L'Afrique du Sud sonne le glas de la chasse en enclos

La décision de l’Afrique du Sud va mettre un terme presque complet à l’élevage en captivité des lions, des léopards, des rhinocéros, des buffles et même des éléphants en certains endroits, les «Big Five», en somme, qui ont fait la renommé
Photo: Agence Reuters La décision de l’Afrique du Sud va mettre un terme presque complet à l’élevage en captivité des lions, des léopards, des rhinocéros, des buffles et même des éléphants en certains endroits, les «Big Five», en somme, qui ont fait la renommé

En Afrique du Sud, quelques-uns des meilleurs gîtes qu'on peut trouver dans l'arrière-pays sont chez les outfitters, ces pourvoyeurs si différents des nôtres, qui offrent à leurs riches clients étrangers des chasses dans de vastes enclos. Contrairement à nos pourvoyeurs, généralement détenteurs d'un bail exclusif de chasse et de pêche sur des territoires publics au profit de leurs clients, ceux d'Afrique du Sud oeuvrent sur leurs propres terres, qu'ils cultivent de moins en moins. Au moment de l'accession des Noirs au gouvernement, une grande partie des propriétaires fonciers ont ainsi vidé leurs vastes domaines de tous ceux qui y vivaient pour mieux enclaver leur faune sauvage avec des clôtures aussi hautes que solides.

Je n'oublierai jamais ce buffle du Cap que venait d'abattre un pseudo-chasseur allemand. Un énorme tracteur de ferme a été nécessaire pour hisser ce monstre d'une tonne et demie. Cet Allemand, gonflé d'un orgueil pas très légitime, avait roulé pendant trois heures en camion dans une brousse clôturée d'environ cinq kilomètres sur trois pour repérer la bête de son choix, dont le prix — plusieurs milliers de dollars! — avait été négocié en fonction de son poids et de la majesté de la tête-trophée. Il avait heureusement abattu ce buffle d'une seule balle de calibre 50, un calibre de chasse à l'éléphant. J'aurais bien aimé entendre le récit, à son retour en Allemagne, de son terrible affrontement avec le plus gros ongulé d'Afrique...

Mais c'est nous et d'autres clients de passage dans ce gîte qui dégustions chaque soir les venaisons exceptionnelles des gibiers abattus au cours des jours précédents par d'autres chasseurs, qui ne ramènent jamais autre chose que les têtes naturalisées de leurs trophées. Par contre, dans de plus vastes enclos — qui font souvent plus de 400 km2 chacun —, la chasse à pied aux ongulés ou aux fauves peut s'avérer aussi difficile que dans n'importe quel milieu sauvage si, évidemment, les bêtes y survivent par elles-mêmes, ce qui est le cas des ongulés comme les antilopes, car les grands prédateurs sont habituellement nourris par les humains, souvent grâce à l'excédent de venaison provenant de la partie de la pourvoirie où se trouvent justement les ongulés.

Mais cette semaine, à la suite d'un débat public qui a duré plus de trois ans, l'Afrique du Sud a interdit toute chasse en enclos à ses grands gibiers prédateurs, ce qui va mettre un terme presque complet à l'élevage en captivité des lions, des léopards, des rhinocéros, des buffles et même des éléphants en certains endroits, les «Big Five», en somme, qui ont fait la renommée des parcs de ce pays, notamment le plus célèbre, le parc Kruger. Même si l'Association sud-africaine des éleveurs de prédateurs voit dans cette décision la destruction à court terme «d'une industrie légitime, durable et d'intérêt national», elle n'a pas eu gain de cause devant les autres associations de chasseurs sportifs, d'écologistes et d'animalistes. Marthinus van Schalkwyk, le ministre sud-africain de l'Environnement — là-bas, on a la cohérence de ne pas séparer la gestion de la faune de celle des écosystèmes, contrairement à la politique aberrante en vigueur ici —, est lui-même un chasseur. C'est au nom de l'éthique de la chasse et des principes de la conservation qu'il a mis en place ces nouvelles règles.

Néanmoins, les écologistes et les animalistes ont ciblé un point faible de sa réforme, une concession évidente aux outfitters locaux. En effet, les animaux d'élevage qui auront été laissés plus de deux ans en liberté dans un milieu naturel pourront encore être chassés, ce qui va inciter certains éleveurs à regarnir à leurs frais certains territoires avec des animaux d'élevage. Mais ces animaux devront être chassés selon un code d'éthique strict, qui interdira désormais toutes ces pratiques indignes de véritables chasseurs comme le nourrissage, la chasse en camion, la chasse nocturne au projecteur, etc. Il sera de plus interdit de chasser les animaux dont la peau est particulièrement épaisse, comme les éléphants et les rhinocéros, avec des arcs.

Plusieurs groupes se demandent là-bas quel sera le sort des 3000 à 5000 grands fauves gardés en élevage à l'heure actuelle. Plusieurs se demandent aussi si les jeunes fauves provenant des élevages pourront devenir de véritables prédateurs, suffisamment autonomes pour survivre après avoir été nourris par les humains en bas âge. Les expériences d'un naturaliste comme Claude Arbour, qui réintroduit avec succès de grands rapaces ailés dans la nature québécoise, portent à croire que la chose est possible, car il s'agit d'animaux sauvages, généralement blessés, qu'on veut retourner à la nature après un passage «humanisant» à l'infirmerie. En Afrique du Sud, la marche est plus haute: il s'agit d'animaux d'élevage auxquels on veut enseigner la prédation. Et même si on réussit, on peut s'interroger à propos de l'impact de ces introductions sur le cheptel sauvage d'animaux qui ont échappé à la sélection naturelle en bas âge.

Mais il est surtout étonnant de voir avec quelle facilité et avec quelle complaisance on a réussi à chloroformer au Québec des débats cruciaux sur l'éthique de la chasse, notamment sur la chasse en enclos, sur le nourrissage des chevreuils à pleins camions de carottes et sur l'arbalète, une arme dont Québec s'apprête à autoriser l'utilisation pendant la saison de chasse à l'arc, à l'encontre de l'entendement et des pratiques nord-américaines les plus éprouvées. Il est particulièrement désolant de constater que dans ce domaine, le Québec se retrouve derrière des pays qu'on dit en voie de développement, ce dont les chasseurs consciencieux devront tenir compte dans le bilan électoral du gouvernement Charest en matière de gestion de la faune, un rendez-vous que cette chronique ne ratera pas, tout comme nous entendons radiographier sans complaisance les projets ou l'absence de vision des partis d'opposition dans ce domaine.

Un code de récolte

Selon l'agence Environmental News Services (ENS), un code de récolte des plantes sauvages rares a vu le jour cette semaine en Allemagne, où se déroule la World Organic Trade Fair. Selon le bilan produit lors de cet événement international, plus de 15 000 espèces végétales, dont 21 % sont des plantes médicinales ou aromatiques, sont vulnérables à divers degrés à l'heure actuelle, selon la liste officielle de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Il était temps qu'on adopte des normes internationales, car on récolte chaque année plus de 40 000 tonnes de ces plantes médicinales dans le monde. 80 % d'entre elles proviennent de milieux sauvages dont on ne sait généralement pas si les seuils de surexploitation ont été franchis.

Dans d'autres cas, il s'agit de plantes cultivées, comme le ginseng américain (Panax quinquefolius) ou l'hydraste du Canada (Hydrastis canadensis), ce qui ne les empêche pas de figurer sur la liste des espèces menacées. Mais cela s'explique aisément quand on apprend que le marché interne des États-Unis et les exportations de ce pays représentent un marché de trois milliards de dollars par année en Amérique du Nord!

Le nouveau code de récolte est basé sur six principes, soit l'obligation de préserver les sites de récolte en milieu sauvage, de prévenir les impacts écologiques néfastes pour ces plantes, d'appliquer les règles de protection en vigueur, de respecter les droits ancillaires, d'appliquer les principes d'une gestion durable et d'exiger des pratiques responsables de la part des acteurs économiques privés.

- Lecture: Une vérité qui dérange, Al Gore, Éditions de la Martinière, 328 pages. Si vous avez raté la prestation de l'ex-vice-président américain au Palais des congrès de Montréal mercredi, ce livre vous placera aux premières loges pour beaucoup moins que les 600 $ par couvert qu'on exigeait ce jour-là. Cet ouvrage est la reproduction fidèle et enrichie de sa conférence, elle-même tirée du film que Hollywood pourrait primer en fin de semaine. Oubliez tout ce que vous avez vu comme bouquin indigeste sur les changements climatiques: ce livre magnifique, d'une efficacité aussi redoutable que le film, va devenir un outil pédagogique et de sensibilisation dans la bataille du climat parce qu'on peut s'y référer et l'étudier plus facilement qu'un DVD. Évidemment, ce magnifique ouvrage de vulgarisation ne remplacera pas les rapports du GIEC dans la bibliothèque des chercheurs. Mais il sera difficile à déclasser pour un bon moment comme ouvrage d'initiation au phénomène du réchauffement de la planète.

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