Théâtre - La Bourse et la vie!

C'est un acronyme comme on n'en fait plus, clair, précis, efficace: Rideau, pour Réseau indépendant des diffuseurs d'événements artistiques unis. Diffuseurs de spectacles, scène de spectacle, rideau de scène: tout est là, dans le même mot, sans gymnastique forcée, bravo.

Rideau donc s'occupe de diffusion de spectacles partout au Québec. De tous les types de spectacles, faut-il préciser: du tour de chant et de la danse pour les jeunes publics jusqu'au théâtre et au show d'humour. Ce qui nous donne deux grands types de diffuseurs: les «pluris» comme on dit dans le milieu (pour pluridisciplinaires évidemment) et les spécialisés qui, beaucoup moins nombreux, s'occupent exclusivement de théâtre (dans la majorité des cas pour les jeunes publics). Grosso modo, on compte dix «spécialisés» pour 120 «pluris».

Autre élément important au dossier: ces gens-là ont toujours eu un peu tendance à se snober... mais il est maintenant facile de constater que la série de boycottages des enseignants aura réussi à les «solidariser» considérablement. Comme s'il était soudain devenu clair pour tout le monde, que l'on diffuse en «pluri» ou en «spécialisé», qu'il importe d'abord de solidifier le même réseau en le diversifiant.

Voilà, vous savez tout.

Sauf peut-être que parmi tous les services offerts à ses membres par Rideau (comme un Catalogue des spectacles, une banque d'entreprises associées au spectacle, des formations pratiques comme des mises à jour sur le statut de l'artiste, etc.), il y a la Bourse Rideau. Avec Bourse comme dans «parquet de la...», cet endroit où l'on investit sur des gagnants potentiels qui, ici, prennent la forme de spectacles prêts à conquérir le Québec tout entier. À la Bourse Rideau, l'on vient signer des ententes pour faire circuler des spectacles et l'on vient aussi se «mettre à niveau» par rapport aux grandes tendances qui font que le milieu est en constante transformation.

Cette grande rencontre, encore plus festive qu'on ne se l'imagine selon ceux qui la fréquentent, revient chaque année. Même que, pour être plus précis (vous me connaissez...), ça s'amorce dimanche soir prochain, à Québec: du 11 au 15 février, l'événement devrait accueillir plus de 1000 participants.

Ces gens — diffuseurs de spectacles, directeurs de programmation, agents d'artistes — viennent d'abord pour assister au marché du spectacle auquel participe à peu près tout ce qui bouge dans le milieu des arts de la scène en musique, en danse, en chanson et en théâtre. Si vous visitez le site Internet de l'événement (www.rideau-inc.qc.ca), vous verrez que presque tout le monde a son stand à la Bourse Rideau. Au mot Bourse, il faut donc accoler «Place du marché» puisque c'est là que tout ce beau monde se rassemble, discute, argumente, achète ou rejette.

Mais il y a aussi et surtout que durant cinq jours et dans neuf salles différentes, l'on pourra assister à pas moins de 65 spectacles, quelques-uns en version intégrale, la plupart sous forme de «vitrine» d'une vingtaine de minutes. C'est un jury de pairs qui sélectionne les spectacles: cette année, Rideau a reçu plus de 300 propositions... desquelles viennent les 65 présentées dans les différentes salles participant à la Bourse. La Bourse Rideau, c'est gros! Plus de la moitié des spectacles, tous genres confondus, qui circulent chaque année à travers le Québec viennent d'ici.

Bon. N'empêche qu'une question me chicote et que je ne peux m'empêcher de la poser à Colette Brouillé, la directrice générale de Rideau. Pourquoi Québec alors que les bureaux de l'organisme sont situés à Montréal? Pour marquer le 20e anniversaire de Rideau?

«Non: ça se passe toujours à Québec... Pour des raisons stratégiques bien simples. D'abord, parce que Québec est l'endroit où le nombre de sièges offerts par rapport à la demande est le plus élevé en Amérique du Nord ; pas de problème ici pour "placer" nos spectacles durant la Bourse. Deuzio, la sollicitation extérieure est moins forte dans un territoire neutre éloigné; les gens qui se déplacent de Montréal ou des régions pour assister à la Bourse ne retournent pas au bureau entre deux rencontres ou deux rendez-vous. Ils consacrent toute leur énergie et tout leur temps à l'événement en voyant le plus de spectacles possible. Et puis, il y a aussi que la Ville de Québec a voulu donner un caractère international à l'événement en s'y associant: chaque année, des partenaires diffuseurs européens viennent nous visiter avec des spectacles et parfois même avec des contrats en poche. Nous sommes d'abord là pour donner plus de services et plus d'outils à nos membres, mais la Bourse Rideau est la plus importante foire du spectacle francophone au monde. Rien de moins.»

Re-bon.

En fait, la diffusion est tellement le nerf de la guerre dans tout le secteur des arts de la scène que les prochains États généraux du théâtre se pencheront sur le sujet avec beaucoup d'attention. C'est un peu pour cela d'ailleurs que Colette Brouillé travaille déjà avec son équipe à la préparation d'un grand forum national sur la diffusion qui devrait prendre beaucoup de place, l'automne prochain, et qui viendra amorcer le travail de réflexion des États généraux sur le sujet. Mais ça, on vous en reparlera quand le moment sera venu...

En vrac

- Dans le cadre de Temps d'images qui envahira l'Usine C du 23 février jusqu'au 3 mars (et dont on vous reparlera ailleurs), on offrira deux ateliers ouverts aux auteurs, aux acteurs, aux vidéastes et aux artistes qui travaillent avec le son. Le premier touchera la représentation poétique autour d'un texte de Daniel Danis, Je ne. Il réunira trois artistes (Jean-Michel Dumas, électroacousticien, Nelly-Ève Rajotte, vidéaste et Marie Pascale, comédienne) en plus du dramaturge et metteur en scène. On tentera d'y voir comment, à partir d'un dispositif technologique simple, créer un événement poétique théâtral. Ce premier atelier aura lieu du 19 au 23 février de 10h à 12h et de 12h30 à 14h30. Le second porte le titre «De la ville à l'image, de l'image à la scène» et l'on cherchera à y comprendre comment, à partir d'images réalisées dans la ville, on peut «recomposer un environnement permettant une interaction avec une ou des présences sur scène, dans un jeu de manipulations mutuelles entre interprètes, objets et images». Rien de moins! Le marionnettiste et metteur en scène Renaud Herbin et l'architecte et vidéaste Nicolas Lelièvre animeront cet atelier qui aura lieu de 13h à 17h du 20 au 24 février. Dans les deux cas, le tarif est fixé à 150 $ et l'on peut se renseigner davantage au 514 521-4198, poste 0.

- On vous en a parlé l'an dernier, mais le concept est tellement «sauté» qu'il est impossible de ne pas y revenir: les Éphémères reprennent du galon. Les Éphémères, c'est une série de spectacles conjuguant à la fois, théâtre, vidéo et improvisation. À partir de thèmes suggérés cette année par Louis-Dominique Lavigne et Olivier Choinière, deux équipes de comédiens doivent d'abord réaliser un court métrage et une pièce de théâtre en un mois, puis en trois semaines, en deux semaines, en sept jours puis finalement en 24 heures. Les rencontres ont lieu chaque mois au bar Lobby Lounge, 4853 Papineau, et ça commence ce soir avec le lancement de la nouvelle saison.

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