Le château «sauvé» de Pichon Lalande

May-Éliane de Lencquesaing et son équipe ont réussi à vendre le Château Pichon Lalande à la maison Roederer, et pas à des investisseurs étrangers sans scrupules, sans aucune autre envie que de se payer un Château prestigieux pour se péter les b
Photo: May-Éliane de Lencquesaing et son équipe ont réussi à vendre le Château Pichon Lalande à la maison Roederer, et pas à des investisseurs étrangers sans scrupules, sans aucune autre envie que de se payer un Château prestigieux pour se péter les b

Comme Virginie, comtesse de Lalande, madame May-Éliane de Lencquesaing est l'une des plus grandes ambassadrices contemporaines du vin et des vins de Bordeaux. J'espère ne pas créer d'impair en dévoilant qu'elle a presque deux fois mon âge, mais depuis 30 ans, entre les Philippines, les États-Unis et l'Angleterre, elle parcourt inlassablement le monde, comme une jeune globe-trotter. Ici et là, elle parle de vin comme d'une oeuvre d'art, qu'il soit d'ici ou d'ailleurs, de chez elle à Pichon Comtesse de Lalande, ou d'Afrique du Sud. Le vin pour May-Éliane de Lencquesaing, «c'est bien sûr un terroir, mais c'est d'abord la personne». La personne qui le fait et qui y met son coeur et son âme pour métamorphoser cette matière simple en une oeuvre exemplaire. Pour cette grande dame, c'est aussi le goûteur, le buveur, l'amateur qui saura accueillir et interpréter l'oeuvre, «une oeuvre, aussi belle soit-elle, ne deviendra ravissante que si elle est aimée et appréciée par un public... sans quoi elle n'est rien, sans espoir de survie. Elle meurt dans un tiroir, dans un cellier.» C'est le dégustateur qui rend l'oeuvre si grande. C'est lui, c'est elle qui lui donne vie et longévité. «C'est le palais qu'elle caresse qui nous oblige à nous dépasser à chaque millésime», me lança-t-elle en voyant ma tête et mon palais anéantis après une impitoyable journée d'assemblage avec Émile Peynaud pendant la campagne 1987.

À mon grand bonheur, j'ai eu la joie de dîner en sa compagnie le mois dernier lors de mon passage à Bordeaux. Elle va bien, mieux que jamais, car Pichon Lalande va mieux, mieux que jamais. Comme plusieurs, je m'inquiétais de la vente du Château Pichon Lalande. Elle me semblait improbable et je craignais le pire pour Pichon et pour May-Éliane. Après tant d'efforts, tant d'années, tant de batailles à défendre ce merveilleux domaine, je ne pouvais m'imaginer Pichon Lalande sans elle à la barre. Me voilà rassuré. Malgré toutes les sagas juridiques, organisées par son ancien oenologue à la suite de la mort de son mari, le général de Lencquesaing. Après les tumultes au sein de la famille, la situation de Pichon semblait tomber dans le même collimateur des investisseurs étrangers sans scrupules, sans aucune autre envie que de se payer un Château prestigieux pour se péter les bretelles. «Nous avons travaillé fort et nous sommes passés à un cheveu de signer avec Hermès», me raconte-t-elle en insistant sur le «nous» — le nous à Pichon c'est sa famille, c'est-à-dire les employés, son bras droit M. Lafrance, son oenologue le brillant et jeune Thomas Do-Chi-Nam — «... et nous avons pris une décision difficile, que je crois la meilleure pour Pichon. Nous avons conclu la vente avec la maison Roederer. Notre crainte, c'est que Roederer a l'habitude de prendre tout, 100 %, et cela, c'était une décision difficile. Tout laisser partir, imaginez! Tout. Mais c'est de toute évidence la plus judicieuse décision que nous ayons prise». Il faut comprendre que les taxes sur les héritages en France peuvent tuer tout espoir de règlement intelligent. Les chicanes de famille sont interminables et la pérennité, toujours remise en cause. «Roederer a été charmant. Ils m'ont ouvert la porte de côté pour entrer chez moi. Je suis donc encore chez moi et tous les employés sont chez eux. Nous restons à la barre de Pichon comme avant.» Roederer connaît le monde du vin et des grands vins. Il connaît la valeur de cette grande dame, qui a su charmer et apporter son vin aux quatre coins de la planète. Grâce à son réseau exceptionnel, le groupe prendra évidemment en charge la distribution.

Ainsi, le grand vin de Pichon Lalande saura encore nous faire atteindre des sommets de bonheur comme les derniers 2004, 2005 en primeur et le somptueux 2006 en devenir. Le second, la Réserve de la Comtesse, sera toujours aussi avantageux pour les connaisseurs. Et, le petit dernier, le Domaine Gartieux, continuera à ravir le palais et le portefeuille des amateurs de beaux Pauillac pour seulement 33 $. Pour ce qui est de Mme de Lencquesaing, elle partagera son temps entre faire le tour de la planète et parler de vin entre Pauillac et l'Afrique du Sud, où elle chérit un projet qui prend forme enfin après dix ans de dur labeur. Eh oui, May-Éliane de Lencquesaing reprend un grand et splendide vignoble dans la magnifique région de Glenelly Hill, à Western Cape. Une nouvelle aventure comme celle entreprise il y a 30 ans à Pauillac. Elle s'empresse d'ajouter: «Je reste à Pichon, c'est chez moi! Mais je serai une semaine sur six en Afrique du Sud.» À voir son sourire, que je connais si bien, elle ne sera pas délogeable de Pichon, mais il en dit aussi long sur le potentiel de ce nouveau-né sud-africain «dont Roederer a aussi signé l'exclusivité de distribution»... tant qu'à faire.

Les vins de Pichon Lalande disponibles à la SAQ

- Ch. Pichon-Longueville-Lalande pauillac grand cru classé 1985.No 877076, 325 $. Une élégance et une structure encore angélique.

- Ch. Pichon-Longueville-Lalande pauillac grand cru classé 1995.No 735845,196 $. L'un des plus beaux vins produits au Château.

- Ch. Pichon-Longueville-Lalande pauillac grand cru classé 2003.No 10334557,194 $. Un vin de garde, un équilibre parfait.

- Réserve de la Comtesse pauillac 2003. No 10523163, 52 $. Le vin à boire pendant les sept prochaines années, en attendant le grand du même millésime.

- Les Gartieux de Pichon Lalande pauillac 2000. No 913111, 34,25 $. Le plus beau cadeau abordable pour un amateur de Pauillac.

Aide-mémoire

Château Pichon Longueville, Comtesse de Lalande, a une histoire familiale qui se perpétue avec Roederer. La troisième famille en 250 ans d'histoire.

Créé par Pierre de Mazure de Rauzan en 1689, le vignoble trouvera son nom actuel un peu plus tard lorsque Thérèse, la fille du fondateur, le recevra en dot en épousant Jacques de Pichon Longueville. En 1850, il y a partage dans la famille à la mort du baron Joseph. Raoul reprend la partie destinée aux fils, Virginie la partie destinée aux filles. Anticipant le partage, Virginie, épouse du comte Henri de Lalande, prend alors la direction du domaine, lui donnant son indépendance et le nom de Comtesse de Lalande.

En 1925, Édouard Miailhe achète la propriété avec son frère. Deuxième famille à Pichon Lalande.

En 1978, May-Éliane de Lencquesaing, fille d'Édouard Miailhe et épouse du général de Lencquesaing, devient propriétaire et administratrice du Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande.

En 2006, la cinquième génération du groupe familial Louis Roederer, dirigé par Frédéric Rouzaud, achète Pichon Lalande.

Roederer, ce sont des alliances impressionnantes, maintenant avec Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande et son château satellite, Bernadotte, pour compléter son tableau bordelais des Châteaux de Pez et Haut-Beauséjour. Roederer, c'est aussi le champagne Deutz, la maison Delas Frères, le porto Adriano Ramos Pinto, les domaines Ott, Roederer Estate et Scharffenberger en Californie.

Le vignoble de May-Éliane de Lencquesaing à Glenelly Hill est tout près de la ville de Stellenbosch en Afrique du Sud, dans la province de Western Cape, délimitée à l'ouest par l'Atlantique, au nord par la province de Northern Cape, à l'est par Eastern Cape et au sud par l'océan Indien.

***

Les vins de la semaine

Échelle de notation

défectueux - vide 0

très inférieur - médiocre 1

commun - passable 2

convenable - moyen 3

agréable - bon 4

supérieur - très bon 5

très supérieur - rare 6

excellent - très rare 7

parfait - unique 8

absolu - achevé 9

produit régulier R

produit de spécialité SP

boutique Signature SI

***

Franc, beau, nouveau - Quinta das Caldas 2005

Rouge / Portugal / Douro, No 902304, 15,35 $

Toute la brochette du Douro s'assemble dans ce vin portugais: Tinta Roriz, Touriga Nacional, Tinta Barroca, Sousâo, Tinta Francisca. Il est juste, les tanins sont bien travaillés, l'enveloppe chaleureuse et savoureuse. Du fruit et une touche de bois pour finir le bouquet. Une belle découverte pour l'été. 3-4-4

***

Fruité, sec, plein - Riesling Hugel 2005

Blanc / France / Alsace, No 42101,17,95 $

Connu depuis toujours au Québec, ce Riesling de Hugel demeure une référence. Ce millésime 2005 ne fait pas exception puisqu'il est tout en fraîcheur, en fleurs, en fruits et sans la moindre lourdeur. La vivacité tranche à merveille avec l'ampleur et le volume. Certainement l'un des meilleurs vins d'Alsace de l'été. 4-5-5

***

Élégant, frais, persistant - Sieur d'Arques Brut 2004

Mousseux / France, No 94953, 17,95 $

L'appellation blanquette-de-limoux a bien raison de se vanter d'être la première région à produire du brut. L'attaque est vive et la finale bien fraîche, entre les deux, ce brut est élégant et sa chair lui confère une persistance réjouissante. Il ne sert à rien de chercher plus loin, ces bulles offrent autant de plaisir à table qu'à l'apéro.3-4-5

***

Jolie, vif, ample - Morogues Clos des Blanchais 2005

Blanc/ France / Loire, No 872572, 25,70 $

Henry Pellé élève de magnifiques sauvignons dans cette appellation de menetou-salon depuis des lustres. Le vin est frais, même vif, avec un soyeux enjôleur, ample et persistant à souhait. Les agrumes et la menthe fraîche font bon ménage avec une touche de minéralité. Un très joli vin. 4-5-5
1 commentaire
  • Francis Méthot - Abonné 19 août 2007 11 h 56

    année de la bouteille

    Bonjour,
    exemple : 913911, la saq donne l'année 2001 pour ses inventaires et vous l'année 2000 dans votre chronique, je suppose que c'est pas toujours la même opinion l'année suivante. Peut-on trouver votre produit avec la même année d'une façon quelconque a la saq.
    FM