Technologie - Musique en ligne: les consommateurs ne sont plus des voleurs

Steve Jobs, grand patron d’Apple, et Eric Nicoli, son homologue chez EMI, ont annoncé la nouvelle entente la semaine dernière.
Photo: Agence France-Presse (photo) Steve Jobs, grand patron d’Apple, et Eric Nicoli, son homologue chez EMI, ont annoncé la nouvelle entente la semaine dernière.

L'entente de la semaine dernière entre le site marchand iTunes Store de Apple et la maison de disques EMI marque une page importante dans l'histoire de l'industrie de la musique et surtout, son avenir. En décidant de faire confiance aux consommateurs en extirpant le système de protection de ses fichiers, la maison EMI indique enfin un changement d'attitude envers les consommateurs. À leurs yeux, nous ne sommes plus des voleurs; au contraire, nous redevenons les consommateurs d'autrefois qui avaient le droit de faire ce que bon leur semblait avec leurs achats.

C'est d'ailleurs le grand patron de EMI Group, Eric Nicoli, qui disait la semaine dernière que la meilleure façon de combattre le trafic illégal de la musique dans Internet, c'était de rendre la musique accessible de façon plus conviviale et à un coût décent. Mieux encore, et je le cite: «Nous prenons l'approche que [sic] nous devons faire confiance aux consommateurs. Le fait que certains vont encore nous décevoir et choisir de nous voler est inévitable.»

Une attitude rafraîchissante qui se compare probablement en importance à l'ouverture du tout premier site marchand de musique en ligne en 2003, alors qu'Apple surprenait les consommateurs avec son offre de téléchargement de musique légal par Internet. Depuis ce temps, le comportement des maisons de disques, autant en ligne que hors ligne, n'a cessé d'être négatif à l'endroit des consommateurs. Comme si du jour au lendemain, avec l'arrivée d'Internet dans nos chaumières, nous étions tous devenus des voleurs.

Et pourtant, depuis l'arrivée des marchands de musique en ligne, la seule chose que revendiquent les amateurs de musique, c'est de la flexibilité, pas de l'encadrement. Avoir la possibilité d'écouter ses fichiers sonores sur le baladeur de son choix ou autres appareils de la maison ou de la voiture, exactement comme on peut le faire avec une copie numérique d'un bon vieux disque ou, paradoxalement, avec un fichier téléchargé illégalement par Internet.

Une nouvelle approche chaudement accueillie

C'est donc une nouvelle approche que même l'association américaine de l'industrie de l'électronique a chaudement saluée. Selon Gary Saphiro, le président de Consumer Electronics Association, l'entente entre EMI et Apple représente le futur du divertissement numérique. Rien de moins. Reste à voir si toutes les maisons de disques et les sites marchands comprendront la même chose.

Chez Apple à première vue, on pourrait penser que l'entreprise risque de voir diminuer le nombre de baladeurs iPod vendus. Mais en fait, en offrant de la musique sans «tatouage» pour encadrer son utilisation, Apple ne fait qu'ouvrir ses portes à un plus grand nombre de consommateurs qui utilisent d'autres appareils que le iPod pour écouter la musique, de même qu'aux internautes qui aiment posséder la musique sur CD ou sur DVD avec une meilleure qualité sonore. Car en plus d'offrir un fichier sonore sans système de gestion de droit, le site marchand iTunes augmente la qualité de la reproduction, passant d'une copie de chanson tatouée à 128 kbit/s à une version libre à 256 kbit/s, soit une amélioration notable dans la qualité sonore du fichier pour ceux que la chose préoccupe.

En outre, pour rendre service aux consommateurs, et faire un coup d'argent au passage, Apple offre même un nouveau programme pour mettre à niveau son catalogue de musique EMI personnel. Le disquaire iTunes permet à un client de la boutique d'échanger ses «vieux» fichiers sonores des Rolling Stones, Norah Jones ou Coldplay pour une version libre, moyennant des frais de 30 ¢ la chanson. Ah oui, parce qu'un fichier sans restriction d'utilisation, ça coûte plus cher. Le prix passe de 99 ¢ à 1,29 $ pour un fichier détatoué.

Un mouvement qui s'amplifie

Depuis cette annonce, le mouvement ne cesse de s'amplifier. En France par exemple, les sites marchands Fnacmusic et Virginmega ont annoncé eux aussi qu'ils offriraient le catalogue de pièces musicales sans protection contre la copie de la maison de disques EMI.

De son côté, le géant Microsoft a bien dû se raviser et annoncer lui aussi que son service Zune MarketPlace allait offrir le catalogue sans protection de la maison EMI. Une situation embarrassante pour le fabricant du baladeur Zune, un baladeur qui devrait être disponible chez nous pour Noël, puisque Microsoft avait qualifié d'opération irresponsable toute la campagne d'Apple auprès des maisons de disques pour obtenir des fichiers musicaux sans protection. Et aujourd'hui, avec un marché de 8,8 % aux États-Unis, Microsoft doit se raviser sur la place publique.

Ici au pays, c'est encore le site marchand PureTracks qui mène le bal et qui le premier a fait sauter la protection sur certains fichiers en février dernier, bien avant l'annonce de Apple et EMI. Dans le cas du marchand canadien, on parle d'une partie de son catalogue (50 000 titres) qui serait offerte en format MP3 dépourvu d'un système de protection. Dans la liste des titres «détatoués», on retrouve les chansons des artistes francophones Jean Leloup, Richard Séguin, Les Trois Accords et plusieurs nouveaux albums, dont ceux de Stefie Shock, Pierre Lapointe ou Daniel Bélanger.

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bguglielminetti@ledevoir.com

Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno).

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