Retraitée, elle craint de manquer d'argent pour bien vivre

M.Chiasson, merci pour les informations données récemment à Sophie dans Le Devoir du samedi. Elles me seront utiles malgré certaines différences.

J'ai 66 ans, suis célibataire, mais avec deux petits-enfants; je suis propriétaire d'un logement qui vaut environ 180 000 $ si je le vendais maintenant. J'habite Québec, au centre-ville.

J'ai pris ma retraite à 65 ans et j'ai commencé à prendre mon FERR qui est de 525 $ par mois. Dans l'un de mes FERR se trouvent les unités d'un fonds géré par l'Industrielle Alliance d'une valeur de 70 803 $ qui m'a rapporté l'an passé 9,57 %.

J'ai dans une autre institution un FERR de 25 200 $. Je n'ai rien hors REER; par contre, j'ai trois petites caisses de retraite qui me donnent en tout 7692 $ par année.

Je reçois de la RRQ 712 $ par mois, nets.

Vous disiez dans votre réponse à Sophie que le seuil de pauvreté est de 20 000 $ et que pour vivre correctement il faut obtenir 2,2 fois ce seuil; je suis loin de ce chiffre et votre réponse m'a inquiétée.

Donc, voici ma question: comment faire pour améliorer mon sort?

Louise

Vous faites ici référence à ma chronique parue dans Le Devoir du 24 février et intitulée «Plan de match pour une personne de 66 ans sans trop d'épargne».

Effectivement, votre cas ressemble à celui de Sophie, à la seule différence que vous êtes propriétaire d'un condominium de 180 000 $. Sophie était locataire. Conséquence: même si vos REER sont d'une valeur similaire, votre avoir après impôt est supérieur à celui de Sophie: 247 202 $ contre 164 000 $. En fait, Sophie envisageait de travailler à plein temps pendant encore trois ans pour, en épargnant très intensivement, porter son avoir à 247 000 $ après impôt, soit au niveau actuel du vôtre.

Vous vous trouvez par conséquent à 66 ans dans la position financière à laquelle prétend Sophie dans trois ans. Une position financière qui vous permet dès maintenant de vivre autour de 2,0 fois votre seuil de pauvreté correspondant à 20 000 $ par année (revenu brut annuel).

C'est donc dire que vous êtes en mesure de dégager de votre avoir et de vos rentes un revenu brut annuel équivalent de 40 000 $ par année. Impossible, dites-vous. Vos rentes — celle de la Régie des rentes du Québec, celle de la pension de la sécurité pour la vieillesse du gouvernement fédéral et celles cumulées de différents employeurs — totalisent annuellement 22 140 $. À cela s'ajoutent vos retraits annuels des FERR de 6300 $. Revenus bruts totaux annuels: 28 440 $. Aussi dites-vous être très loin du revenu brut annuel requis de 40 000 $ pour vivre une retraite raisonnable à deux fois le seuil de pauvreté.

Sauf que là, vous oubliez un facteur: le capital accumulé dans votre condo libre de toute hypothèque. Ce capital ne rapporte pas de revenus de placement, mais il ne dort pas pour autant. En effet, s'il ne vous procure pas de revenus de placement, il vous accorde en revanche une économie de loyer. Une économie annuelle que j'estime au bas mot à 7500 $ par année. De surcroît, une économie nette après impôt.

Une fois les impôts payés, vos rentes et retraits du REER vous donnent un revenu net annuel de près de 21 000 $. Ajoutez à ce montant votre économie annuelle de loyer de 7500 $ et votre revenu annuel après impôt atteint 28 500 $. Ce revenu net équivaut à un revenu brut annuel de près de 38 200 $, ce qui n'est pas très loin du niveau de vie visé de deux fois votre seuil de pauvreté ou 40 000 $ par année (revenu brut annuel).

Donc, pour bien vivre, vous n'avez qu'à maintenir le cap actuel en encaissant vos rentes et retraits annuels de vos FERR. Dans ce dernier cas, pour la première année, le retrait en question sera de 6300 $. Pour les années subséquentes, vous verrez à majorer ledit retrait selon le taux d'inflation annuel. Par exemple, en supposant un taux d'inflation annuel de 2,5 %, le retrait pour la seconde année s'élèvera à 6458 $, pour la troisième année, à 6619 $, et ainsi de suite jusqu'à 81 ans, soit l'âge où le capital de vos FERR sera totalement épuisé (selon ce plan de retraits).

Éventuellement, vous pourriez considérer troquer votre statut de propriétaire contre celui de locataire. À la suite de la vente de votre condo, vous disposeriez alors d'un capital à investir de près de 170 000 $. Un capital dont vous pourriez tirer des revenus de placement annuel après impôt de 6800 $ environ. Vous pourriez prendre une ponction directe sur votre capital de 3000 $ par année, ce qui, ajouté aux revenus de placement, vous procurerait un revenu annuel supplémentaire net de 9800 $, soit plus que l'économie nette de loyer résultant actuellement du capital accumulé dans votre condo.

La vente éventuelle de votre condominium pourrait même améliorer votre sort si vous parveniez à dénicher un logement dans une résidence pour retraités. Non pas une résidence luxueuse au loyer mensuel exorbitant, mais une résidence plus modeste, bien construite en béton, avec ascenseurs et certains services tels qu'une cafétéria, une salle de cinéma, une terrasse, le transport communautaire, etc.

La Ville de Montréal construit présentement de telles résidences bien situées dont les loyers mensuels pour un logement de trois pièces et demie m'apparaissent fort abordables (moins de 900 $ tout compris). À cause de certains services, les locataires retraités bénéficient de surcroît de crédits d'impôt qui viennent réduire le coût du logement.

Peut-être que la Ville de Québec fait ou fera de même (sinon, vous devriez fortement suggérer à votre mairesse la mise en place d'un tel programme). Peut-être existe-t-il par ailleurs dans le privé de telles résidences à prix fort abordable pour les retraités aux revenus annuels limités.

Pour vaincre son hésitation face à la Bourse

Je viens de vendre un terrain 27 500 $ que j'avais payé 10 000 $. Je prévois payer environ 3500 $ en impôt pour le gain en capital. J'ai un revenu de retraite d'environ 52 000 $.

Je veux investir à la Bourse environ 20 000 $. Première expérience. Je lis attentivement vos chroniques. J'ai un oeil sur Fortis, Barrick, Pages jaunes, BCE. J'hésite, mais je veux agir.

Suis-je dans le champ?

Merci.

C. R.

Sherbrooke

Deux choses pour vaincre votre hésitation. D'abord, dites-vous que votre horizon de placement n'est pas d'un an, ni de deux ans, ni de cinq, mais bien de 15 ans et plus. À long terme, payer une action à plus ou moins 3 % de son juste prix n'affectera pas significativement le rendement à long terme de votre portefeuille.

Ensuite, tenez-vous-en strictement aux actions de grandes entreprises comme celles que vous mentionnez dans votre lettre. Les probabilités sont fortes que ces entreprises soient encore là dans 15 ans et plus.

Le Groupe Les Pages jaunes domine presque totalement le marché des annuaires téléphoniques au pays. Fortis est la seule société ouverte d'hydroélectricité, avec des ventes annuelles de près de 1,5 milliard de dollars. Ce n'est pas Hydro-Québec, mais l'entreprise exploite des actifs d'une durée de vie très longue en plus d'être de plus en plus prisés pour leur faible niveau de pollution et d'émission de gaz à effets de serre.

Barrick Gold est le plus important producteur d'or au monde. L'entreprise dispose de réserve de 137 millions d'onces d'or. Ces réserves d'argent sont aussi très importantes. Idem pour le cuivre, d'autant plus que l'entreprise dispose d'un gisement à développer de 15 milliards de tonnes. Quant à BCE, il est le seul conglomérat des télécommunications et, par les temps qui courent, il se trouve dans la mire des caisses de retraite et des fonds privés. Il n'y a donc pas lieu d'hésiter. Profitez de toute faiblesse des cours pour accumuler en deux ou trois coups les actions de deux des quatre firmes mentionnées dans votre lettre.

Par exemple, au moment de répondre à votre question, l'action de Barrick Gold perdait plus d'un dollar alors que le prix de l'or grimpait. Voilà une occasion pour accumuler un peu d'actions de ce géant de notre secteur des ressources naturelles qui génèrent, bon an, mal an, des fonds autogénérés de plus de deux milliards de dollars américains par année.

cchiasson@proplacement.qc.ca

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