Pas si vertes, les ampoules fluocompactes dites écologiques

À compter de 2012, les bonnes vieilles ampoules à filament n’auront plus le droit de briller au Canada, au profit des fluocompactes.
Photo: À compter de 2012, les bonnes vieilles ampoules à filament n’auront plus le droit de briller au Canada, au profit des fluocompactes.

Le compte à rebours est amorcé. À compter de 2012, les bonnes vieilles ampoules à filament, celles qui éclairent nos maisons depuis que Thomas Edison y a pensé, un jour de 1879, n'auront plus le droit de briller au Canada, contrairement aux ampoules dites fluocompactes, moins chaleureuses mais aussi moins énergivores, qui sont censées les remplacer.

C'est en tout cas ce qu'a décidé la semaine dernière le gouvernement fédéral, qui espère ainsi faire baisser la consommation d'électricité au pays tout en affichant publiquement son souhait de s'attaquer à la production de gaz à effet de serre (GES), ces gaz qui donnent des chaleurs à la planète.

À une époque où le réchauffement climatique préoccupe, l'idée est bien sûr pleine de bon sens... principalement pour le gouvernement conservateur, dont l'image environnementale n'est pas très jojo par les temps qui courent. Et c'est là le problème.

En fondant bien des espoirs sur une mise au ban du filament pour se refaire une virginité, Ottawa pourrait bien faire fausse route, les modèles fluocompacts n'étant finalement pas des solutions vertes idéales pour tous les Canadiens. Sans compter que ces produits soulèvent une foule de questions auxquelles l'administration Harper, sans doute trop pressée, a oublié de répondre. Mais l'image était trop belle pour ne pas être exploitée...

Si les 13 millions de foyers canadiens de Halifax à Vancouver en passant par Montréal, Toronto et même Estevan, en Saskatchewan, décidaient de se mettre sous la clarté bleuâtre et franchement blafarde — disons-le! — des fluocompactes, ils pourraient économiser en huit ans, soit la durée de vie d'une ampoule, près de quatre milliards de dollars, indiquent les autorités fédérales. Comme dirait l'autre, c'est de l'argent en titi, ça.

Mieux, au cours de la même période de temps, ce virage permettra même de réduire de 48 millions de tonnes la production de GES du Canada. Et ce, en raison de la baisse de la demande en électricité qui devrait accompagner la mise au rancart du filament. Rien de moins.

Solution miracle ?

L'impact positif sur l'environnement des nouvelles générations d'ampoules est bien réel. Mais il est aussi un peu exagéré par l'équipe de Mister Harper qui, comme d'autres, aimerait bien voir dans ces tubes fluorescents miniatures montés sur douilles à vis la solution miracle pour faire mentir les prévisions climatiques du moment. Mais bien sûr, en matière de lutte contre le réchauffement comme pour le reste, les miracles n'existent pas.

Dans les faits, en matière de guerre aux polluants, la déferlante de fluocompactes que nous souhaite Ottawa risque d'avoir une portée minime puisque l'éclairage sous toutes ces formes est responsable de la production de... 1,5 % des GES au pays. Sans plus.

Pis, au Québec, où la source énergétique est principalement tirée de l'hydroélectricité, les avantages d'un engouement pour les fluocompactes n'a finalement pas les mêmes implications puisque le secteur électrique, ici, n'est pas un gros producteur de GES, contrairement à l'Ontario, par exemple. En plus, l'ampoule à incandescence trouve toute sa signification dans les foyers d'ici, surtout en hiver.

Explications: l'ampoule à filament est à bannir, dit-on, car elle transforme l'électricité en lumière dans une proportion de 5 %. Les 95 % restants, eux, partent en... chaleur. Du pur gaspillage qui fait fonctionner des centrales électriques pour rien. Sauf par temps froid, où nos environnements ont justement besoin de cette chaleur.

Conséquence: avec les fluocompactes, qui, selon les modèles, économisent 75 % de l'énergie en concentrant leurs efforts sur l'éclairage plutôt que sur le chauffage, les ménages du Québec vont forcément devoir se priver, d'octobre à avril, d'une source non négligeable de chaleur avec, de façon prévisible, des plinthes électriques et des fournaises qui devront compenser cette perte, annulant du même coup les économies et les bienfaits écologiques escomptés.

Le seul avantage risque toutefois de se présenter pendant les deux semaines (non consécutives) de canicule en été, où les fluocompactes, de par leur nature, devraient mettre moins de pression sur les appareils de climatisation. Toutefois, cela se produira sur une période de temps trop restreinte pour pouvoir parler d'une véritable révolution verte.

À manipuler avec précaution

Ampoules fluocompactes et écologiques semblent d'ailleurs être deux concepts pas toujours évidents à concilier lorsqu'on regarde l'objet fluorescent de plus près. Sans filament, certes, ce type d'ampoule contient en effet du mercure. Les quantités sont faibles: 5 mg à peine, alors que la pile de montre en contient environ 25 mg (l'amalgame dentaire en compte 500 mg), ce qui toutefois fait en sorte qu'après sa vie utile, le produit doit être manipulé comme un déchet dangereux plutôt que comme un déchet ordinaire.

Or, à l'heure actuelle, aucun programme fiable et facile d'accès pour le recyclage des ampoules fluocompactes n'a été mis en place par les provinces ou par le gouvernement fédéral. Et cette carence risque de faire en sorte que, tout comme dans le cas des piles domestiques, ces ampoules vont certainement finir leur existence, certes dix fois plus longue que celle d'une ampoule à incandescence, dans une décharge publique pour y polluer le sol. Triste destin pour un produit qui devait sauver la planète...

Cela n'est d'ailleurs qu'une tare parmi tant d'autres. C'est qu'avec son filament de tungstène dans un globe contenant un gaz inerte, l'ampoule d'Edison relève finalement d'une technologie bien simple et surtout éprouvée depuis plus d'un siècle. L'ampoule fluocompacte ne peut certainement pas revendiquer cela: en plus de son mercure, elle contient aussi des condensateurs électroniques, dont la fabrication demande beaucoup d'énergie et dont le recyclage est pour le moment impossible à envisager.

Si on tient compte aussi du fait que ces ampoules sont produites à l'autre bout du monde, bien souvent en Asie, qu'elles empruntent donc des modes de transport polluants sur de longues distances pour se rendre à nous et qu'elles sont emballées dans des plastiques pas toujours recyclables — plutôt que dans du carton pour les ampoules à incandescence, souvent fabriquées en Amérique du Nord —, le vert foncé du développement durable que le gouvernement Harper veut nous vendre en parlant d'interdiction prend forcément quelques nuances un peu plus claires par endroits.

Pis, sur ce tableau, la peinture pourrait même lever dans certains coins. En effet, en offrant un éclairage bleu et froid, les ampoules fluocompactes ne font certainement pas l'unanimité chez tous les consommateurs. Plusieurs ne voudront d'ailleurs pas se faire imposer si facilement ce type d'éclairage livide en l'état.

Ottawa a sans doute prévu le coup en parlant de cas d'exception dans son projet d'interdiction dont le cadre formel doit être posé d'ici la fin de cette année, a annoncé le gouvernement la semaine dernière. L'éclairage extérieur, la lumière des cuisinières et de certains équipements médicaux ainsi que les couvoirs pourraient faire partie de ces exceptions. Pour commencer, puisqu'il y a fort à parier qu'au cours des cinq prochaines années, les mouvements de contestation contre ce type d'éclairage pourraient bien se faire entendre de plus en plus un peu partout au pays.

conso@ledevoir.com
17 commentaires
  • Richard M. Bégin - Inscrit 5 mai 2007 01 h 51

    Faire la lumière... sur les ampoules fluocompactes

    Un article vraiment très intéressant et instructif... qui "fait bien la lumière" sur la solution-miracle des ampoules fluocompactes! J'ajouterais que les ampoules fluocompactes produisent un éclairage plus froid, de type néon, qui est beaucoup moins chaleureux, voire même désagréable. Un éclairage d'atelier... et un éclairage de chambre à coucher ou de salon, ce n'est pas la même chose! Va-t-il falloir revenir au fanal et à la chandelle pour retrouver cette atmosphère? Je doute que ça ralentisse le réchauffement de la planète!

    Pour certaines personnes, les néons provoquent même des maux de tête. Mon épouse appartient à cette catégorie de gens et ne peut absolument pas fonctionner pendant de longues périodes de temps avec un éclairage de type néon.

    Je crois que les deux types d'éclairage (à incandescence et à néon) ont tous deux leur place dans notre monde et j'utilise les deux, mais qu'il faut le faire avec discernement.

    Il serait vraiment irresponsable et absurde de la part d'un gouvernement de vouloir pénaliser toute une population pour permettre aux gros pollueurs du pays de continuer à le faire juste pour le profit à court terme. C'est inacceptable.

    De toute manière, à moins que les États-Unis et le reste des Amériques adoptent ce même principe, il y a fort à parier que l'on pourra continuer d'utiliser des lampes incandescentes comme bon nous semblera...

    Richard M. Bégin
    beginrm@magi.com

  • Monique Cloutier - Inscrit 5 mai 2007 09 h 09

    Ampoules fluocompactes

    J'ai changé toutes les ampoules de mes lampes pour des fluocompactes. La doublure des abats-jour ne résiste pas au ampoules à filaments à moins d'employer des 25w. J'en ai fait refaire 3 il y a une vingtaine d'années et celà m'a coûté 150.00$. Il faudrait les refaire aujourd'hui, à quel prix? Et si c'est possible. Alors je cache les petites déchirures du côté du mur. Le mal n'a pas progressé.

  • David Germain - Inscrit 5 mai 2007 09 h 37

    Que de binarité

    Et les ampoules LED elles ? Bien qu'elles ait leur défauts également, elle durent 60 000 heures, utilisent moins de la moitié d'électricité que les fluocompacts, sont disponibles dans plusieurs couleurs, et peuvent être installées à l'extérieur...

    Plus dispendieuses à l'achat, plus rentables à long terme. Tant qu'à faire des plans pour 2012... Je possède pour ma part des fluorocompact depuis 2 ans, et je compte faire un essai LED très bientôt. Certains pays ont adoptés des lois pour fixer une efficacité minimum pour l'éclairage sachant très bien que d'autres technologies plus efficaces existent. Je n'ai pas lu le projet de loi, mais pourquoi ne parler que de fluocompact ?

  • CIVETTA 65 - Inscrit 5 mai 2007 10 h 37

    Encore un peu d'irréalisme, Messieurs les Politiques!

    Tous les gens au fait du réchauffement climatique et de ses causes probables diront que cette décision "politique" n'est en rélité qu'un cautère sur une jambe de bois ou pour les anglophones "just hot air", du vent quoi! Même dans les Etats où l'electricité provient de centrales thermiques, l'économie potentielle "réalisée" (?) est immédiatement compensée par la mise en veille des divers appareils électoniques. A croire que nous sommes tous des demeurés encore naïfs. L'une des solutions est tout autre: payer le juste prix pour l'énergie, interdire les transports longue distance, et surtout réduire notre train de vie, en revenant aux années 50 par exemple! Qui l'acceptera?

  • Fernand Trudel - Inscrit 5 mai 2007 11 h 49

    Faudrait se décider, on dépollue ou pas...

    Les écolos en ont fait la promotion et maintenant ils doutent de la mesure. Faudrait se décider et pas tout laisser tomber en chemin, dépollution oblige.

    Cette semaine, le GIEC vient de passer l'alarme du rouge au jaune sans crier gare. On parle maintenant de 2015 pour simplement stopper la progression des GES et 2050 pour en diminuer le niveau. C'est pas la même chose que Kyoto ca. On ne vise plus le Canada mais les pays non signataires qui sont les plus grands pollueurs de la planète. Enfin le GIEC s'est ouvert les yeux et nous invite à dépolluer tout en constatant que l'influence homme sur le réchauffement climatique peut être moindre que ce que les alarmistes ont annoncé. Leur nouvelles exigences sont de beaucoup moins que celles de Kyoto et encore moins que celles proposée par le gouvernement Harper. En tout cas le cri d'alarme de Baird a porté, les écolos sont devenus moins exigeants qu'avant et plus réalistes. Pollution et climat ne sont pas nécessairement cause à effet. Le volet du rapport du GIEC sur les ressources en eau potable en est un exemple frappant car la pollution des cours d'eau n'a rien à voir avec le climat mais avec la négligence de l'homme. La lutte aux GES n'est donc, qu'une facette de la pollution de l'homme.

    La réduction de la consommation de l'énergie est aussi importante dans ce contexte car certains scientifiques prévoient un refroidissement dans une trentaine d'année ce qui va ramener une nouvelle course à l'énergie. Il est temps de chercher des solutions pour emmagasiner l'électricité. Nos chercheurs devraient s'orienter dans cette voie. Les éoliennes et les barrages ne suivent pas nécessairement la demande en énergie et fonctionnent 24 heures sur 24, 365 jours par année. Voilà une recherche positive et innovatrice qui permettrait, dans les périodes de pointe, d'utiliser nos stocks emmagasinés au lieu d'exiger de nouvelles constructions de plus en plus contraignantes pour l'environnement.

    Dépenser moins d'électricité peut être assimilé à de la récupération d'énergie propre. Ici au Québec, on peut se servir des surplus pour les exporter vers des provinces ou états qui ménageront de l'énergie électrique moins propre

    Peu importe les décisions que ce gouvernement prendra pour améliorer notre performance énergétique et par le fait même écologique, les alarmistes onusiens les critiqueront toujours. Il ne peut en être autrement car ils sont unidimensionnels, ces gérants d'estrade. La pollution a plusieurs facettes, pas seulement les GES, ceux-ci l'avait oublié. Pourtant le GIEC vient de leur rappeler que ce ne sont pas les GES qui ont pollué nos cours d'eau mais bien la négligence de l'homme. Comme quoi pollution n'est pas toujours associé au réchauffement climatique. Moi j'appelle ca nettoyer notre perron et Harper va dans ce sens là aussi. Comme quoi ce gouvernement a une vision plus globale du problème de pollution et que leur plan vert est plus susceptible de réussir.

    Je constate que le gouvernement Harper a fait en 14 mois plus de progrès à la lutte à la pollution qu'en 8 ans du régime libéral avec Dion et ses amis écolos. Il me semblait que le plan Baird était pas assez vert maintenant il l'est trop !!!