Le prix du pétrole repasse la barre des 60 $US

L'or noir n'a pas la cote. Des experts, comme Jeffrey Rubin de Marchés mondiaux CIBC, révisent leur position quant au secteur. Les énergies alternatives auront pour effet, selon lui, d'affaiblir la demande pour le pétrole et, donc, de faire chuter son prix.

Les journaux financiers insistent quant à eux sur les profits moindres réalisés par nos grandes pétrolières au quatrième trimestre. Certains ont cité des experts qui vont jusqu'à prédire un recul de 30 % en 2007 des profits des entreprises du secteur.

Un pessimisme qui est bien senti du côté de Bay Street. Un tout autre son de cloche émane cependant des forces vives du marché. Le prix du pétrole a en effet effectué un virage à 180 degrés au cours des dernières semaines. Après avoir touché près de 50 $US, le prix du baril de pétrole a repassé la semaine dernière la barre des 60 $US.

Un rebond qui ne ment pas quant au rapport toujours très serré qui prévaut entre l'offre et la demande de pétrole, et ce, en dépit d'un hiver très doux. Il aura fallu l'annonce, la semaine dernière, d'une simple fuite d'un pipeline de la firme Teppco servant le nord-est des États-Unis pour insuffler toute sa vigueur au prix du baril. Au même moment, deux autres nouvelles négatives sont venues renforcer ce mouvement haussier: un feu à une raffinerie de Valero et un arrêt de production pour entretien au champ pétrolifère à Beaufort de British Petroleum. Pas de grosses affaires en soi. Mais, comme ces événements tendent à le démontrer, le rapport entre l'offre et la demande pour le pétrole est si serré que son prix réagit à la moindre poussière qui tombe dans l'engrenage.

Cela illustre aussi le fait que les pays membres de l'OPEP sont en parfait contrôle du marché. Ils ont réduit leur production de près d'un million de barils de pétrole depuis décembre dernier et ils peuvent encore serrer la vis au besoin.

Bien sûr, il y a ces énergies alternatives qui pourraient un jour saper la demande pour le pétrole. Rien n'est cependant moins sûr. Car, à part réduire notre consommation en optant pour les transports en commun ou de plus petites voitures, toutes les autres solutions pour assouvir nos besoins grandissants en matière d'énergie comportent leurs lacunes.

L'énergie nucléaire peut certainement tempérer notre dépendance au charbon, au gaz naturel et, peut-être, au pétrole. Mais, construire des centrales coûte cher. Il faut beaucoup de temps pour les construire. La Chine lance chaque année la construction de deux nouvelles centrales nucléaires. Il en sera ainsi pour les dix à quinze prochaines années. Ce recours au nucléaire se traduit déjà par une rareté appréhendée de l'uranium, dont le prix a littéralement explosé depuis trois ans.

L'éthanol pourrait se substituer en partie au pétrole. Certaines études montrent cependant qu'il faut brûler un baril de pétrole pour produire 1,3 baril de pétrole équivalent d'éthanol. Que vous brûliez le pétrole en consommant de l'essence avec votre automobile ou que ce même pétrole soit consumé par les tracteurs dans nos champs de maïs, par les camions sur nos routes et par les usines pour en fin de compte produire l'éthanol, les compagnies pétrolières n'en n'ont rien à faire. La demande pour l'or noir restera la même ou presque.

Pire. Non seulement l'éthanol ne nous assure pas une dépendance moindre au pétrole, mais sa production se traduit déjà par une véritable flambée des prix des denrées dont le blé et le maïs. Une flambée telle que les grandes terres cultivables font maintenant l'objet d'une spéculation sans précédent au grand plaisir des agriculteurs.

Quant aux sables bitumineux, les transformer en pétrole lourd pour ensuite le raffiner commande de gros investissements. L'éolien et l'énergie solaire sont d'autres sources d'énergie envisageables, mais elles sont trop limitées pour remplacer les combustibles fossiles dans notre quête énergétique, quête presque sans fin alors que plus de deux milliards de personnes se mettent au diapason des économies de marché.

Cette course effrénée aux moyens pour produire plus d'énergie a un autre effet pervers: la flambée des coûts de production. Les coûts d'exploration et d'exploitation des nouveaux gisements ont tellement grimpé qu'ils sont en train de tuer dans l'oeuf de nombreux projets de développement. Plusieurs grandes pétrolières ont mis de tels projets en veilleuse au cours des deux derniers trimestres. Une tendance qui ne peut qu'exacerber à moyen terme le rapport déjà serré entre l'offre et la demande pour le pétrole.

Et il y a le géopolitique qui menace à tout moment de briser le fragile équilibre entre l'offre et la demande de pétrole. Il est clair que la tension montre entre l'Iran et les États-Unis qui ont dépêché l'un de leurs porte-avions dans la région. Ces tensions internationales, si elles dégénèrent, risquent de provoquer carrément une pénurie de pétrole.

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