Fonds d'investissement - Tout va pour le mieux dans le monde du placement

Dans le cadre du dernier congrès des assureurs vie agréés, en mars dernier, on m'a demandé de faire une présentation. L'occasion était belle pour faire le point sur le comportement des investisseurs, et ainsi consulter les études les plus récentes sur le sujet. La recherche m'a amené sur des pistes fort intéressantes. Dans le monde du placement et, plus spécifiquement, dans le monde des fonds communs de placement (FCP), les dernières années ont été marquées par d'importantes remises en question, et ce n'est pas terminé. Je retiens deux phénomènes majeurs qui contribuent à ce brassage. Le premier concerne les divers scandales financiers qui ont touché le monde des FCP au Canada et le second, et c'est là un paradoxe, les ventes records depuis trois ans.

Nous savons que le gouvernement du Québec a mis sur pied une commission des finances publiques en janvier 2007 sur la protection des épargnants au Québec. Ce fut une excellente initiative. J'ai participé à celle-ci comme professionnel dans le monde des fonds communs de placement au Québec et comme chroniqueur. Vous trouverez d'ailleurs un résumé de ma présentation et de celle de nombreux experts sur le site du gouvernement du Québec (http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature2/commissions/CFP/index.shtml). La tenue d'un tel événement, tout comme la participation du gouvernement du Québec à ce dossier, est primordiale. Un rapport préliminaire est disponible, mais est-ce suffisant? En effet, ma pratique m'amène à m'interroger, en complémentarité avec ce qui s'est fait: ce genre d'exercice, au-delà de la protection souhaitée et nécessaire, saura-t-il orienter l'investisseur vers le plus grand danger qui le guette, à savoir son comportement en investissement?

Les différents scandales qui ont secoué le monde des fonds communs de placement sont des tragédies, et nous ne voulons pas les minimiser. Nous devons d'ailleurs chercher des solutions à ce type de drames humains: loin de moi l'idée de passer sous silence cette situation. Pourtant, d'un point de vue macro-économique, il y a pire. En effet, sachons que les différents scandales totalisent environ 500 millions de dollars, en incluant Norbourg, Portus et Mount Real. D'autre part, les recherches nous amènent vers la prise de conscience d'un gouffre financier, soit un manque à gagner d'environ 6,7 milliards par année, donc plus de 120 milliards sur 10 ans si l'on inclut le rendement composé d'une telle somme, et cette évaluation est fort conservatrice. De quoi résoudre nos problèmes financiers en santé et en éducation. Et pourtant, nous ne faisons rien: c'est inquiétant.

Il me semble qu'il faut insister sur ce drame qui guette les investisseurs canadiens, soit le manque à gagner en raison des faibles rendements qu'ils obtiennent avec leur portefeuille. Les résultats ne sont pas nouveaux, mais leur mise à jour nous apprend que la situation n'a pas beaucoup changé. En fait, les conclusions auxquelles je suis arrivé ont une double source: la firme de recherche Dalbar et les travaux de Daniel Kahneman, Prix Nobel d'économie en 2002. Ses travaux ont porté sur les finances comportementales. Nous avons toujours cru que l'investisseur était rationnel et utilisait toute l'information disponible, et efficacement. Pourtant, les travaux de Kahneman démontrent le contraire. L'investisseur est irrationnel et agit en fonction d'informations incomplètes.

Les travaux de la firme de recherche Dalbar sont intéressants, mais les résultats, surprenants. Selon leurs diverses recherches, les rendements des investisseurs sont tout à fait catastrophiques. Pour les 20 dernières années, soit de 1986 à 2005, les investisseurs américains n'ont obtenu que 3,9 % de rendement avec leurs fonds d'actions et un modeste, ou catastrophique, taux de 3,3 % avec leurs fonds de répartition d'actif (ou fonds équilibrés). Pendant cette même période, le S&P 500 a produit un rendement de 11,9 %. Les investisseurs ont à peine fait mieux que l'inflation à 3 % pendant cette même période. Conséquemment, cette situation annonce certaines retraites plus difficiles que d'autres. Même si ces données n'existent pas au Canada, tout porte à croire qu'elles sont fort semblables.

Chacun peut y aller de ses réflexions pour expliquer une telle situation; pourtant, il y a une réalité facilement observable: le «guess right ratio». Le phénomène est en fait dû au mauvais synchronisme des investisseurs. Selon les recherches de Dalbar, seulement une fois sur cinq, dans 20 % des cas, l'investisseur réussit à bien deviner la direction du marché et à faire coïncider ses placements. Cependant, quand nous savons que, statistiquement, le marché augmente deux jours sur trois, dans 66 % des cas, la moyenne «au bâton» de l'investisseur est très faible. Nous pourrions presque la comparer à celle de sa mise avec l'achat d'un billet de loterie: il y là une exagération certaine...

Quelqu'un n'aurait qu'à investir, sans jamais rien faire d'autre, et il serait assuré d'obtenir le «momentum» positif dans 66 % des cas, alors qu'avec son «bon» jugement, il ne réussit que dans 20 % des cas. L'investisseur qui tente de prévoir le marché, sur une période de 20 ans, cumule un montant de 21 422 $ par tranche de 10 000 $ investis. Son voisin qui aurait investi de façon régulière, mensuellement par exemple, aurait cumulé plus de 32 123 $ pour la même période. Toute une différence! Pourquoi les investisseurs continuent-ils à penser qu'ils peuvent, avec leurs connaissances, leur intuition et leur jugement faire mieux? De plus, pour certains, l'obstination devient presque maladive. Ils s'entêtent...

Les travaux de Daniel Kahneman ont porté sur les finances comportementales, et ils nous aident à mieux comprendre les motivations des comportements des investisseurs, alors que le mauvais synchronisme est la principale cause de piètres résultats. M. Kahneman a relevé neuf causes à cette irrationalité des investisseurs.

Dans notre prochaine chronique, nous aborderons ces causes et avancerons des solutions possibles.

question@avantages.com

L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.

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