Existe-t-il encore de véritables «blue chips»?

Je viens de vendre un bon lot d'actions de BCE, voyant venir la situation que vous décrivez dans l'une de vos récentes chroniques portant sur le secteur des télécommunications.


On peut se prémunir contre de trop lourdes pertes en vendant, mais quoi acheter pour assurer un rendement potable (8 %) du portefeuille? Si les «blue chips» n'en sont plus — le cas d'Enron fait lui aussi frémir —, où trouver une certaine sécurité contre l'effondrement des marchés?


Merci pour vos conseils, que je trouve très avisés.


F. B. R.

La meilleure façon de se prémunir contre un effondrement des marchés, c'est encore de déterminer un partage adéquat du portefeuille entre les deux grandes classes d'actif, les obligations et les actions. Pour une personne de nature prudente, pour un novice en matière de placement ou encore pour les retraités, cette répartition devrait être d'au moins 60 % du portefeuille en obligations (ou instruments d'épargne) et 40 % ou moins en actions. La première portion devrait se composer uniquement d'obligations négociables de grande qualité et ne devrait pas avoir une échéance moyenne de plus de sept ans. Vous opterez pour une échéance moyenne de sept ans si vous anticipez une tendance à la baisse durable des taux et entre quatre et cinq ans si vous anticipez une tendance à la hausse durable des taux. La raison: la valeur marchande des obligations fluctue inversement à la tendance des taux. Si celle-ci est à la hausse, la valeur marchande des obligations négociables reculera et vice versa. En écourtant l'échéance moyenne de votre portefeuille d'obligations, vous minimisez l'ampleur du recul de la valeur marchande de vos titres en période de hausse des taux. Notez qu'à l'échéance d'une obligation négociable, vous êtes assuré de récupérer sa valeur nominale de 1000 $, peu importe les fluctuations enregistrées de la valeur marchande durant la vie de l'obligation. Par obligations de grande qualité, j'entends les obligations émises par les gouvernements (le gouvernement fédéral, les provinces et leurs services publics ainsi que les municipalités).


Quant à la portion actions du portefeuille, elle doit essentiellement se composer, dans le cas d'un retraité, de titres de grandes entreprises canadiennes ayant pour politique de verser de généreux dividendes. Ces firmes appartiennent généralement à la classe d'entreprises dites «blue chips». Mais même s'il s'agit de «blue chips», vous ne pouvez pas vous contenter d'acheter leurs actions pour ensuite les oublier à tout jamais dans votre coffret. Un suivi de l'entreprise et de son industrie est nécessaire, suivi qui ne requiert cependant pas un effort énorme. Il arrive parfois des situations difficiles, comme celle que traversent présentement les entreprises du secteur des télécommunications. Les meilleures d'entre elles sortiront généralement plus fortes d'un tel contexte parce qu'elles auront été forcées d'assainir leurs activités en les épurant et en réduisant leurs coûts d'exploitation et qu'elles profiteront de la disparition de concurrents. BCE demeure en mon sens l'entreprise la plus solide et la mieux intégrée du secteur des télécommunications au pays. Aussi, quand survient une faiblesse du cours de l'action, cette faiblesse se présente souvent comme une occasion d'accumuler graduellement le titre à faible prix. Tel fut par exemple le cas de TransCanada PipeLines qui, de 1999 à aujourd'hui, a vu le cours de son action passer de 28 $ à 9 $ environ pour ensuite le voir rebondir à près de 23 $.


Mais il arrive parfois qu'une grande entreprise meure. C'est pourquoi il est important de répartir vos placements entre les actions de cinq ou six grandes entreprises vous permettant de participer à au moins trois secteurs d'activité distincts et stratégiques sur le plan de l'économie canadienne.





Attention aux pertes dites fictives


Félicitations pour votre chronique, qui est des plus intéressantes.


Je détiens des titres de Telus. J'ai des actions ordinaires avec plein droit de vote (symbole: T) et des actions sans droit de vote (symbole: T.A).


Présentement, je comptabilise chacun des titres de façon séparée pour le suivi du PBR (prix de base rajusté). J'aimerais savoir si je peux me départir de mes actions ordinaires (T) pour réclamer une perte en capital que je déduirais en contrepartie contre un gain en capital réalisé et imposé en 2000.


À la suite de cette présumée vente, puis-je racheter des actions sans droit de vote (T.A) sans tenir compte du délai de 30 jours habituellement requis pour un titre en particulier?


Merci de l'intérêt que vous porterai à mes questions.


R. M.





Pour ce qui est de vendre des actions de Telus avec droit de vote pour acheter ensuite celles sans droit de vote, vous devez en mon sens observer le délai requis de 30 jours entre les dates des deux transactions. Les règles fiscales stipulent que la vente d'une action ne permet de réaliser une perte en capital déductible que si l'investisseur ne rachète pas le même titre ou un titre identique à l'intérieur d'un délai de 30 jours. S'il le fait, le fisc considère alors la perte réalisée comme étant une perte fictive non déductible dans l'année où elle a été réalisée. Par contre, vous pourriez vendre vos actions de Telus pour acheter celles d'une autre entreprise du même secteur, telles que les actions de BCE.


Par ailleurs, l'idée de déduire les pertes réalisées à la vente des actions contre des gains réalisés et imposés en 2000 est excellente. Depuis octobre 2000, seulement 50 % des pertes en capital réalisées sont déductibles. Par contre, leur taux d'inclusion (la portion déductible de ces pertes) a déjà été de 75 % (avant le 27 février 2000). Aussi, si vous réclamez vos pertes actuelles et celles de 2003 contre des gains réalisés et imposés en 1999 ou 1998, vous pourrez déduire 75 % de la perte en question et donc encaisser une économie d'impôt plus élevée que si vous aviez déduit ces mêmes pertes contre des gains réalisés en 2002 et après.


Quant à la portion de la perte déductible sur la vente des actions de Telus en 2002 contre des gains réalisés et imposés en 2000, celle-ci correspondra au taux d'inclusion moyen calculé dans votre déclaration fiscale 2000 pour les gains en question. Ce taux d'inclusion moyen se situe quelque part entre 50 % et 75 %.