupe, à cette obéissance collective qu'il faut bien appeler adhésion», et qualifie l'homme de «monstre d'innocence et d'aveuglement». «Il oeuvra dans son coin, écrit-il, à sa place, tout en apportant jour après jour sa petite pierre à l'édifice nazi.»

Dernier survivant de la triste équipe qui logeait au bunker de Berlin dans lequel Hitler, sa compagne et quelques autres se sont suicidés, Rochus Misch, avec ce témoignage à la fois troublant et sans éclat, nous convie, malgré lui, à une plongée dans la «banalité du mal» théorisée par Hannah Arendt.

Collaborateur du Devoir

***

J'étais garde du corps d'Hitler,

1940-1945

Rochus Misch

Témoignage recueilli

par Nicolas Bourcier

Le livre de poche

Paris, 2007, 256 pages
1 commentaire
  • Wally Bellemare - Inscrit 3 septembre 2007 22 h 44

    les drames...les drames

    il m'apparait que ce monsieur n'a fait que son travail...arrètons de chercher des bibittes !