Mieux-être - Sortir de la spirale

Personne ne crie vraiment dans le désert. J'en ai la preuve chaque semaine, et si je vous appelle à l'aide, je vous entends en écho. Il y a deux semaines, j'ai écrit que la santé n'intéresse pas l'espace public, que nous sommes dans une spirale de consommation de la maladie. La grenouille est plus enflée que le boeuf et sur le point d'éclater; on n'en continue pas moins de lui insuffler énergie, argent, discours et talent. Nous sommes d'accord, vous et moi: vous dites que j'écris tout haut ce que beaucoup pensent tout bas... mais quelles sont les solutions?, vous ai-je demandé.

Avant de me lancer dans vos réponses, ceci: dans le lot des réactions, on a porté à mon attention une situation alarmante. Saviez-vous que dans les milieux défavorisés, nos enfants prennent des médicaments en assez grande quantité pour scandaliser un travailleur social?

Les pédopsychiatres voient ces enfants mais n'ont pas de temps de psychothérapie à leur consacrer, alors on leur prescrit des médicaments. Ritalin, antidépresseurs... Voilà l'ordinaire de jeunes de sept ou huit ans qui ont eu le malheur ne naître sans argent et sans culture.

Allons vers des solutions pour stopper la spirale, cet enroulement autour de l'axe de la maladie. Il est urgent de changer d'axe, et c'est bien entendu une remise en question radicale de la médecine telle qu'elle est enseignée et pratiquée. Impossible à faire! Alors, les gens sortent du système. Ils essaient leurs propres solutions, d'où les thérapies qu'on a qualifiées d'alternatives et que le système tente d'intégrer, bon gré, mal gré, pour garder le contrôle.

D'où l'automédication, d'où le rapport trouble entre médecins et citoyens qui se documentent et se responsabilisent en ce qui a trait à leur corps... et leur âme, et leur esprit, je ne sais pas trop comment qualifier cette santé mentale qui n'est pas que dans le cerveau.

Mais ce sont ces expériences marginales qui ont tellement gagné en popularité qui indiquent le changement d'axe, la fin de l'attraction vers ce noyau dur de la maladie. Car il ne s'agit pas seulement de voir la santé autrement: du coup, on analyse différemment la maladie.

Pour sortir de la spirale, il y a d'abord l'éducation, m'écrit longuement André Goyette. L'éducation prise dans un sens large, qui implique «une prise de conscience de ce que nous sommes et de notre environnement». Il ajoute ceci: «Seule l'éducation de soi, la connaissance, la philo — [l'amour, l'attrait, l'intérêt] pour la — sophie [sagesse, connaissance de soi et du monde] permettent de briser ce cercle infernal.» M. Goyette nous propose la lecture de La Sculpture de soi de Michel Onfray, disponible en livre de poche.

Ginette Lefebvre me demande: «Avez-vous entendu parler des repas santé à instaurer dans les écoles à la grandeur du Québec pendant la campagne électorale? A-t-on entendu parler de la possibilité d'avoir un crédit d'impôt pour toute inscription à des cours de conditionnement physique [...]? A-t-on entendu un parti clamer haut et fort qu'il faut prévoir des fonds pour réparer les installations dans les quartiers tels les piscines et les gymnases, pour assurer des équipements convenables, voir à leur entretien, etc.?»

Comme nous tous, Mme Lefebvre n'a entendu parler que des listes d'attente, de la congestion dans les urgences et des coûts associés à la surutilisation des installions hospitalières. Quand je pense qu'à l'origine du mot «hospitalier», il y a un accueil implicite où on se sent les bienvenus!

Lise Robitaille, de Gatineau, me raconte qu'en cherchant à améliorer sa santé, elle a reçu de son médecin la suggestion de prendre... des antidépresseurs. Ce serait intéressant qu'un chercheur se penche sur ce phénomène. Combien de fois prescrit-on des antidépresseurs pour ne pas entendre ce que les femmes disent au médecin qui les rencontre? Nous y reviendrons, mes amis, nous y reviendrons.

En attendant, relisons Prescription For Nutritional Healing de Phyllis Bach, un livre que consulte souvent Mme Robitaille (chez Avery Penguin Putnam, en anglais seulement).

De Val-d'Or, Michel Leduc écrit: «J'ai beau m'exprimer dans le même sens que vous, les leaders de notre mieux-être collectif nous écartent des milieux de prise de décision. Nous dérangeons l'ordre établi, eh bien dérangeons et dérangeons encore.»

Du Nouveau-Brunswick, Louis Léger écrit: «Depuis toutes ces années, ils ont amassé des milliards de dollars pour de la recherche sur le cancer, mais il y a toujours de plus en plus de décès causés par cette maladie. Si on avait utilisé seulement 10 % de cet argent pour sensibiliser les enfants à l'importance de la nutrition et de l'exercice, il n'y aurait pas autant d'épidémies de tout genre.»

Enfin, Serge Mongeau, l'auteur connu de La Simplicité volontaire (Éditions Écosociété), m'envoie un article dans lequel il explique que la décroissance économique qu'il articule en propositions concrètes est un outil de promotion de santé. «Notre société de consommation engendre violence, abêtissement et maladies», conclut-il.

Avant de vous quitter pour la semaine, je tiens à vous remercier. Vos bons mots, vos encouragements, vos idées sont derrière les phrases que j'écris dans cette chronique. Si je ne parle pas de tous, tous sont inclus.

vallieca@hotmail.com

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