Plan de match pour une personne de 66 ans sans trop d'épargne

Vos chroniques sont très instructives et nous font réfléchir. Je vous en remercie. J'ai connu dix mauvaises années sur le marché du travail auxquelles s'ajoutent les taux d'intérêt que nous connaissons. Je n'ai ni caisse de retraite ni assurance. Je suis locataire. Merci.

Célibataire, 66 ans, je travaillerai jusqu'à la fin de ma 69e année et je continuerai à travailler à un moindre rythme chez moi par la suite. Je touche les prestations de la sécurité de la vieillesse et celles de la Régie des rentes du Québec. Je gagne en tout 45 000 $ par année. Au 30 septembre 2006, mon REER s'élevait à 107 000 $. Je cotise au maximum chaque année.

Chez ING Direct, j'ai un CPG de 50 000 $ un an à 3,85 % échéant en mai 2007 et 39 000 $ dans un compte d'épargne à 3,50 %. Depuis que je touche mes prestations, j'essaie de déposer 2000 $ par mois (10 mois...).

Je suis consciente que je devrais placer une partie de mes liquidités hors REER dans des actions pour atténuer la ponction fiscale. Je sais également que je dois maintenant penser à intégrer ou à réunir (me semble-t-il) mon avoir dans mon REER avant mes 70 ans. Ma tolérance au risque est faible.

Pour ma tranquillité d'esprit et en prévision de cette période où mes facultés et mon autonomie seront peut-être diminuées, j'aimerais toucher un revenu fixe, prévisible, si cela ne me pénalise pas outre mesure (je sais que la rente viagère fluctue parfois de façon décevante en fonction des taux d'intérêt). Je ne veux pas demander conseil à un représentant d'une institution financière. Si j'avais 35 ans, je m'inscrirais à votre classe et je monterais un portefeuille, mais compte tenu du peu de temps pendant lequel je pourrai investir, cela me semble vain. Un planificateur financier? Lequel? Demander à leur association?... Autant choisir à l'aveugle. Bref, j'ai besoin d'un plan de match. Merci encore.

Sophie

L'épuisement très graduel de votre capital doit ici être envisagé. Car, à 66 ans, avec un avoir après impôt de près de 164 000 $, vivre à 2,5 fois votre seuil correspondant de pauvreté (il est environ de 20 100 $ pour une personne seule; il s'agit du revenu brut annuel) peut difficilement être réalisable. L'avoir net requis après impôt pour prétendre à un tel niveau de vie tourne davantage autour de 370 000 $ (à votre âge). Il y a donc un déficit de 206 000 $ que vous ne pourrez pas combler. Que faire?

Première chose: tenter de réduire cet écart en prolongeant votre présence sur le marché du travail. Ce que vous entendez faire pour les quelques prochaines années. Vous dites épargner actuellement près de 20 000 $ par année. L'effort à l'épargne est grand par rapport à votre revenu annuel de 45 000 $. Si vous le pouvez, maintenez la cadence pendant encore trois ans (fin de vos 69 ans). De la sorte, en présumant la pleine cotisation annuelle au REER, votre avoir totalisera dans trois ans près de 247 000 $ après impôt. Il se composera d'un REER d'une valeur de 146 000 $ (102 000 $ après impôt environ) et d'un portefeuille hors REER de 145 000 $.

De là, il vous faudra établir un plan de retraits du REER et d'épuisement graduel de votre capital hors REER, question de générer les flux de liquidités requis pour vivre à près de deux fois votre seuil de pauvreté, ce qui serait convenable.

Pour ce qui est de votre REER (il sera alors à 69 ans converti en FERR), le retrait annuel initial à 69 ans devrait être de 10 000 $, pas plus. Pour les années subséquentes, vous majorerez ledit retrait du taux annuel d'inflation. Par exemple, si le taux annuel d'inflation est de 2,5 %, le retrait de la seconde année sera alors de 10 250 $, pour la troisième année de 10 506 $ et ainsi de suite. Ces retraits annuels (que vous pouvez répartir également sur 12 mois ou à votre convenance) seront supérieurs aux revenus de placement provenant du capital investi de votre régime. Ces retraits impliquent donc un épuisement graduel de votre capital, lequel aura complètement disparu à l'âge de 85 ans.

Un plan d'épuisement similaire devra être mis en place pour votre portefeuille hors REER d'une valeur estimée de 145 000 $ à 69 ans. En sus des dividendes qu'il générera (soit autour de 5000 $ par année), vous retrancherez à votre capital une somme de 5000 $ par année. À ce rythme, votre capital hors REER sera entièrement épuisé à peu près en même temps que celui de votre REER, soit autour de 85 ans.

Vos rentes gouvernementales couplées aux plans de retraits du REER et d'épuisement du capital hors REER se traduiront par un salaire brut annuel équivalent (je suppose ici que la ponction annuelle prise sur le capital hors REER ne sera pas imposée ou ne le sera que très faiblement) de près de 37 000 $. Restera donc à combler un écart de 3000 $ en salaire brut équivalent pour atteindre le niveau de vie désiré de deux fois votre seuil de pauvreté (revenu brut correspondant de 40 200 $ environ). Cet écart pourra être très bien comblé par un travail à temps très partiel.

Pour ce qui est maintenant du volet placement de votre capital. Là, je propose une répartition égale entre les titres à revenus fixes et les actions de grandes entreprises canadiennes et quelques-unes américaines versant de bons dividendes (taux de dividende annuel de 3 % et plus; attention toutefois aux taux trop élevés, disons de 6 % et plus. Lorsque les actions s'échangent sur la base d'un tel taux de dividende, il y a peut-être là péril en la demeure, alors que l'entreprise pourrait éventuellement être contrainte de réduire son dividende, voire de l'omettre complètement.

Selon la répartition précédente suggérée, cela implique que votre REER se composera exclusivement de titres à revenus fixes de qualité. Ici, vous favoriserez les placements vous rapportant un taux d'intérêt annuel de 4 % et plus. Vous verrez à répartir vos placements également entre les termes de un à six ans, et ce, en prévoyant suffisamment d'encaisse pour effectuer les retraits désirés pour l'année courante et la suivante.

Quant au portefeuille hors REER, il se composera uniquement d'actions de grandes entreprises canadiennes et, peut-être, quelques-unes américaines. Les actions de huit firmes vous permettant de participer à quatre ou cinq secteurs distincts de notre économie suffiront. Vous verrez à accumuler leurs titres graduellement sur faiblesse des cours. Veuillez échelonner votre programme d'achat sur une période d'au moins un an et demi. Chose incontournable: vous devrez parfaire vos connaissances en matière de placement pour ce faire. L'abonnement à une bonne lettre financière ou son équivalent portant sur les grandes entreprises vous serait fort utile.

Dans votre lettre, vous mentionnez l'achat possible d'une rente viagère. Selon moi, les taux d'intérêt actuels sont trop faibles pour envisager un tel achat, qui correspond finalement à acheter une obligation à très long terme (de la durée de votre vie).

Une dernière chose: la question du logement. Vous dites être locataire. Vous pourriez ici vérifier si des économies ne pourraient pas être réalisées en optant pour un logement dans un immeuble pour personne retraitée. Je pense surtout à ceux actuellement construits par la Ville de Montréal (si vous habitez actuellement la ville). Les loyers me semblent fort convenables. Et, à cause de certains services dispensés, tel que celui de la cafétéria (les midis de la semaine), des crédits d'impôt vous sont alloués. Ces immeubles, sans être luxueux, sont très bien construits et bien situés. Il s'agit là d'une très belle initiative de la Ville de Montréal (site Internet de l'organisme: www.omhm.qc.ca).

cchiasson@proplacement.qc.ca

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