Technologie - Le Canada doit adopter le sans-fil de troisième génération, affirme Pierre Karl Péladeau

Le téléphone cellulaire est appelé à être beaucoup plus qu’un simple appareil de transmission de la voix, croit Pierre Karl Péladeau.
Photo: Le téléphone cellulaire est appelé à être beaucoup plus qu’un simple appareil de transmission de la voix, croit Pierre Karl Péladeau.
Un constat auquel s'oppose totalement l'Association canadienne des télécommunications sans fil, qui représente les grands joueurs de l'industrie du cellulaire au pays. Joint dans sa voiture pour une entrevue par cellulaire, sujet oblige, le président et chef de la direction de Quebecor commente la réaction des gens de l'industrie canadienne. «On pourrait avoir une grande bataille de chiffres, si l'on est en retard de 6, 12 ou 18 mois et le sommes-nous en vertu de telle ou telle technologie. Mais, par ailleurs, je pense que l'on peut constater lorsqu'on voyage à l'étranger, que ce soit au Japon ou en Europe, qu'il y a des utilisations qui sont faites dorénavant avec des téléphones cellulaires qui sont autre chose que faire purement et simplement de la voix.»

Dans un même élan, probablement en pensant à des entreprises comme Amp'd Mobile Canada, qui offre un service multimédia pour les marchés cellulaires urbains, Pierre Karl Péladeau ajoute: «C'est probablement vrai qu'un certain nombre de fournisseurs aujourd'hui au Canada fournissent d'autres services que ceux de la voix, mais je dirais que, pour l'instant, c'est probablement une infime décimale.»

Mais l'adoption d'une nouvelle technologie plus rapide n'est peut-être pas encore la bienvenue dans le contexte canadien. Le patron de Quebecor explique ce retard en disant: «On n'est pas les seuls à le dire, il semble qu'il y ait une raison fondamentale. Il y a trois opérateurs, qualifiés d'oligopoles, qui font en sorte que lorsqu'on constate ce qui se produit ici au Canada, c'est qu'on a des tarifs plus élevés. On a une pénétration moindre et puis on n'a pas encore accès à ces nouvelles technologies que l'on a qualifiées sous l'appellation 3G, pour 3e génération.»

Pierre Karl Péladeau ajoute: «Pour que le cellulaire devienne autre chose que simplement un téléphone, et qu'il puisse également procurer de l'information sous toutes sortes de formes, que ce soit de la vidéo ou de la musique, il faut bien l'intégrer dans ce qu'on pourrait dorénavant qualifier de "wireless broadband". On a eu cette époque de la large bande filaire et, maintenant, on passerait à cette étape de la large bande non filaire ou sans fil par le 3G.»

Maître de sa destinée

Pour y arriver, le chef de la direction de Quebecor réclame à Ottawa l'octroi, le plus rapidement possible, d'une permission pour exploiter un nouveau service de téléphonie plus moderne. Et si Quebecor obtient une fréquence pour la téléphonie 3G, le président affirme que son entreprise est prête à construire son propre réseau parallèle à celui de Rogers, Bell et Telus. Il affirme que «c'est certain qu'on mettrait notre propre réseau et on serait maître de notre destinée».

Pierre Karl Péladeau explique que «nous, chez Videotron, on est propriétaires de nos infrastructures, et ça nous permet de les faire évoluer au rythme qui nous apparaît approprié et on n'est pas "à la traîne" des décisions qui sont prises par le propriétaire d'un réseau». Il faut savoir que, présentement, Videotron loue une partie du réseau cellulaire de Rogers pour offrir son propre service de téléphone cellulaire aux Québécois.

Il ajoute: «Ce sont des technologies qui évoluent extrêmement rapidement et on veut s'assurer que lorsqu'on prend des décisions, eh bien, qu'on va vivre avec les conséquences et c'est pas quelqu'un d'autre qui prendra les conséquences des décisions à notre place.»

Pierre Karl Péladeau confirme également que le vaste réseau de fibres optiques existant de Videotron pourrait servir à construire un réseau de télécommunication cellulaire très rapidement. D'ailleurs, une filiale du groupe Quebecor, connue antérieurement sous le nom de VTL, fournissait déjà un service de transmission au fournisseur de services Fido et aujourd'hui à Rogers.

Conscient qu'il faudra encore investir des centaines de millions de dollars pour établir un réseau de téléphonie 3G pour servir le marché québécois, l'homme d'affaires ajoute: «On a une infrastructure, je ne dirais pas à demi complétée, mais étant donné que nous sommes dans ce secteur des télécoms, on a déjà un certain nombre d'actifs qui nous permettent de ne pas commencer à zéro. Et c'est sans parler évidemment de toute l'expertise que l'on a développée au cours des années en matière de téléphonie et aussi, et je pense que c'est un point majeur, de la capacité que nous aurons à assembler des nouveaux produits ensembles comme nous l'avons fait avec la téléphonie résidentielle, le câble et Internet.»

Un vaste réseau québécois

Pour Pierre Karl Péladeau, l'intérêt de construire un réseau de troisième génération de téléphonie cellulaire réside dans une démarche beaucoup plus large et une vision à long terme pour pouvoir offrir un vaste réseau de communication et de transport de données partout au Québec, avec ou sans fil.

«Nous, on a une théorie, lance le président de Quebecor. Dans les années qui viennent, on va considérer et utiliser ce qu'on appelle le téléphone portable pour beaucoup d'autres utilisations que purement et simplement celles que nous avions à ce jour et qui se limitaient en grande partie à la voix. Ce sera un instrument qui va nous permettre de télécharger de très nombreux contenus, que ce soit la musique, la vidéo, que ce soit toute autre donnée d'information. Dans cinq, dix, quinze, vingt ans, il y a fort à parier que ça va être cette utilisation. Et on le sait parce qu'on a constaté la rapidité du déploiement de la technologie de 3e génération dans un certain nombre de pays. Plus elle va permettre des utilisations nombreuses, plus elle va avoir tendance à se déployer plus rapidement.»

L'homme d'affaires voit également dans cette nouvelle technologie une chance d'agrandir son réseau de distribution, un formidable moyen pour donner de la pérennité à ses produits. Il affirme: «C'est important pour nous d'avoir la maîtrise du réseau et de la distribution pour s'assurer qu'on va pouvoir également mettre en valeur, et ça, c'est notre objectif, la richesse des contenus du patrimoine québécois, que ce soit par la vidéo ou la musique.»

Et Pierre Karl Péladeau ne dit pas non à une passerelle entre son service Illico de télévision à la carte et son réseau de téléphone cellulaire de 3e génération. Il déclare que «ce réseau de 3e génération ne sera pas nécessairement utilisé seulement et purement pour du contenu en direct, mais va également pouvoir être utilisé pour obtenir des téléchargements. Du contenu qui pourra ensuite être mis sur l'ordinateur ou le serveur de la maison».

Si vous désirez en savoir plus sur la vision de Pierre Karl Péladeau, je vous suggère de visiter mon carnet Techno en fin de journée. Vous y trouverez alors l'intégrale de cette entrevue téléphonique qui porte sur l'avenir du cellulaire, la télévision de Quebecor sur Internet et l'intérêt du groupe médiatique envers les consoles de jeux vidéo.

***

bguglielminetti@ledevoir.com

Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno).

À voir en vidéo