Opération charme

En convoquant les journalistes cette semaine afin de leur vanter les trois blockbusters que son studio lancera sur l'orbite estivale, Peter Pitino avait comme premier objectif de s'assurer que, «dans l'abondance de films qui prendront l'affiche pendant la saison, les nôtres ne passeront pas inaperçus». Opération charme, donc, reconnaît avec humour le responsable de la publicité et de la promotion de la 20th Century Fox au Canada.

Il est vrai que Fox n'a pas sous la main de Pirate des Caraïbes, de Shrek ou de Spider-Man, auxquels les pronostics les plus conservateurs prédisent un triomphe. Par conséquent, ses canons franchisés affichent l'énergie du désespoir: Fantastic Four: Rise Of The Silver Surfer et Live Free Or Die Hard, quatrièmes aventures de John McClane (Bruce Willis). Mais Fox détient toutefois une arme de séduction massive. Son nom? Bart Simpson, dans l'adaptation du dessin animé de Matt Groening (The Simpsons: The Movie) attendue sur les écrans du monde entier le 27 juillet.

Il reste qu'avec deux suites et une adaptation télévisée, Fox, à l'instar de la concurrence, ne pèche pas par originalité. «Notre priorité est pour l'instant de battre la concurrence sur son propre terrain. [...] On ne peut pas vraiment dire qu'on sort des sentiers battus, mais notre objectif est de creuser plus profond et de faire en sorte que les spectateurs se creusent la tête.» Sic.

À propos de se creuser la tête, Fox, comme plusieurs autres studios, s'interroge sur le rôle de la presse et sur l'importance de lui montrer les films en projection de presse ou encore d'organiser des avant-premières auxquelles les critiques sont conviés. Les scores mirobolants au box-office de certains films récents (Underworld: Evolution, Ghostwriters, etc.), sortis au terme d'une campagne publicitaire ciblée excluant l'apport journalistique, ont confirmé que ces films pouvaient s'en passer. «Plusieurs de nos films attirent un public qui ne lit pas les journaux», confirme Peter Pitino, pour qui la presse joue un rôle essentiel lorsqu'un message clair doit être envoyé, au-delà duquel la critique, bonne ou mauvaise, devient superflue.

Voilà qui est rafraîchissant. Depuis le temps où les critiques se sentent pris entre l'arbre et l'écorce, utilisés comme instruments promotionnels et soumis aux diktats des distributeurs qui coordonnent jusqu'aux dates de parution, je trouve formidable d'imaginer que dans un avenir rapproché, elle ne ferait que jouer son rôle: critiquer, au moment qu'elle juge opportun, et faire des entrevues à sa demande, non plus à celle des commerçants du cinéma. Mais je rêve, vous le savez bien. L'avenir de l'information cinématographique est au publireportage. Plus besoin de voir le film, la presse accourt, s'abreuve et vomit. Dans certains médias, les auditeurs-téléspectateurs-lecteurs ne font déjà plus la différence entre l'information et la publicité. Avec Internet qui brouille les cartes, on n'y verra plus rien très bientôt. Que dites-vous? On y est déjà?

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Le Festival international du film de Toronto s'est longtemps contenté d'être bon quatrième derrière les festivals de Cannes, Venise et Berlin. Mais depuis qu'il a pris la deuxième position sur la scène internationale, n'ayant plus que Cannes à envier, son ambition a décuplé. La naissance prochaine du Toronto International Film Center, dont la première pelletée de terre sera soulevée la semaine prochaine, est signe que l'organisme est en plein régime de conquête. La venue la semaine dernière à Montréal de Noah Cowan, codirecteur de l'événement avec Piers Handling, n'est pas à proprement parler un signe majeur. Mais les renseignements qu'on a pu soutirer au sympathique programmateur n'en sont pas moins éloquents.

Le festival, qui entend poursuivre cette année sa tradition en inaugurant sa 32e présentation avec un film canadien, est fermement décidé à présenter une première mondiale. Ce qui, à première vue, semblerait exclure L'Âge des ténèbres, de Denys Arcand, dont la place à Cannes serait acquise et dont le tremplin en ouverture de Toronto était également garanti. La politique du FIFT est claire à ce sujet: c'est l'un ou c'est l'autre, le beurre ou l'argent du beurre. Pas d'exception pour Arcand, pas d'exception non plus pour David Cronenberg, attendu sur la Croisette avec son nouveau thriller, Eastern Promises. Le festival programmera ces films dans des sections parallèles, laissant ses soirées Gala (équivalent en glamour de la sélection officielle cannoise) à des premières mondiales. Du reste, Cowan ne semble pas trop inquiet: «C'est une année riche pour le cinéma canadien, je pense que nous aurons l'embarras du choix.»

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Je n'aime pas trop faire de la réclame, encore moins lorsqu'elle me concerne personnellement. Permettez-moi toutefois de faire une joyeuse exception pour le Combat des films, qui aura lieu la semaine prochaine à Bazzo.tv. Cinq participants ont été invités à choisir une comédie, qu'ils défendront à coups d'arguments savants, d'extraits bien choisis, de pleurs et de cris du coeur. Chaque jour, un film sera éliminé, permettant au perdant de se rallier à la cause d'un film concurrent, et ainsi de suite jusqu'à jeudi. Mes adversaires seront Geneviève Brouillette (Le père Noël est une ordure), Louis Morrissette (Le Dîner de cons), Louise Richer (Monty Python: The Meaning Of Life) et Stéphane E. Roy (Raising Arizona). Mon canon comique à moi? The Philadelphia Story (Indiscrétions), le classique de George Cukor avec Katharine Hepburn, Cary Grant et James Stewart. Souhaitez-moi bonne chance.

Collaborateur du Devoir

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