Technologies - Visa le noir, tua le blanc

YouTube, un portail qui appartient à Google.
Photo: YouTube, un portail qui appartient à Google.

Depuis que Google a fait l'acquisition du portail YouTube l'an dernier, il ne se passe plus une semaine sans qu'une entreprise de communication menace le portail d'une poursuite pour violation de propriété intellectuelle ou somme les responsables du site de retirer sur-le-champ tel ou tel segment vidéo. Cette fois, c'est le groupe américain Viacom qui lance les grandes hostilités.

Le géant médiatique Viacom, qui possède notamment des chaînes de télévision MTV, Nickelodeon, BET, Comedy Central et les studios de cinéma Paramount Pictures et DreamWorks, demande à YouTube de retirer immédiatement plus de 100 000 segments vidéo non autorisés par Viacom.

Dans bon nombre des cas, il s'agit effectivement d'extraits d'émissions ou de films qui ont été mis en ligne par des amateurs des productions de Viacom, mais il existe également des documents qui n'ont rien à voir avec l'entreprise.

Par exemple, une vidéo mise en ligne par Jim Moore qui désirait partager avec ses convives le souvenir d'un souper dans un restaurant. Celui-ci a reçu une note de YouTube l'avisant que, à la suite d'une demande de Viacom International, sa vidéo de 30 secondes intitulée Sunday nite dinner at Redbones in Somerville, Mass avait été retiré du site. Jim Moore ne serait pas seul dans cette situation.

Après de nombreuses recherches M. Moore a découvert que Viacom avait probablement procédé avec une recherche de mots-clés reliés à des productions dont l'une de ses maisons de productions détient les droits pour ensuite compiler le tout et envoyer une mise en demeure au portail YouTube. Résultat, des utilisateurs de YouTube qui n'ont rien à voir avec le piratage de la propriété intellectuelle de Viacom et ses affiliés, se voient privés de l'utilisation du service. Certains auraient même carrément perdu leur production vidéo.

Recours collectif

Comme l'histoire se déroule au pays de l'oncle Sam, il n'en fallait pas plus pour que Jim Moore, pardon je devrais dire le Dr James F. Moore, décide de mettre en branle un mouvement de contestation avec ses amis et mieux encore, organiser la mise en place d'un recours collectif contre Viacom pour la punir d'avoir eu un filet beaucoup trop large et de ne pas avoir été assez vigilante dans l'exactitude de sa requête auprès de YouTube.

Viacom a vraiment marché sur le pied de la mauvaise personne, car le Dr James F. Moore est un membre influent de l'École de droit de Harvard. En outre, il travaille au Berkman Center for Internet and Society depuis quatre ans. Et lorsqu'il parle de ses amis, Jim Moore fait référence a des gens qui travaillent de près avec des organismes comme l'Electronic Frontier Foundation et d'autres universités américaines pour assurer que les internautes connaissent leurs droits et les fassent respecter sur Internet.

Viacom a beau avoir affirmé que YouTube n'a pas mis en place les filtres nécessaires pour empêcher les vidéos non autorisées d'être disponibles en ligne, et cela, après plusieurs mois de négociations, il n'en reste pas moins qu'il y a eu beaucoup d'innocentes victimes à la suite des demandes de Viacom.

Le plus intéressant dans cette démarche de Viacom, c'est que celle-ci se garde bien d'intenter une poursuite judiciaire officielle, car, en vertu de la loi fédérale américaine sur les droits d'auteur, des services comme YouTube échappent généralement à toute responsabilité s'ils répondent aux demandes de retrait de matériel, ce que YouTube fait presque systématiquement.

De son côté, dans sa réponse à Viacom, le portail vidéo YouTube a répondu qu'il trouvait regrettable que Viacom ne soit plus en mesure de profiter du public passionné de YouTube. Un public qui a contribué à la popularité de plusieurs des émissions produites ou présentées par une des filières du groupe Viacom.

Impact indéniable

Paradoxalement, le réseau MTV, qui est une propriété de Viacom, permet toujours à Google d'offrir des extraits de sa programmation dans sa section vidéo. Une section qui deviendra bientôt uniquement une porte d'entrée pour la recherche de segments vidéo sur Internet, alors que YouTube héritera de l'ensemble de l'offre vidéo de Google. Que fera Viacom?

L'impact de YouTube est indéniable dans notre société. On n'a qu'à voir les six publicités diffusées au Super Bowl hier (General Motors et Doritos par exemple) qui prenaient leur inspiration de vidéo amateur comme on en retrouve des centaines de milliers sur le portail vidéo.

Alors, pas surprenant de voir le phénomène se répéter chez nous. Déjà l'an dernier, nous avions vu apparaître les portails TonTuyau et Tonclip et maintenant c'est au tour du portail indépendant Radioactif de lancer Radioactif.tv. Et ne croyez pas que ces vidéos sont sans intérêt. Prenez une minute pour aller voir Parlons jambon qui offre l'analyse des matchs du Canadiens sur Tontuyau.com ou encore, le site Tonclip.com qui présente des oeuvres originales comme le document éditorial Boisclair-démission.

Avec déjà trois portails québécois à la YouTube, reste à voir maintenant si Quebecor ira toujours de l'avant avec la mise en ligne cette année de sa version du service et surtout, à quel moment. Car si Quebecor prend trop de temps, les internautes auront déjà l'habitude d'aller voir ailleurs et d'afficher ailleurs.

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bguglielminetti@ledevoir.com

Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno).

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