Théâtre - De la grande visite

Difficile de passer à côté, comme on dit: Fabrice Melquiot vient à Montréal. Pour une semaine. Le temps, en fait, d'assister à la première de sa pièce Le Diable en partage montée par le collectif DuBunker, à l'Espace Libre. Et de passer un peu de temps avec nous. On vous souhaite d'avoir la chance de trouver des billets pour ce spectacle avant que tout le monde ne s'y précipite et aussi, pourquoi pas, de rencontrer Melquiot puisque l'Espace Libre songe à organiser quelque chose, a-t-on appris entre les branches...

Fabrice Melquiot, c'est ce jeune dramaturge, milieu de la trentaine, qui est l'une des voix les plus exigeantes et les plus originales de la scène théâtrale en France. D'abord comédien durant une dizaine d'années dans la compagnie des Mille fontaines d'Emmanuel Demarcy-Mota, il a suivi ce dernier à Reims où il est «auteur associé» depuis 2002. Il a déjà publié plus de 25 pièces, et ce Diable en partage lui valait tous les éloges, dont le prix du Syndicat national de la critique pour la meilleure pièce de l'année en 2003. Melquiot est aujourd'hui joué un peu partout en une demi-douzaine de langues.

Plusieurs de ses textes ont été montés par des compagnies s'adressant aux jeunes publics, la plupart du temps parce qu'ils mettent en scène des enfants: une bonne dizaine de textes, en fait, dont Les Petits Mélancoliques que j'ai vu à Reims au festival Méli'môme. C'est lors d'une entrevue qu'il nous accordait à cette occasion (nos abonnés peuvent relire l'entrevue dans les archives du Devoir du 9 avril 2005, Le blitz Melquiot) que le dramaturge affirmait écrire ce qu'il fallait qu'il écrive et «jamais pour les enfants ou pour quelque public particulier que ce soit». L'écriture se vit dans l'urgence pour Melquiot. C'est un provocateur, un agitateur poétique. Comme il le précise sur son blogue(www.fabricemelquiot.com): «Je crois à un théâtre qui m'empêcherait de sombrer dans la saloperie des pensées molles, les lâchetés ordinaires, les silences qu'on n'a pas choisis... ».

Ce n'est pas la première visite de Fabrice Melquiot à Montréal; au cours des deux dernières années, il était là pour la lecture en rafale de plusieurs de ses textes et il a aussi participé à un colloque sur les jeunes publics, à la Maison Théâtre. Mais c'est la toute première fois que l'on monte un de ses textes de ce côté-ci de l'Atlantique. Le Diable en partage prend l'affiche le 6 mars, rue Fullum, et Reynald Robinson, qui assure la mise en scène du spectacle, viendra raconter dans notre cahier Culture de samedi prochain ce qui l'a motivé à monter ce drame insoutenable qui se passe en Bosnie durant les événements que l'on sait.

La direction de l'Espace Libre a déjà annoncé sa volonté d'organiser une rencontre avec Fabrice Melquiot et dès que la date en est connue, on vous fait signe. Et tant qu'à y être, on vous signale comme ça l'excellent papier sur Melquiot de Michelle Chanonat sur le site Internet de l'Académie québécoise du théâtre (www.theatrequebec.com). Bienvenue chez nous, M'sieur Melquiot!

En vrac

- On entre déjà dans la dernière semaine de grande frénésie au TNM: on en est aux enchaînements, aux derniers filages et aux générales de la deuxième tranche du programme double Tchekhov alors que La Mouette prend l'affiche dans une semaine exactement jusqu'à la fin du mois. Rappelons qu'Yves Desgagnés dirige ici la même équipe de comédiens et de concepteurs que pour l'Oncle Vania monté plus tôt en saison chez Duceppe. On a hâte de voir ce que l'expérience nous réserve puisqu'il est rare qu'une même équipe professionnelle puisse travailler à un même projet sur une période de temps aussi longue. Et m...

- En collaboration avec la comédienne Christine Olivier et le Théâtre du Nouveau Monde, le Théâtre de Quat'Sous ouvre ses portes dimanche pour un rendez-vous à la mémoire du comédien Claude Gai décédé il y a quelques semaines. Gai, qui a participé à la création d'En pièces détachées (1968) et de La Duchesse de Langeais (1969) de Michel Tremblay, fut également de nombreuses autres productions du Quat'Sous ainsi que de plusieurs autres théâtres avant de jouer à la télévision. Les personnes désireuses d'assister à ce rendez-vous à sa mémoire sont priées de confirmer leur présence à la billetterie du Théâtre de Quat'Sous au 514 845-7277 avant le 28 février. L'événement aura lieu au petit théâtre de l'avenue des Pins, le dimanche 4 mars à 14h, et ceux et celles qui voudront prendre la parole afin de rappeler leurs souvenirs de monsieur Gai pourront le faire simplement et spontanément.

- Les productions À tour de rôle proposent un texte peu connu d'Évelyne de la Chenelière: Chinoiseries. Mettant en vedette Muriel Dutil (que l'on ne voit pas assez) et Guy Vaillancourt le texte «porte une réflexion à la fois amusante, intime et troublante sur l'intérieur de nos solitudes et la nécessité viscérale qu'éprouve l'être humain à générer la rencontre avec l'autre», dit le communiqué. La danseuse et chorégraphe Catherine Tardif signe ici une première mise en scène au théâtre. Tout cela se passe au Théâtre Outremont, le 6 mars à 19h30, et l'on pourra en savoir davantage au 514 495-9944.

- «Si tu parviens à fasciner les hommes de ce pays pour le pire d'eux-mêmes, si tu sais forcer leur admiration pour leur saloperie, si tu es capable de leur apprendre à aimer les pets plutôt que la douceur d'un mot d'amour ou une parole intelligente, alors tu as gagné.» Ça se lit bien sûr, sur un rythme exaspéré. Eh oui, vous avez deviné, c'est du Fabrice Melquiot (parlant de l'élection présidentielle française) dans son plus récent livre: Tasmanie....

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